samedi 24 octobre 2020
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Le 1er décembre, les locaux du peloton autoroutier de Narbonne sont incendiés (Crédit photo: Préfecture de l'Aude).
Le 1er décembre, les locaux du peloton autoroutier de Narbonne sont incendiés (Crédit photo: Préfecture de l'Aude).

Saccage du péage de Narbonne: prison ferme pour 21 prévenus

La décision était attendue par les gendarmes de l’Aude. Le tribunal correctionnel de Narbonne a condamné ce mardi 7 janvier à de la prison ferme 21 des 31 prévenus du saccage d’une barrière de péage de la commune lors de l’acte 3 des Gilets jaunes.

“Mes clients ont fait part de leur désarroi. Ils s’attendaient à une sévérité plus importante de la part du tribunal. Surtout, que la décision soit à la hauteur du déluge de pierres et du traumatisme lié au fait d’abandonner des locaux professionnels”, explique Me Sébastien Cauneille. Avocat au barreau de Narbonne, il défendait les militaires du groupement et du peloton autoroute impliqués dans ces débordements.

Les juges ont infligé la peine la plus lourde, cinq ans de prison, à Kevin, 29 ans, accusé d’avoir conduit un engin de levage contre le péage. Ils ont assorti les peines de deux mandats de dépôt, deux maintiens en détention et un mandat d’arrêt. Lors du procès, le parquet avait requis des peines de prison ferme à l’encontre de 27 des 31 prévenus.

Dans la nuit du 1er au 2 décembre 2018, une  manifestation de Gilets jaunes s’était terminée par une émeute urbaine. Après avoir mis le feu au péage autoroutier, la foule s’était attaquée aux gendarmes. Les locaux du peloton autoroutier de la Gendarmerie et ceux de la société Vinci avaient été incendiés et pillés après avoir été évacués par les gendarmes.

Lire aussi: Incendie du peloton d’autoroute de Narbonne : la parole aux gendarmes

Pour ce délibéré, un comité de soutien de Gilets jaunes faisait face à un escadron de gendarmerie mobile devant le tribunal. A l’intérieur, de nombreux policiers sont présents. La salle d’audience est comble et les avocats qui ne portent pas leurs robes en raison de la grève n’ont pu tous trouver une place assise.

Tatouage Acab sur la main

Malgré le monde, l’ambiance est calme à l’entrée du tribunal, à peine troublé par quelques commentaires. Mais les clameurs et les pleurs succèdent bientôt, à la lecture du délibéré, lorsque les prévenus comprennent que certains d’entre eux dormiront le soir même en prison. Le plus lourdement condamné, Kevin,  comparaissait d’ailleurs libre. Il fait l’objet de l’un des deux mandats de dépôt. Remarquée par la procureure, sa main tatouée de l’acronyme Acab, pour All cops are bastards, “n’a probablement pas plu lors de l’audience”, note Me Cauneille.

“Habitué à défendre les gendarmes de la région”, ce procès avait pourtant pour lui une dimension particulière. En effet, son propre père est un ancien gendarme du peloton autoroute de Narbonne. Il connaît donc “la plupart des sous-officiers” de cette unité. Il sait ainsi que, “comme dans tous les locaux militaires, la vie de ces gendarmes était accrochée aux murs, au milieu de souvenirs irremplaçables de camarades partis”. Depuis décembre 2018, les gendarmes travaillent d’ailleurs toujours dans des Algeco.

La “véritable peine” attendue en mai

Au delà de ces pertes irréparables, la facture sera salée pour ce qui peut être chiffré. Les jugements sur les dommages et intérêts ont été renvoyés au 12 mai. Les avocats des 48 parties civiles, principalement des gendarmes, ont demandé des réparations solidaires pour environ 700.000 euros. Vinci de son côté chiffre les dégâts à 10 millions d’euros. Au-delà des bâtiments plusieurs patrouilleurs et deux poids-lourd qui servent de déneigeuse sont partis en fumée.

La peine de prison constitue donc, pour les prévenus, “leur première peine, pour contenter la société”, explique Me Cauneille. “Mais la véritable peine va arriver derrière pour ceux qui ont un patrimoine”, avertit-il .

Matthieu Guyot

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