vendredi 4 décembre 2020
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Thierry Prungnaud, premier de cordée du GIGN à Marignane

Thierry Prungnaud (Crédit photo: GT/L'Essor).
Thierry Prungnaud (Crédit photo: GT/L’Essor).

Les otages de l’Airbus A300 lui doivent beaucoup. L’adjudant-chef Thierry Prungnaud était en tête de colonne, ce 26 décembre 1994, quand le top action est donné à 17h12. Ce gendarme du GIGN aura un rôle décisif. Il abat trois des quatre preneurs d’otages en tirant seulement quatre balles avec son revolver 357 Magnum avant d’être grièvement blessé. L’opération est toujours une référence mondiale. Vingt-cinq ans après, l’ancien sous-officier du GIGN se souvient.

L’intervention de Thierry Prungnaud

 ″Je rentre en premier là dedans, je me retrouve face à un premier terroriste en chemise blanche, dégarni. Le gars avait une Uzi, je le neutralise en premier. En même temps, j’entends tirer mais avec les oreillettes, la cagoule, on sait pas trop d’où les sons viennent. Un deuxième terroriste était en veste noire de steward, à genoux à l’entrée et qui me tirait dessus avec son pistolet. Lui, je l’ai neutralisé en deuxième. Et puis je blesse le troisième. Quant au quatrième terroriste, caché dans le cockpit, il me tire une balle, puis une deuxième, une troisième. J’en prends sept. La dernière, je la prends dans la joue. C’est celle qui me sauve la vie, qui me fait reculer du cockpit.

Lire aussi sur L’Essor: Il y a 20 ans, 173 passagers otages du GIA sauvés par le GIGN

Je me retrouve sur le dos. Le gars continue à me tirer dessus. Je vois les impacts qui passent au-dessus des strapontins des stewards. C’était un peu l’enfer pendant une douzaine de minutes. Moi j’étais là, passif. Je ne pouvais rien faire. J’étais complètement bloqué par terre. Cela a paru très très long. Et entre temps, j’ai pris une grenade qu’un terroriste a lancé. Elle m’a pété à 80 cm. J’ai pris tous les éclats dans les fesses.″

La préparation de l’assaut

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(Crédit photo: MG/L’Essor)

Le 24 décembre, “je me suis pas affolé: le temps que l’on rentre, cela va peut être se régler par la négociation? Et puis chemin faisant, cela s’est aggravé puisqu’il y a eu des morts. Et en arrivant à la caserne, je vais à la permanence, comme on le fait tous. Je rejoins le grand Bernard, de garde. Il me dit, c’est chaud, tu te prépares, cela risque de partir. Effectivement, le soir, vers minuit, on m’appelle et on me dit: tu prépares tes affaires, tu prépares les gars qu’il reste, et direction Villacoublay en Transall, direction Marseille.

Comme c’est une grosse opération, c’est du terrorisme de masse, on récupère tout le monde. Tout le monde. Les groupes d’alerte, de 2e alerte – à l’époque on était en 3 groupes, et tous les permissionnaires. On s’est posé, on nous a dit cachez-vous, l’avion arrive. L’Airbus est arrivé d’Alger en même temps que nous. J’ai pris mes gars. J’ai dit bon ben voilà, Eric tu vas là, moi là, tu rentres en 1, 2, telle position… A l’époque, j’avais 14 ans de GIGN. J’étais le plus ancien, donc c’est moi qui ait dirigé la porte avant droite.”

“Il te reste cette porte là”

J’ai pas eu trop le choix, quand je suis arrivé, on m’a dit, il te reste cette porte là. Les collègues étaient déjà depuis la veille et l’avant-veille à Palma de Majorque. Cet avion là, on le connaissait, on s’était entraîné dessus. On s’entraînait une fois par mois sur différents types d’avion. Celui là on le connaissait parfaitement. On se met en position, et on fait une simulation d’intervention. Et on le répète jusqu’à ce que cela soit un automatisme. Tout en sachant qu’en rentrant dans l’avion cela ne va pas se passer comme on l’a prévu. Et en général, c’est comme cela que ça se passe. Et dans le cas présent, c’est ce qui s’est passé.″

Au moment où les terroristes commencent à tirer, on a le top action du commandant. On est sur nos passerelles, on est mal, on est blêmes. On se regarde tous. Bon ben c’est bon, c’est parti. Et on s’est tous serré la main. Du haut jusqu’en bas. L’air de dire, salut les gars. Et advienne que pourra. Avant on pense à plein de choses. On pense à sa famille. On se dit qu’on va peut-être ramasser.

La passerelle

“De toutes façons c’était prévu comme cela. Et on essaye de se concentrer sur ce que l’on va faire au moment on l’on va rentrer. On est très concentré sur ce que l’on va trouver, comment on va réagir à ce que l’on va trouver à l’intérieur. Le matin, on s’était entraîné sur l’avion. On avait réglé nos passerelles. J’ai su par la suite que c’est un officier qui a demandé de mettre toutes les passerelles au même niveau. Tout en sachant que l’arrière de l’avion est plus haut que l’avant.

Nous on l’avait réglée pile poil dessous. Arrivés là-bas, cela a bloqué la porte. Notre chauffeur Jeff a super bien réagi. C’est grâce à lui si l’opération a réussi. S’il avait pas percuté à ce moment là, la porte était bloquée. Et là, ça aurait été un carnage dans l’appareil. On le voit bien sur les vidéos. Il y a un petit moment de flottement, il donne un petit coup de marche arrière et là, la porte s’ouvre.

Lire aussi sur L’Essor: Jeff, un ancien du GIGN, intervenu à Marignane, a quitté la Gendarmerie

Le dernier terroriste était caché à un endroit où même les balles ne passaient pas. Il était derrière les panneaux électriques, sur la partie droite du cockpit. Le gars était impossible à toucher. Bien caché, il économisait ses cartouches. Il ne tirait pas par rafales comme certains ont bien voulu le dire. Il suffit d’écouter les sons. On reconnaît bien la kalachnikov. D’où il était, il a tenu en respect tout le reste du groupe. Un collègue est venu me tirer de là à la 12e minute. Il m’a sorti et emmené sur le toboggan.

De lourdes séquelles

Les médecins m’ont déchiqueté ma combinaison sur le tarmac en bas des toboggans. Et puis là, ils m’ont shooté. Je ne me souviens plus de rien. Je me souviens simplement m’être réveillé à l’hôpital avec un énorme pansement sur le bras. Ce dont j’avais peur, c’est que l’on me coupe le bras. Finalement ils ont réussi à me le garder. Il y a énormément de séquelles, mais il est là.

Après, je suis resté 3 mois à l’hôpital. Avec des anesthésies tous les deux jours. Dix-neuf anesthésies générales. J’ai chopé une maladie nosocomiale. Sur la table d’opération, j’ai fait un arrêt cardiaque. C’est quand même une belle réussite collective. C’est la plus belle intervention faite par le GIGN. La plus belle page de l’histoire du groupe écrite ce jour-là. Elle a marqué le GIGN parce que c’était la plus grosse intervention avec autant de réussite. Il y a quand même 173 passagers et membres d’équipage saufs, aucun décès. Les seuls blessés, c’est les gendarmes. L’opération idéale.″

Propos recueillis par Gabriel Thierry.

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10 Commentaires

  1. Total respect énorme Merci.

  2. Prono

    Respect Major sincères félicitations

  3. Thierry faisait partie de l’équipe assaut avant droite. Deux autres équipes assauts sont entrées simultanément dans l’avion par les portes arrière gauche et droite. Dans chaque équipe il y avait un premier binôme à pénétrer dans l’avion. Le fait est que TP a dû faire face aux terroristes plantés dans le cockpit alors qu’ils étaient répartis sur tout l’avion lorsque les camions passerelles se dirigeaient en direction de l’avion. TP a effectivement neutralisé 2 terroristes puis a été grièvement blessé qqes secondes après le début de l’assaut. L’équipe avant droite a essuyé la majeure partie des blessés du GIGN puisque TP n’était pas seul dans cet assaut et qu’il avait avec lui 10 camarades à cette porte. Si TP s’en est sortit (important de le souligner) c’est aussi grâce à tous ses camarades GIGN qui appliquaient un feu nourri depuis les couloirs de l’avion sur le terroriste planqué ds le cockpit lequel balançait des grenades DF à proximité de TP et de ses camarades blessés à ses côtés. Les 25 GIGN restant dans l’avion quelques uns ont été aussi blessés pendant que d’autres protégeaient l’évacuation des passagers et les blessés tel que TP et d’autres camarades couchés à proximité de TP en appliquant des tirs. Sans l’esprit et la cohésion du groupe, dans son intégralité, TP ne serait peut-être plus là pour raconter son histoire et quelques familles seraient en train de pleurer la disparition de leurs époux, frères, sœurs ou amis passagers de cet Airbus. En bref il y a eu un 1er à chaque porte et ce qui a fait la différence c’est la cohésion du groupe et non l’action d’un seul homme pour qui j’ai un profond respect par son comportement lors de cette opération. Pour mémoire l’assaut a duré 17′ et TP a été grièvement blessé dès les 1ères secondes. Quid des 16′ restantes ??? Ce qu’il faut retenir est que le groupe n’a fait qu’un dans cet assaut jusqu’au bout et que le résultat est à mettre à l’actif du GIGN et de sa cohésion dans l’adversité et non au profit d’un seul et unique homme. Sans l’ensemble du groupe, le résultat aurait été certainement très différent avec des pertes dans “nos rangs” et dans ceux des passagers.
    En hommage à tous mes frères blessés ou perdus en mission ou en exercice.
    JPG

    • Riquet

      Je n’ai pas le sentiment qu’il ait dit le contraire de ce que tu exprimes…….Il raconte son ressenti, il ne met personne de côté….. Tout le monde sait ce qu’a fait le groupe. Respect total à l’ensemble de l’unité.

  4. jacquot

    Bravo major !!

    Vous avez droit au respect de tous les gendarmes !!..

  5. OZMINA

    Mes Respects Major, je vous apporte modestement mon Grand Soutien car la Devise “s’Engager pour la Vie” est réelle de tout son sens. C’est au péril de votre Vie et la Vie de chaque membre du Groupe pour sauver des vies. J’ai eu l’honneur de rencontrer quelques uns de vos Frères d’Arme. Quel grand Cœur vous avez et de qualités et de Valeurs Profondes. Vous êtes les meilleurs au Monde et je suis fier d’être Français, patriote. Malheureusement je n’ai pas pu me présenter aux tests. J’ai eu et il me reste des problèmes de santé mais j’ai demandé de l’aide aux professionnels de santé. Dans mon être je reste Militaire. Militaire un jour, militaire toujours. J’ai du accepter ma retraite, ce n’as pas été évident mais je connaissais les règles de la réforme. Mes Camarades me manquent mais heureusement il y a l’Internet afin de suivre l’actualité de la Grande Famille des Militaires. Je vous souhaite mes Vœux très respectueux pour vos souhaits et ceux de vos proches.

  6. Riquet

    Bravo pour ce que tu as fait et réussit…. Chapeau à l’ensemble du groupe. Respect total !!!!

  7. Paul Bismuth

    L’émission date un peu, mais c’est toujours un régal à regarder:
    https://youtu.be/jgLRKOZVBEA

  8. JC 83

    Mes respects Thierry. Ce qui n’est pas normal c’ est que ce héros n’est pu acceder au grade de major. C’est la moindre des choses qu’ aurait dû exiger sa hiérarchie alors qu’il a été gravement bléssé. Et oui c’est comme ça : un héros qui n’est pas promu et un autre héros ( non moins méritant) qui termine général 5 étoiles dgg. …… ” Selon que vous serez puissant ou misérable”…..( Un Ancien para de l’AA et respectueux des forces de l’ordre)

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