jeudi 5 décembre 2019
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Photo d'illustration (Pixabay).

Reconnaissance faciale: l’indispensable opération séduction pour la sécurité intérieure

La reconnaissance faciale offre de belles perspectives pour les policiers et les gendarmes. Une technologie utile pour les professionnels de la sécurité intérieure qui fait pourtant peur.

Pour gendarmes et policiers, la reconnaissance faciale a tout du graal de l’enquêteur. L’outil sonne comme la consécration de l’anthropométrie judiciaire, mise au point à la fin du 19e siècle par Alphonse Bertillon. Il exécute des actes clés de l’enquêteur avec ses fonctions d’identification, de recherche et de suivi de personnes. Au contraire, pour La quadrature du net, la reconnaissance faciale est “une technologie dangereuse qui doit être proscrite”. L’association de lutte pour les libertés numériques estime que son utilisation est “intrinsèquement disproportionnée” au regard des atteintes aux libertés qu’elle engendreraient.

Difficile de trouver des points de vue aussi antagonistes sur ce sujet. Pourtant, ce mardi 24 septembre, au siège de la direction générale de la Gendarmerie, ces militants côtoyaient des gendarmes, des industriels spécialisés dans la surveillance ou des représentants de ville de Nice, en pointe sur le sujet. Pour la 24e édition de son forum consacré aux technologies, “Technopolice”, le service des technologies et des systèmes d’information de la sécurité intérieure (STSI2) avait choisi d’ouvrir le débat sur la reconnaissance faciale à ces voix dissonantes.

Lire aussi sur L’Essor: Le patron d’ADP préconise la reconnaissance faciale “à terme”

Débat contradictoire

Dans les couloirs de la direction générale de la Gendarmerie, à Issy-les-Moulineaux (92). (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Dans les couloirs de la direction générale de la Gendarmerie, à Issy-les-Moulineaux (92). (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

“Merci pour l’invitation”, a d’ailleurs salué Félix Treguer. Il était l’un des deux membres de La quadrature du net présent à la manifestation. Ironie de l’histoire, son association vient justement de lancer un nouveau site internet dénommé… technopolice. La page recense les projets de “Safe cities” pour mieux dénoncer les “dérives” de cette “mise sous surveillance totale de l’espace urbain à des fins policières”.

Au micro, les deux membres de l’association feront part de leurs questionnements sur l’utilisation de la reconnaissance faciale et sur “l’opacité des débats publics”. Autant dire que cette prise de position a détonné dans l’amphithéâtre de la direction générale. L’intervention suivait la démonstration d’un industriel sur le suivi vidéo ou encore un bilan d’expérimentations menées dans la capitale.

Pour autant, malgré quelques moqueries à voix basse dans l’assistance, les deux militants ont été courtoisement applaudis à la fin de leur intervention. Une écoute à laquelle les professionnels de la sécurité intérieure ont tout à gagner. Car s’ils veulent voir mis en œuvre des nouveaux outils utilisant cette technologie, ils vont devoir convaincre.

Traitement des antécédents judiciaires

Bureau Nouvelles technologies (N.T.C.H.)/ (Photo d'illustration S.D L'Essor)
Bureau Nouvelles technologies. (Photo d’illustration S.D L’Essor)

Actuellement, en France, l’utilisation de la reconnaissance faciale par les policiers et les gendarmes est limitée à quelques usages. Tout d’abord, la comparaison d’images avec le traitement des antécédents judiciaires. Le STSI2 réfléchit d’ailleurs actuellement à une évolution des deux outils utilisés, dédiés pour l’un à la reconnaissance des visages, pour l’autre à la reconnaissance de signes particuliers.

La reconnaissance faciale est également utilisée dans le cadre des dispositifs de passage automatisé des frontières extérieures. Enfin, la technologie est utilisée par l’application mobile Alicem (Authentification en ligne certifiée sur mobile). Lancée récemment, elle a été attaquée par La quadrature du net avec un recours devant le Conseil d’Etat.

Un usage très modéré comparé à ce qui se fait ailleurs. La Chine a ainsi intégré la reconnaissance faciale dans son système de crédit social. Aux Etats-Unis, la crainte d’une utilisation débridée a poussé San Francisco à plancher sur le bannissement de la reconnaissance faciale pour la police locale.

Modèle européen à construire

Autant d’exemples qui, estime-t-on du côté de la Place Beauvau, alimentent à tort les peurs. Aux Etats-Unis, l’accès aux fichiers des forces de police est bien différent de celui pratiqué en France. Nourrissant ainsi des craintes légitimes sur l’utilisation de la reconnaissance faciale. Quant au projet de crédit social chinois, loin de faire rêver, il choque au ministère de l’Intérieur.

“Il faut arriver à construire un modèle européen de la reconnaissance faciale, souligne le préfet Renaud Vedel, en charge de la coordination sur ce sujet. Il faut accepter de trouver un équilibre entre des usages régaliens et des mesures protectrices pour nos libertés. Car sinon, la technologie sera mûrie à l’étranger et nos industriels, pourtant leaders mondiaux, perdront cette course.”

Des inquiétudes auxquelles les gendarmes tentent déjà de répondre. “Nous avons constamment dans nos travaux le souci des libertés publiques, rappelle ainsi une capitaine de Gendarmerie à l’adresse des deux membres de La quadrature du net. Nous sommes convaincus que la biométrie pourra être utile pour les libertés publiques. Elle nous servira aussi à fiabiliser nos fichiers.” L’opération séduction devrait avoir des suites. Les militants de La quadrature se montrent imprécis sur un fichier? Ils ont eu aussitôt droit à une invitation personnelle pour mieux découvrir son emploi.

Gabriel Thierry.

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