dimanche 27 septembre 2020
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Les gendarmes caravaniers du Tour de France 2016. Crédit : ND.

Avec les gendarmes du Tour de France

13.000 gendarmes sont mobilisés durant les trois semaines de la 103è édition du Tour de France. Un engagement du quotidien pour les gendarmes. Grâce à la Française des Jeux (FDJ), premier partenaire du sport français, “L’Essor” a suivi l’étape du mercredi 20 juillet entre Berne et Finhaut-Emosson en Suisse, au plus près des gendarmes. Gardes républicains, gendarmes départementaux, mobiles ou réservistes, tous ont un rôle crucial à jouer pour sécuriser l’épreuve cycliste, le troisième événement sportif le plus suivi au monde.

Motocyclistes de la Garde Républicaine, aux côtés de la police cantonale Suisse lors de l'étape Berne-Finhaut du Tour de France 2016. Crédit : ND.
Motocyclistes de la Garde Républicaine, aux côtés de la police cantonale Suisse lors de l’étape Berne-Finhaut du Tour de France 2016. Crédit : ND.

8h30 du matin à Berne. Les coureurs ne s’élanceront que dans plusieurs heures, mais la caravane publicitaire du Tour de France est déjà dans le sas de départ, où sont effectués les ultimes préparatifs. 170 véhicules sont stationnés près du « Village » de départ, là où les marques liées à la Grande boucle tiennent boutique.

Régulation, contrôles, surveillance

Dans cette ambiance festive, les motocyclistes de la Garde républicaine, souvent les « premiers arrivés et les derniers partis», veillent au grain. La sirène deux tons de la voiture ouvreuse de la Gendarmerie retentit. Elle signale le passage d’un garde républicain dans les rangées de véhicules pour effectuer des tests d’alcoolémie.  Au sein de la caravane publicitaire, régie par Amaury Sport Organisation (ASO), l’organisateur, la consigne est stricte et obéit au code du travail : tolérance zéro pour tous les conducteurs. “Jusqu’à 50 contrôles d’alcoolémie et de stupéfiants inopinés sont réalisés chaque jour de manière à maintenir les gens en éveil“, souligne le maréchal des logis-chef Sylvain Favre, gendarme de l’escadron motocycliste également chargé des contrôles de vitesse au sein de la caravane, ce qui vaut aussi pour les gendarmes eux-mêmes. « J’ai un peu le rôle du méchant, reconnaît le sous-officier, le tout est de parvenir à conserver une distance due à l’uniforme et à la fonction, et une proximité de manière à assurer une relation de confiance avec tous“. Le non respect de ces règles peut conduire à l’exclusion, ce qui est arrivé à un chauffeur en 2015. Il avait rattrapé son retard sur la caravane de manière particulièrement imprudente.

Les 11 motocyclistes ont chacun un rôle bien précis. Outre un binôme chargé de la prévention, un motard accompagne les “cadets-juniors”, soit une dizaine de jeunes coureurs cyclistes sur les 20 premiers et les 20 derniers km de chaque étape.

Un autre binôme, placé en amont, vérifie le passage possible ou non, des véhicules hors gabarit. En effet, même si le tracé a été longuement vérifié à l’avance, les tunnels ou ponts trop étroits peuvent réserver des surprises, de même que certaines banderoles mal placées et pouvant gêner le passage de semi-remorques aux allures de chars carnavaliers. Dès lors que les motocyclistes constatent une gêne, ils réalisent une déviation sur le tracé pour les véhicules concernés.

Les autres motocyclistes de la garde républicaine sont répartis sur l’ensemble de la Caravane. Ils ont un rôle de surveillance et de vigilance, et veillent à réguler la vitesse de circulation et le déploiement des véhicules ou à intervenir en cas d’incident avec des spectateurs.

Des spectateurs plus respectueux des forces de l’ordre que les années précédentes, affirme l’adjudant-chef Philippe Kova, habitué de longue date du Tour de France. Le gendarme y voit d’ailleurs un effet “post attentats”. Les jets intempestifs d’eau ou de projectiles sur les garde républicains sont devenus plus rares, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années, malgré l’image positive véhiculée par les gendarmes, partenaires du Tour depuis son commencement en 1903.

La caravane Gendarmerie : entre décontraction et prévention

Cette image positive est notamment véhiculée par la « caravane de la Gendarmerie”, une équipe de 12 personnes chargée de relayer des messages de prévention et de recrutement. Les « caravaniers de la Gendarmerie » comme on les surnomme, ne portent pas la chemise bleue, mais un polo jaune avec l’inscription « devenir gendarme » au dos. Une équipe dynamique formée de professionnels qui se sont portés volontaires. Avant le départ depuis Berne, ils effectuent un briefing et lustrent les quatre véhicules qui composent la caravane de la Gendarmerie, des Peugeot spécialement sérigraphiés pour l’événement.

Il est 9 heures et la caravane prend le départ. Ce jour-là, la Gendarmerie, habituellement placée en 2è position, prend la tête du cortège. « Est-ce que vous êtes là ? Est-ce que ça va les Suisses ? », en toute décontraction, le Gendarme Christophe Cabailh, à l’animation, s’adresse aux spectateurs massés le long du parcours. Les véhicules Gendarmerie diffusent les tubes du moment, une situation inédite au regard du quotidien de ces gendarmes de terrain. Pour autant, même si l’esprit est à la fête, la vigilance est de mise. « Attention à ne pas traverser la chaussée. Surveillez vos enfants. »,  Christophe, l’animateur, et son adjointe, la gendarme Laeticia Delaere, rappellent constamment les règles de sécurité vis à vis d’un public parfois distrait ou imprudent. De même, chaque véhicule est équipé d’un tableau d’affichage diffusant des messages de sécurité et de recrutement : « Regardez passer les coureurs en toute sécurité », «13.000 postes offerts en 2016 » ou encore « Devenir gendarme : 0820.220.221 ». « On entend parfois les gens reprendre à haute voix ces messages, ce qui nous prouve qu’ils les lisent ! », relève la maréchal des logis-chef Anne-Lise Hugron, caravanière chargée ce matin de la distribution de goodies à l’effigie de la Gendarmerie.

La caravane de la Gendarmerie distribue entre 1.200 et 1.400 magnets ou porte-clefs chaque jour. Des goodies qui, par mesure de sécurité, doivent être lancés sur les bas-côtés. Ce mercredi, les Suisses se montrent disciplinés, comme le sont les paysages traversés, jalonnés de chalets proprets dans des vallées verdoyantes. La chef Anne-Lise Hugron et l’adjudante Maurine Lecat, au volant, répondent volontiers aux sourires et salutations des spectateurs.

“le risque principal est un risque routier”

A mi-parcours, les gendarmes se garent pour une pause pipi, la seule de la journée.  Trois minutes maximum de manière à ne pas se laisser distancer par la caravane publicitaire. Les gendarmes regagnent ensuite leur place à l’avant du peloton en slalomant entre les véhicules, circulant volontairement en quinconce. Comme tous les autres caravaniers, ils ne doivent pas dépasser les limites de vitesses imposées par l’organisateur, pas plus de 70 ou 80 km/h hors agglomération et pas au-dessus de 30 ou 50 km/h en agglomération. Des limitations plus strictes que celles du code de la route.

Il fait dire que le Tour est une « grosse machine », constate le lieutenant-colonel Eric Luzet, officier de liaison Gendarmerie sur la Grande Boucle. Pour la quatrième année consécutive, il est chargé de faire la jonction entre l’organisateur et les forces de l’ordre. « Quand vous avez près 200 véhicules dans la caravane publicitaire, autant de cyclistes, une quarantaine de véhicules dédiés aux équipes, des médecins, des médias, … On arrive à près de 1.000 véhicules dans un même cortège, le risque principal est donc un risque routier », explique l’officier. Gendarmes départementaux, mobiles, réservistes, garde républicains et même élèves sous-officiers et gendarmes adjoints volontaires (GAV) viennent tous prêter main forte à la sécurisation du Tour. Ainsi, le Commandement des écoles de la Gendarmerie nationale (CEGN) a apporté son soutien en mettant à disposition quatre compagnies d’élèves gendarmes pour renforcer quatre étapes en région Rhône-Alpes.

A ce dispositif Gendarmerie, ficelé dès octobre 2015, s’ajoutent toutefois quelques impondérables comme l’organisation d’un point sportif par une commune, nécessitant une surveillance. Des demandes quotidiennes auxquelles doit faire face Eric Luzet, en France comme à l’étranger. « C’est une machine tellement complexe qu’on ne peut pas changer tous les acteurs du jour au lendemain, il faut une certaine continuité et la Garde détient en partie ce rôle », expose t-il. Ainsi, les 47 gardes républicains sécurisent le Tour y compris à l’étranger, comme cette année sur les étapes d’Andorre ou de Suisse. Leur expertise et expérience parlent pour eux si bien que les unités motorisées des pays étrangers viennent souvent les appuyer mais non les remplacer. « La Gendarmerie n’a pas de compétence territoriale à l’étranger et ne peut donc entièrement gérer d’éventuels accidents sur place » précise Eric Luzet.

Cette année, on compte pour la première fois la présence du GIGN. Le Groupe est lui-même coordonné avec les Pelotons de surveillance et d’intervention de la Gendarmerie (Psig) Sabre et les Pelotons spécialisés de protection de la Gendarmerie (PSPG), pour assurer une couverture intégrale des territoires traversés. Discrètes, les unités d’intervention, doivent être capables d’intervenir dans les délais les plus courts.

Autre nouveauté cette année, la mise en place d’un PC de coordination qui réunit lors de chaque étape l’organisateur, un représentant du ministère de l’Intérieur, un représentant de la Gendarmerie, un représentant de la Police et un représentant des services de secours. Ce PC représente « un gain de temps décisif dans la chaine d’information et de prise de décision » selon le lieutenant-colonel Luzet.

Les événements récents, notamment l’attentat de Nice du 13 juillet, auront certainement prouvé l’utilité d’un tel dispositif. Les 13.000 gendarmes du Tour veillent, tous à leur échelle, à ce que le Tour de France soit une grande fête réussie. Une expérience aussi exaltante qu’éreintante.

Nathalie DELEAU

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