vendredi 27 novembre 2020
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policiers et gendarmes à Rouen
Illustration (S.D/L'Essor).

Sondage exclusif IFOP/ “L’Essor” : les gendarmes toujours en tête

Le sondage exclusif 2016, réalisé par l’Ifop pour « L’Essor de la Gendarmerie» sur l’image comparée des gendarmes et des policiers, confirme le niveau de popularité des forces de l’ordre, toujours très présentes avec Vigipirate et l’état d’urgence. Près de 9 Français sur 10 assurent avoir une bonne opinion des gendarmes, contre 80 % pour les policiers.

-Les principaux chiffres :

Les traits d’image comparés des gendarmes et des policiers

La cote d’opinion des gendarmes et des policiers

-L’analyse de l’IFOP : 

-Les commentaires de l’IFOP 

Voici le commentaire d’un sociologue spécialisé de la police et de la Gendarmerie :

Peut-on mesurer la valeur des forces de l’ordre d’un pays avec une seule question?

Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Sciences Po-Université de Grenoble-Alpes. Spécialiste des questions de police.
Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Sciences Po-Université de Grenoble-Alpes. Spécialiste des questions de police.

Comme chaque année, « L’Essor » publie les résultats d’un sondage sur la perception de la Gendarmerie et de la Police. Et, comme chaque année, les commentaires se ressemblent : les chiffres ne changent pas véritablement si l’on tient compte des marges d’erreurs des sondages. Et cela devrait amener à se poser des questions sur ce qui est vraiment mesuré.

Le sondage pose deux questions : la première demande si on a une bonne ou mauvaise opinion de la Police puis de la Gendarmerie. La question sur la « bonne opinion » n’est pas une cote d’amour et moins encore une mesure de confiance ou de légitimité comme on le verra plus bas.

Cette année, on apprend que 35 % des personnes ont une très bonne opinion des gendarmes. Franchement est-ce qu’on doit s’en contenter ? Comme expliquer que la majorité des français soient si tièdes (55 % disent « assez bonne »). L’étude de ne permet pas de le savoir, parce qu’on ne demande pas ce qui fonde l’opinion, bonne ou mauvaise.

Les policiers et les gendarmes ne servent pas la même population

La comparaison avec la police montre une différence (25 % de très satisfaits), mais n’est pas instructive. En effet, les policiers et les gendarmes ne servent pas la même population (en termes de lieux de vie, d’âge moyen, d’activité professionnelle), qui n’est pas exposée à la même pression délinquante. On compare donc des pommes avec des poires. J’ajoute, en particulier, que les types de relation entre Police et population ou Gendarmerie et population sont distinctes : les gendarmes sont moins souvent en contact avec le public (par heure travaillée et par agent).

Il faut savoir qu’en matière de popularité et de confiance, une chose est essentielle, et on peut citer (en le détournant) Charles Darwin : « L’ignorance engendre plus souvent de la confiance que ne le fait la connaissance ». Je l’ai vérifié au cours d’études approfondies et répétées sur les relations des polices avec la population (voir mon dernier livre « De la police en démocratie »).

“les gendarmes gagnent apparemment le match face aux policiers”

Les plus satisfaits sont ceux qui n’ont pas de contact du tout, or, si l’on vit en zone rurale, par définition on ne fréquente pas la Police et on croise rarement les gendarmes, et presque jamais à pied. C’est important. En effet, les contacts lors des contrôles dans la rue « à pied » sont plus mal ressentis que ceux des conducteurs automobiles.

« De la police en démocratie », Grasset, novembre 2016 de Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Sciences Po-Université de Grenoble-Alpes.
« De la police en démocratie », Grasset, novembre 2016 de Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Sciences Po-Université de Grenoble-Alpes.

On ne peut mesurer la relation à une organisation aussi polyvalente que la Gendarmerie avec une seule question de sondage. Mais, « L’Essor » ne peut pas avec son sondage mensuel se substituer à la recherche que doit mener une organisation. Si la Gendarmerie voulait s’intéresser à la qualité de son travail, elle organiserait des études et poserait diverses questions aux personnes intéressées, à ses usagers. Et elle pourrait en tirer un enseignement pratique.

La seconde question juge des traits de caractère des individus (honnêtes, efficaces, proches). Et les gendarmes gagnent apparemment le match face aux policiers, mais la tendance est bien peu favorable : ils perdent beaucoup de terrain depuis 2012 sur plusieurs points en particulier, la proximité (de 35 % en 2012 à 28% cette année, soit – 7 points) dont le directeur général se veut le champion, mais également sur leur « honnêteté » perçue (- 10 points), et sur leur efficacité perçue (- 4 points), même si on est à la limite de la significativité statistique pour le plus petit écart.

le citoyen ne peut pas choisir ceux qu’il préfère

Il est malheureux que le sondage ne s’intéresse pas à la satisfaction vis-à-vis du service, et de l’efficacité de l’organisation elle-même. Car, le boucher d’à côté peut être un garçon sympathique et vous rendre la monnaie, cela ne dit rien du fait que la boucherie vous propose ou non ce dont vous avez besoin, et s’organise pour qu’on vous serve rapidement.

Il est dommage que le sondage compare la Police et la Gendarmerie, car cela prive d’un instrument permettant de mesurer « en valeur nette » les traits des gendarmes, puisque par le principe induit par la formulation de la question, le répondant les leur attribue « par comparaison » (plus on rejette la Police, plus on aime la Gendarmerie, et inversement).

De plus, la rédaction de la question est contestable pour une autre raison : en réalité, le citoyen ne peut pas choisir ceux qu’il préfère dans le système d’exclusion géographique mutuelle qui préside au fonctionnement du système de police français (contrairement à l’italien par exemple, où le zonage par force n’existe pas). La comparaison ne renvoie donc à rien de réel, ni le contexte de vie, ni la relation avec les agents. On ne peut pas, en toute rigueur, tirer des conclusions solides. Le fait de répéter la procédure au fil des années ne change rien aux limites de l’approche.

Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Pourtant, l’idée de questionner le public est intéressante. Et elle n’est pas une pratique courante à propos de la Gendarmerie ou de la Police, et mérite d’être encouragée. Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais sans doute réorienter les interrogations. Les éléments essentiels de la légitimité de la Gendarmerie aux yeux du public devraient être étudiés par ses sondages.

En effet, depuis maintenant une dizaine d’années, les études européennes ont développé des concepts et des outils pour mesurer la légitimité des polices, et ont distingué différents aspects essentiels : la satisfaction, la confiance, l’égalité de traitement de tous les citoyens, la qualité des interactions, pour n’en citer que quelques uns. En matière de relation avec la population, la comparaison de la France avec les autres pays de l’UE 27 place notre pays dans le tiers inférieur du classement, le plus souvent, plus proches de la Bulgarie et de la Grèce que de l’Allemagne ou du Danemark.

Des résultats loin des aimables pourcentages sur l’opinion générale. Mais utilisables pour progresser.

Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Sciences Po-Université de Grenoble-Alpes. Spécialiste des questions de police. Auteur de : « De la police en démocratie », Grasset, novembre 2016.

A lire (format PDF), l’étude complète de l’IFOP : 

Baromètre sur l’image comparée des gendarmes et des policiers 

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