mercredi 30 septembre 2020
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Calais
A Calais (Illustration /L'Essor).

Quatre mois après son démantèlement partiel, la situation toujours tendue à la “Jungle” de Calais

 Malgré le démantèlement des 7,5 hectares de la zone sud de la “Jungle” de Calais par l’Etat en mars, le plus grand bidonville de France demeure très densément peuplé, la majorité des migrants s’étant repliés en zone nord. Etat des lieux, dans l’attente d’une éventuelle visite de François Hollande, initialement prévue avant le 14 juillet.

– Comment a évolué le nombre de migrants ?

De 50 à 70 arrivées quotidiennes sont observées, tandis que le passage en Grande-Bretagne demeure très difficile: la population augmente mécaniquement, malgré les solutions alternatives proposées par l’Etat. Les autorités avaient recensé 3.700 migrants avant le démantèlement partiel, et 3.500 après, le 21 mars. Aujourd’hui, elles en dénombrent 4.500, dont 40% d’Afghans. Le décompte de l’association l’Auberge des migrants, en accord avec les normes HCR mais critiqué par les autorités, faisait état de 7.000 migrants avant démantèlement, 5.000 début avril et 7.037 aujourd’hui. La situation actuelle est donc très éloignée de l’objectif plusieurs fois réaffirmé de l’Etat de réduire la population à 2.000, soit le nombre total de places disponibles au Centre d’accueil provisoire conteneurs (CAP, 1500) et au Centre Jules-Ferry, où 400 femmes et enfants peuvent dormir (223 aujourd’hui).

– La situation à l’intérieur du camp s’est-elle améliorée ?

La densité de population a fortement augmenté, et avec elle, l’effet “cocotte-minute” redouté par les associations. Le 26 mai, une rixe d’une ampleur inédite entre réfugiés afghans et soudanais a fait 40 blessés. Pour Anne-Lise Coury, porte-parole de la mission Médecins sans frontières à Calais, “on peut craindre une situation explosive pour les prochaines semaines”. Elle témoigne, ainsi que François Guennoc, de l’Auberge des migrants, d’une augmentation des agressions, des vols, et de l’insalubrité avec notamment l’omniprésence des rats. Sur place, l’ambiance semble indéniablement plus tendue. François Guennoc déplore aussi que 1.200 personnes vivent sous des tentes, parce que son association n’a plus l’autorisation de fournir des cabanons aux migrants. Le sous-préfet rappelle qu’un “dispositif d’enseignement” et un centre médical avec 16 lits de post-hospitalisation ont été créés, de nouvelles latrines et points d’eau ajoutés, et une dératisation effectuée. N’empêche: pour le Défenseur des droits Jacques Toubon en visite le 30 juin, les “conditions de vie (sont) indignes, non respectueuses des Droits fondamentaux de l’homme et notamment des mineurs”.

– Calais est-il toujours le théâtre de heurts entre migrants et policiers ?

Le jeu du chat et de la souris se poursuit quasiment chaque nuit entre les migrants organisés par groupes tentant de monter dans des camions pour l’Angleterre, recourant désormais depuis cette semaine à des cocktails Molotov sur la rocade pour les arrêter, et les forces de l’ordre qui usent de gaz lacrymogènes. Plusieurs associatifs parlent désormais aussi de flashballs et de grenades de désencerclement. Selon Gilles Debove, représentant SGP-FO de la police aux frontières (PAF) à Calais, “on est passé de 10 barrages par jour à une trentaine” sur la chaussée pour forcer les camions à s’arrêter. Plus que jamais, les effectifs (380 gendarmes, 750 policiers, 560 CRS, nombre stable selon la préfecture) sont “éreintés”, affirme M. Debove.

– Que compte faire l’Etat ? Les autorités restent évasives sur l’avenir de la zone nord, alors que François Hollande avait annoncé sa venue à Calais avant le 14 juillet. La maire Les Républicains de Calais Natacha Bouchart a cependant affirmé lundi que son démantèlement serait annoncé “très prochainement”, information non démentie par la préfecture. En attendant, l’Etat avec l’aide financière de la Grande-Bretagne, a poursuivi l’installation de barbelés, déjà nombreux sur la rocade. En septembre débutera aussi la construction d’un mur de quatre mètres de haut et un kilomètre de long, végétalisé et antibruit, pour 2,7 millions d’euros. L’Etat mise également sur les départs vers les CAO (de 80 à 100 chaque semaine selon le sous-préfet), où les migrants peuvent opter pour une demande d’asile. En 2016, 2.000 clandestins ont demandé l’asile depuis Calais, contre 2.800 pour toute l’année 2015. Par ailleurs, 800 procédures d’éloignement ont eu lieu en 2016. Mais, affirme la porte-parole de MSF, de nombreux CAO et CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile) sont aujourd’hui engorgés, ne permettant des départs de la “Jungle” qu’au “compte-goutte”. Quant à profiter du “Brexit” pour remettre en cause les accords du Touquet, fixant à Calais la frontière franco-britannique, François Hollande a répondu que cela ne faisait “pas de sens”.

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