L'Essor

Retraites: le DRH de la Gendarmerie tire la sonnette d’alarme

Le général de corps d’armée Hervé Renaud à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime) le 22 septembre 2015 (Photo S.D L'Essor)

Le général de corps d’armée Hervé Renaud à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime) le 22 septembre 2015 (Photo S.D L'Essor)

Auditionné par les sénateurs de la commission d’enquête sur l’état des forces de sécurité, le général Hervé Renaud, directeur des personnels militaires de la Gendarmerie a tenu à les mettre en garde au sujet de la réforme du système de retraites. L’inquiétude des gendarmes face à une remise en cause de leur régime de retraite pourrait en effet les conduire à quitter en masse l’Institution.

“Une inquiétude larvée qui monte”

“Cela fait partie des sujets de préoccupation majeurs exprimés par nos militaires”, a ainsi asséné le 27 mars le directeur des ressources humaines de la Gendarmerie. Relayant “une inquiétude larvée qui montent gentiment mais sûrement”, le général Hervé Renaud a rapporté l’état d’esprit de ces gendarmes qui déplorent auprès de leurs chefs qu’on ne veuille “pas (les) écouter”. 

Réforme du régime de retraite encore inconnue

La source des leurs préoccupations se trouve dans la réforme des retraites annoncée par le Président Emmanuel Macron, censée remettre à plat le système actuel, mais dont nul ne connaît les contours exacts. 

Lire aussi sur L’Essor : La commission d’enquête du Sénat sur la sécurité intérieure s’intéresse aux gendarmes

Les militaires en général, et les gendarmes en particulier, craignent de voir disparaître certaines dispositions de leur régime qui leur sont très favorables en raison des sujétions particulières de leur métier. 

Ni le CFMG ni le CSFM n’ont été reçu par Jean-Paul Delevoye

Les deux mois sans réponse qui se sont écoulés depuis que le Conseil supérieur de la fonction militaire a demandé à être reçu par le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye n’ont rien arrangé. Plaidant pour sa chapelle, le général Renaud a estimé “important que le haut-commissaire aux retraites reçoive les membres du Conseil de la fonction militaire de la Gendarmerie (CFMG)”.

“18 à 20 blessés par jour”

Et l’officier général d’égrener ensuite les arguments en faveur d’un régime de retraite spécifique qui prenne en compte les sacrifices demandés aux militaires.

Lire aussi sur L’Essor : Suicides dans la Gendarmerie : 2018, une année déjà “extrêmement inquiétante” pour Richard Lizurey

“Je ne connais pas beaucoup d’institutions qui ont 18 à 20 blessés par jour et une quinzaine de morts par an”, a-t-il noté avant de rappeler que “pour remplir sa mission le gendarme peut être amené à tout donner”.

Tandis qu’il parlait, et comme pour illustrer ses propos, des sirènes résonnaient dans les jardins du Luxembourg, couvrant sa voix par intermittence. Il s’agissait du convoi mortuaire transportant le corps du lieutenant-colonel Beltrame à la caserne Tournon pour sa veillée funéraire.

Un pic générationnel déstabilisant

Le directeur des personnels militaires a ensuite mis en garde contre un risque plus systémique qui pourrait toucher la Gendarmerie en cas de réforme des retraites trop défavorable aux gendarmes. 

Dans les cinq années à venir, en effet, la Gendarmerie va être confrontée à un défi important en terme de recrutement. Entre le flux habituel des gendarmes adjoints volontaires (7000 par an) et les départs en retraite massifs des personnels rentrés dans les années 80 (3000 par an), la Gendarmerie devra former 50 000 personnes dans un laps de temps très court. 

Lire aussi sur L’Essor: La Gendarmerie va devoir former 50.000 nouveaux gendarmes d’ici cinq ans

“Si, par hasard, il y avait une évolution du système de retraite foncièrement  déstabilisante ou vraiment en rupture par rapport  à l’existant, je pourrais avoir des départs irrationnels”, a averti le général Renaud. 

“Je ne serai pas en mesure d’assurer la sécurité des français”

Dans cette hypothèse, 15000 sous-officiers de Gendarmerie pourraient quitter la Gendarmerie au pied levé car ils remplissent déjà les conditions d’ancienneté statutaires pour faire valoir leurs droits. Avec des écoles déjà remplies en raison du pic générationnel, “si demain, je dois en chercher 15000 de plus, à mon sens, je n’y arrive pas et je serai pas en mesure d’ assurer la sécurité des Français”. 

Au delà de la capacité des écoles, il s’agit de conserver une qualité minimum du recrutement dans un marché du travail concurrentiel car lui aussi  touché par le phénomène des départs en retraite. Pour contrer ce phénomène, le général de corps d’armée estime donc “important (…) qu’assez vite, nous ayons un cap”. 

Matthieu Guyot