mercredi 25 novembre 2020
Accueil / A la Une / Condamnation de l’élue qui avait comparé une intervention de gendarmes à la rafle du Vel d’Hiv
Justice (Photo Matthieu GUYOT/Essor)
(Photo/MG/Essor).

Condamnation de l’élue qui avait comparé une intervention de gendarmes à la rafle du Vel d’Hiv

Elle avait comparé l’action des gendarmes à la rafle du Vel d’Hiv. La justice a condamné ce lundi 14 septembre 2020 l’ancienne élue d’opposition de Vertou (Loire-Atlantique) Brigitte Héridel pour ses “outrages” au commandant de la compagnie de gendarmerie de Rezé et à un huissier de justice lors de l’évacuation du camp de Roms de la Maladrie, à Vertou, le 4 mars 2019.

Cette retraitée de 70 ans –qui soutenait la liste Vertou’s aux dernières élections municipales– avait ce jour-là comparé l’intervention des gendarmes à la rafle du Vel d’Hiv; la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale, au terme de laquelle 13.000 personnes avaient été déportées.

Lire aussi: Décès du dernier gendarme “Juste parmi les Nations” pour avoir sauvé des juifs pendant l’Occupation

Cette ancienne directrice adjointe des Affaires sanitaires et sociales en Loire-Atlantique –à la retraite depuis 2006– avait aussi dit à Me Philippe Gobert, l’huissier de justice venu signifier la décision de justice aux familles Roms du camp de la Maladrie, qu’il faisait un “sale boulot”. Ce dernier lui avait alors répondu que c’était “un honneur pour lui de mettre à exécution une décision de justice”, la justice étant “l’un des piliers de la démocratie”.

“Ca m’a rappelé des images qu’on a vues dans d’autres circonstances, mais dont je ne parlerais plus, puisque cela semble interdit”, a dit ce lundi aux juges Brigitte Héridel, en allusion à la rafle du Vel d’Hiv’. Elle avait vu “un documentaire sur le sujet peu de temps auparavant”, a expliqué un peu plus tard son avocat, Me Loïc Bourgeois.

“J’en fais des cauchemars”

“L’évacuation de ce camp, j’en fais des cauchemars. Ces images m’ont marquées”, a développé au cours de l’audience l’ancienne conseillère municipale de Vertou – par ailleurs “militante des droits de l’Homme depuis fort longtemps”, “bénévole aux Restos du coeur pendant dix ans” et “membre d’ATD Quart-Monde”.

C’était “la première fois” à vrai dire qu’elle se rendait sur un camp de Roms, “car il n’y en a pas souvent à Vertou”. “Extrêmement émue” par les conditions de vie “très misérables” de cette trentaine de familles, elle était “en pleurs” le jour des faits, selon un témoin. Et elle était aussi en colère car les soutiens des Roms avaient reçu “le matin-même” l’autorisation de scolariser cinq des enfants présents sur le camp au collège Lucie-Aubrac.

“C’est pour ça que j’ai été élue, pour faire changer les lois iniques”, a expliqué aux juges cette ancienne étudiante en droit, jusqu’alors inconnue de la justice. “J’ai toujours aidé les plus précaires mais visiblement ça ne me réussit pas, puisque je me retrouve devant vous… Mais je continuerai de le faire, jusqu’à mort ce que s’en suive.”

“Je suis d’accord pour aller en prison si je peux continuer à parler de la situation des Roms… Ce serait un honneur”, avait encore dit la retraitée aux juges nantais, avant qu’ils ne partent délibérer.

L’évacuation de l’église Saint-Bernard déjà comparée à la rafle du Vel d’Hiv

Son avocat, Me Loïc Bourgeois, avait ainsi plaidé le “droit de critiquer” et le “droit à l’indignation”. Il avait aussi rappelé la relaxe en 1996 du biologiste Albert Jacquard (1925-2013). Le syndicat de policiers Alliance l’accusait de “diffamation” car il avait comparé l’évacuation par la police de l’église Saint-Bernard, occupée par des sans-papiers, à la rafle du Vel’ d’Hiv.

Le chef d’escadron David Bolze s’est senti pour sa part “dans l’obligation” de signaler ces “outrages” au procureur de la République de Nantes, “pour une question de crédibilité de l’institution militaire”, dans la mesure où l’élue d’opposition de Vertou a “refusé de retirer ses propos depuis dix-huit mois”.

Le commandant de la compagnie de gendarmerie de Rezé estime avoir agi “de façon loyale” dans cette affaire. Il évoque un “dialogue permanent” avec l’équipe du maire (LR) de Vertou Rodolphe Amailland “pour informer les familles que cela ne pouvait pas durer et qu’elles allaient faire l’objet d’une expulsion”.

“Votre tribunal n’est pas une tribune, n’en déplaise à Mme Héridel”, a fustigé la procureure de la République. “Le jour où elle fera l’objet d’un cambriolage, elle s’empressera probablement d’appeler les forces de l’ordre pour qu’ils viennent faire leur “sale boulot”… Madame n’a pas le monopole des droits de l’Homme.”

“Mise en scène” pour la presse

“Quand on vient de son milieu social et à son âge, on peut comprendre qu’il y a des choses qu’on peut dire et d’autres non”, a aussi grincé la représentante du parquet, avant de requérir quatre mois de prison avec sursis.

“Depuis, le propriétaire a vendu le terrain et est en redressement judiciaire”, a appuyé l’huissier de justice. Devant les enquêteurs, l’auxiliaire de justice avait aussi critiqué la “mise en scène”, sous la pluie et les bourrasques de vent, d’une “barricade de fortune” avec des enfants dessus. Les associations l’avaient mises en place “pour la photo”, puisque “la presse avait été convoquée” à assister à l’évacuation des familles Roms.

Brigitte Héridel devra finalement payer une amende 500 euros au Trésor public, et sera sous le coup d’une autre amende de 1.000 euros avec sursis si elle venait à commettre une nouvelle infraction.

Elle devra verser aussi 400 euros de dommages et intérêts à chacune des deux parties civiles, sommes que les intéressés ont promis de reverser “à des associations”. Le commandant de la compagnie de gendarmerie de Rezé touchera également 700 euros de frais de justice, et l’huissier de justice 650 euros, a décidé le tribunal correctionnel de Nantes. Brigitte Héridel devra enfin verser 127 euros au Trésor public, pour les frais de procédure du tribunal.

GF (PressPepper)

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.