jeudi 9 avril 2020
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Le général Jean-Marc Cesari, le patron de la sous-direction de l'anticipation opérationnelle (Crédit photo: GT/L'Essor).
Le général Jean-Marc Cesari, le patron de la sous-direction de l'anticipation opérationnelle (Crédit photo: GT/L'Essor).

Radicalisation, création de la sous-direction de l’anticipation opérationnelle… Le chef du renseignement de la Gendarmerie se confie

Elle a été créée il y a seulement quatre ans. La toute nouvelle sous-direction de l’anticipation opérationnelle de la Gendarmerie s’est fait sa place dans le monde discret du renseignement. Son chef, le général Jean-Marc Cesari, nous explique les missions de cette jeune structure.

Retrouvez dans l’édition de mars de notre magazine notre dossier spécial sur le renseignement et la Gendarmerie.

L’Essor : Pourquoi la sous-direction de l’anticipation opérationnelle a-t-elle été créée en décembre 2013 ?

L'écusson des analystes renseignement (Crédit photo:GT/L'Essor).
L’écusson des analystes renseignement (Crédit photo:GT/L’Essor).

Général Jean-Marc Cesari : L’implication de la gendarmerie dans le renseignement est ancienne. Elle s’est construite depuis le bas et repose sur l’intérêt de tirer le meilleur parti du maillage territorial et de l’action de proximité qui caractérisent notre engagement en matière de sécurité publique. Mais le recueil ne suffit pas, il faut être capable de recouper, de mettre en perspective, d’exploiter les informations initiales afin qu’elles revêtent une véritable valeur ajoutée qui caractérise le renseignement.

Créée fin 2013, la sous-direction de l’anticipation opérationnelle agit à ce titre comme une tête de réseau, s’appuyant sur nos relais départementaux et régionaux, pour animer et coordonner le recueil et l’exploitation du renseignement. Elle permet ainsi une conduite pertinente de l’ensemble des missions de la gendarmerie par les chefs hiérarchiques jusqu’au niveau central. Elle contribue, via le lien étroit tissé avec le service central du renseignement territorial (SCRT), à l’information des autorités administratives et gouvernementales. Elle dispose aussi à cette même fin et de par la loi des prérogatives d’un service de renseignement.

Quelles sont vos priorités ?

Notre rôle, c’est d’évaluer les menaces afin d’en faciliter l’entrave, en particulier dans le cadre des opérations conduites par la Gendarmerie. Ces menaces peuvent évoluer dans le temps et nécessitent un travail de veille. A l’heure actuelle, nous suivons attentivement trois sujets : la radicalisation religieuse et ses conséquences, les contestations violentes et les atteintes à la sécurité économique.

La sous-direction de l’anticipation opérationnelle s’implique dans le suivi de personnes radicalisées qui constitue une part majeure de notre engagement puisque la Gendarmerie suit plus d’un millier d’individus dans le cadre d’un partage des tâches avec les autres services de renseignement (direction générale de la sécurité intérieure, direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, SCRT). Ce travail était auparavant l’apanage de services spécialisés travaillant de manière plus cloisonnée, impliqués sur des objectifs spécifiques et moins nombreux. Mais nous avons changé de modèle du fait d’une dissémination de la menace, notamment au niveau endogène. La connaissance des territoires de la Gendarmerie ne pouvait pas la maintenir à l’écart d’un enjeu devenu ainsi en grande partie une problématique de sécurité publique.

(Photo/GF/PressPepper).

La contestation violente prend quant à elle de plus en plus une forme organisée, voire permanente. Cette menace de moins en mois sporadique demande ainsi une implication importante et continue. Elle concerne fréquemment dans ses manifestations les territoires dont la gendarmerie a la charge, au travers notamment des grands projets d’aménagement comme Notre-Dame-des-Landes. Notre participation à la sécurité économique des entreprises s’appuie aussi sur notre connaissance dans le territoires du tissu industriel, composé essentiellement par les PME, et des enjeux qu’il représente, notamment au plan local.

Comment travaillez-vous justement avec les autres services ?

Notre activité contributrice a vocation à la fois à s’inscrire de manière cohérente et pertinente dans le cadre des missions exercées par l’ensemble des services de renseignement et à être partagée. L’ensemble de notre production, au niveau territorial comme au niveau central, est en particulier communiquée systématiquement au SCRT, lequel l’intègre au profit de sa mission d’information des autorités administratives et gouvernementales sous le double timbre police-gendarmerie.

Nous adressons à l’ensemble des autres services de renseignement, du premier ou du second cercle, toutes les informations intéressant leur propre activité. Nous recevons aussi de leur part les renseignements nécessaires au bon exercice des missions de sécurité confiées à la Gendarmerie. Nous entretenons à cette fin des relations visant à garantir la pertinence de nos contributions. Ces relations sont facilitées par l’affectation déjà fréquente de gendarmes au sein de services partenaires et nous souhaitons généraliser ce mode d’échange.

Propos recueillis par Gabriel Thierry

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