mardi 27 octobre 2020
Accueil / A la Une / Retraites: le DRH de la Gendarmerie tire la sonnette d’alarme
Le général de corps d’armée Hervé Renaud à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime) le 22 septembre 2015 (Photo S.D L'Essor)
Le général de corps d’armée Hervé Renaud à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime) le 22 septembre 2015 (Photo S.D L'Essor)

Retraites: le DRH de la Gendarmerie tire la sonnette d’alarme

Auditionné par les sénateurs de la commission d’enquête sur l’état des forces de sécurité, le général Hervé Renaud, directeur des personnels militaires de la Gendarmerie a tenu à les mettre en garde au sujet de la réforme du système de retraites. L’inquiétude des gendarmes face à une remise en cause de leur régime de retraite pourrait en effet les conduire à quitter en masse l’Institution.

“Une inquiétude larvée qui monte”

“Cela fait partie des sujets de préoccupation majeurs exprimés par nos militaires”, a ainsi asséné le 27 mars le directeur des ressources humaines de la Gendarmerie. Relayant “une inquiétude larvée qui montent gentiment mais sûrement”, le général Hervé Renaud a rapporté l’état d’esprit de ces gendarmes qui déplorent auprès de leurs chefs qu’on ne veuille “pas (les) écouter”. 

Réforme du régime de retraite encore inconnue

La source des leurs préoccupations se trouve dans la réforme des retraites annoncée par le Président Emmanuel Macron, censée remettre à plat le système actuel, mais dont nul ne connaît les contours exacts. 

Lire aussi sur L’Essor : La commission d’enquête du Sénat sur la sécurité intérieure s’intéresse aux gendarmes

Les militaires en général, et les gendarmes en particulier, craignent de voir disparaître certaines dispositions de leur régime qui leur sont très favorables en raison des sujétions particulières de leur métier. 

Ni le CFMG ni le CSFM n’ont été reçu par Jean-Paul Delevoye

Les deux mois sans réponse qui se sont écoulés depuis que le Conseil supérieur de la fonction militaire a demandé à être reçu par le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye n’ont rien arrangé. Plaidant pour sa chapelle, le général Renaud a estimé “important que le haut-commissaire aux retraites reçoive les membres du Conseil de la fonction militaire de la Gendarmerie (CFMG)”.

“18 à 20 blessés par jour”

Et l’officier général d’égrener ensuite les arguments en faveur d’un régime de retraite spécifique qui prenne en compte les sacrifices demandés aux militaires.

Lire aussi sur L’Essor : Suicides dans la Gendarmerie : 2018, une année déjà “extrêmement inquiétante” pour Richard Lizurey

“Je ne connais pas beaucoup d’institutions qui ont 18 à 20 blessés par jour et une quinzaine de morts par an”, a-t-il noté avant de rappeler que “pour remplir sa mission le gendarme peut être amené à tout donner”.

Tandis qu’il parlait, et comme pour illustrer ses propos, des sirènes résonnaient dans les jardins du Luxembourg, couvrant sa voix par intermittence. Il s’agissait du convoi mortuaire transportant le corps du lieutenant-colonel Beltrame à la caserne Tournon pour sa veillée funéraire.

Un pic générationnel déstabilisant

Le directeur des personnels militaires a ensuite mis en garde contre un risque plus systémique qui pourrait toucher la Gendarmerie en cas de réforme des retraites trop défavorable aux gendarmes. 

Dans les cinq années à venir, en effet, la Gendarmerie va être confrontée à un défi important en terme de recrutement. Entre le flux habituel des gendarmes adjoints volontaires (7000 par an) et les départs en retraite massifs des personnels rentrés dans les années 80 (3000 par an), la Gendarmerie devra former 50 000 personnes dans un laps de temps très court. 

Lire aussi sur L’Essor: La Gendarmerie va devoir former 50.000 nouveaux gendarmes d’ici cinq ans

“Si, par hasard, il y avait une évolution du système de retraite foncièrement  déstabilisante ou vraiment en rupture par rapport  à l’existant, je pourrais avoir des départs irrationnels”, a averti le général Renaud. 

“Je ne serai pas en mesure d’assurer la sécurité des français”

Dans cette hypothèse, 15000 sous-officiers de Gendarmerie pourraient quitter la Gendarmerie au pied levé car ils remplissent déjà les conditions d’ancienneté statutaires pour faire valoir leurs droits. Avec des écoles déjà remplies en raison du pic générationnel, “si demain, je dois en chercher 15000 de plus, à mon sens, je n’y arrive pas et je serai pas en mesure d’ assurer la sécurité des Français”. 

Au delà de la capacité des écoles, il s’agit de conserver une qualité minimum du recrutement dans un marché du travail concurrentiel car lui aussi  touché par le phénomène des départs en retraite. Pour contrer ce phénomène, le général de corps d’armée estime donc “important (…) qu’assez vite, nous ayons un cap”. 

Matthieu Guyot

Crowdfunding campaign banner

10 Commentaires

  1. quantum

    “si demain, je dois en chercher 15000 de plus, à mon sens, je n’y arrive pas et je serai pas en mesure d’ assurer la sécurité des Français”.

    Peut être une conjoncture favorable à un changement radicale de société? Les CRS actuellement en position de force grace à la technologie et au nombre maintien le calme dans la population. Si le nombre diminue trop fortement, l’état ne pourra plus faire face pour faire taire la population…

  2. Jack

    Evidemment si les Gendarmes continuent à être des militaires au service de l’Etat et de la Justice, qu’ils sont toujours taillables et corvéables à merci, qu’ils doivent être disponibles, si cela n’a pas changé, 24h/24h durant une quinzaine et terminer en quartier libre les 15 jours suivants à 19 heures, il ne serait pas judicieux de la part du gouvernement de les brimer en limitant l’avantage acquis de leur retraite et l’année octroyée par 5 ans de service actif sous le régime de travail actuel… Ou alors, d’accord, on modifie, mais alors, 35 heures semaine comme la police, et récupération des heures supplémentaires et liberté dès la journée de 7 heures effectuée !!! Depuis l’avènement des 35 heures, on a juste aménagé les heures de service, avec les quartiers libres, on a relevé un peu les salaires, mais la retraite est passée je crois à 57 ans… Par contre le recrutement n’a pas suivi pour pallier au fait que les gendarmes prenant des quartiers libres, il y a moins de disponibles (avant 24h/24h, repos et permissions 45 jours) et quand le besoin se fait et bien on tape sur les repos et quartiers libres… Du moins, c’est ce que j’ai constaté de mon époque…

    • Rle

      Retraite 58 ans pour les sous officiers et 59 pour les majors.

  3. DUPRAUT

    Bonjour

    Quelqu”un aurait le lien pour la vidéo ou le compte rendu ?
    Merci par avance.

  4. Pierre

    Dans mon ancienne COB de 17 personnels on est 5 gradés d’une quarantaine d’année à avoir pris notre retraite pour aller voir ailleurs, ainsi que 2 GAV qui ont quitté l’institution, alors la fuite à déjà commencé chez nous…

  5. PAULIAT Joël-John

    Bonjour. Retraité des Cadres de la Pce Nale et adhérent à l’ESSOR, je partage pleinement et sans aucune réserve les justes inquiétudes de nos Collègues Gendarmes, concernant la réforme des retraites qui se profile… Il n’y a jamais de fumée sans feu!. Pour ma part, je suis à la recherche des magazines l’ESSOR des mois de Septembre et Novembre 2010 ( avant ou après.. ), traitant de l’arrêt GRIESMAR, ainsi qu’un modèle de recours et je remercie par avance bien sincèrement toutes personnes susceptibles de me permettre d’obtenir ces documents, quel qu’en sera le prix… Dans l’attente, bien amicalement à tous.

    • Louis-Mosnier

      Mon cher Paulia
      Je puis vous céder les numéros de l’Essor que vous recherchez (Sept et novembre 2010).
      Cordialement
      Louis-Mosnier

  6. JOURNAUX

    On a la Gendarmerie qu’on mérite , Jupiter risque d’en connaitre les limites si il touche à la retraite des gendarmes . la gendarmerie par son manque de moyens et d’effectif peine à effectuer ses missions . Il est grand temps de le faire connaitre à notre Président et à tous les politiques , et , d’insister lourdement pour que rapidement des solutions soient trouvées avant que notre institution disparaisse ! Bon courage !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " : des articles inédits, une veille sur la presse et des informations pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.