jeudi 28 janvier 2021
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Manu G., lors d'une mission pour maîtriser un forcené dans l'est de la France (Crédit photo: Manu G.)

Quand la blessure frappe les militaires du GIGN

Un ancien du GIGN nous a livré son témoignage sur sa très grave blessure en mission à l’étranger.

Pas facile de parler de ses blessures quand on est un super-gendarme. Nous avons rencontré un ancien militaire du GIGN, Manu G., qui a accepté de nous livrer son témoignage. Un récit fort, également confié à la fin novembre aux journalistes de l’AJD lors d’une journée d’échange consacrée aux blessés du monde militaire, qui montre que malgré une forte préparation, la rencontre avec la mort et la blessure reste un défi pour les militaires de l’unité d’élite.

“Il faut rester humble par rapport à la blessure, souligne Manu, aujourd’hui âgé de 48 ans. Quand je suis arrivé au GIGN, j’étais équipé comme un porte-avions. A la fin, j’avais juste mon gilet pare-balles et la radio, car quand ce n’est pas votre jour, ce n’est pas votre jour, tout simplement.”

Guet-apens

L’engagement de cet adjudant-chef, qui voulait intégrer le groupe depuis le collège, a basculé en mars 2015 dans un pays de la bande subsaharienne. Avec un camarade, cet ancien de l’escadron de gendarmerie mobile de Rennes, au groupe depuis 2000, doit former les recrues d’une nouvelle unité anti-terroriste. Mais le dernier jour de la mission – également le dernier jour de Manu G. en mission au sein du groupe -, les deux hommes sont pris dans un guet-apens par des inconnus armés de kalachnikov. “Je me prends une balle dans le haut du dos, une autre dans les intestins, puis une balle dans la tête”, se souvient-il.

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Malgré une blessure à la jambe et un véhicule bien amoché par les tirs, le conducteur, le gendarme “Mickey”, fonce pied au plancher vers la base militaire française la plus proche. “Il a assuré”, salue Manu. Chaque minute compte pour sauver son ami. Et de fait, la vie de Manu, originaire de Laval, n’a pas tenu à grand-chose. Sur le fil du rasoir, il a sans doute été sauvé par le pot de départ organisé à l’infirmerie de la base militaire : tous les soignants sont déjà sur place, alors qu’il ne reste à Manu qu’une ou deux minutes à vivre.

“Je ne devais pas m’en sortir, j’avais des éclats près de la moelle épinière, c’était très mal engagé”, raconte l’ancien du GIGN. Rapatrié de toute urgence en Falcon vers l’hôpital d’instruction des armées de Percy, Manu fait trois arrêts cardiaques durant le vol. Puis une fois en France, il reste plus de 13 heures sur le billard pour une très grosse opération.

L’hôpital d’instruction des armées de Percy (Crédit photo: Mickaël Denet)

“Je sors du coma quelques jours après. Au réveil, je me dis qu’ils ont été bons, que je suis sauvé alors que c’est encore loin d’être le cas. J’étais en salle de réanimation, sous respirateur artificiel. C’est un moment hyper-dur, on n’a pas la sensation de respirer, on a au contraire l’impression d’étouffer. J’ai réussi à arracher le tuyau. Je me suis fait engueuler…”

Manu G.

La révélation de sa dépendance

Alors que, lors de l’embuscade, le militaire a réagi calmement et sans peur à la situation de combat, il se retrouve désarçonné par l’univers hospitalier qu’il ne connaît guère. “On se rend compte qu’on ne peut pas aller seul aux toilettes, de sa dépendance, explique-t-il. On adore les infirmiers mais en même temps on ne supporte pas qu’ils viennent vous réveiller. A la fin je voulais partir, je ne supportais plus l’hôpital.”

Les blessures de Manu G. après opération
(Crédit photo Manu G.)

Les huit mois de rééducation se transforment en deux mois. Manu part avec sa femme dans le sud, là où il avait prévu, avant sa blessure, d’entamer une nouvelle vie. Il va devenir le régisseur d’un domaine viticole. “On part, on passe le portail, confie-t-il. Mon départ, c’était le 1er octobre 2015. Et après, plus rien. Je devais recevoir des récompenses. C’est une patrouille qui me les a amenées dans une enveloppe. Je n’ai pas apprécié. J’aurais préféré que le commandant me les donne à la brigade, j’aurais amené une bouteille de champagne.” Dans l’enveloppe, il y a la médaille de la Gendarmerie et la médaille d’or de la défense nationale – les frères Kouachi lui ont tiré dessus en janvier 2015.

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Mais dans le sud, bien après, à des centaines de kilomètres de Satory, la reconversion de Manu ne se passe pas comme prévu. Après l’excitation des débuts succède l’ennui des jours d’hiver. Les jours raccourcissent et le spleen grandit. Un soir, l’ancien militaire se heurte à un mur. “Qu’est-ce que je fais là ?”, se demande alors Manu. Le lendemain, en sueur, il n’arrive pas à sortir de son lit. Et commence à stresser à propos de tout, par exemple du courrier qui arrive. A l’hôpital militaire le plus proche, les médecins ont le nom du mal qui ronge Manu. C’est le syndrome post-traumatique.

Deux premiers mois très durs pour l’ancien GIGN

L’ancien militaire plaque à nouveau tout pour revenir près de ses proches en région parisienne. Puis entame un traitement. “Les deux premiers mois ont été très durs : quand on ne voit pas d’amélioration, tout est négatif”, explique-t-il. Puis il remonte la pente jour après jour. Et finit par aller mieux. Manu est aujourd’hui l’officier de sécurité du président d’un groupe du Cac 40. Un nouveau métier qui demande vigilance, haut niveau et rigueur.

S’il garde toujours de très bonnes relations avec le groupe, Manu regrette toutefois de ne pas avoir reçu la médaille du combattant pour sa blessure. “Cela m’a ouvert les yeux sur le fait que nous ne sommes plus trop considérés comme des militaires depuis le rattachement à l’Intérieur, analyse-t-il. J’ai énormément de respect pour le corps médical. Le général Denis Favier a tout mis en œuvre pour mon rapatriement. Mais à la fin j’ai failli mourir et je n’ai pas eu cette médaille, alors que d’autres, non combattants, l’ont après trois mois en opération extérieures. Où est le respect du soldat ?”

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“Il faut toutefois relativiser ce que nous sommes, ajoute-t-il aussitôt. On est doués, tout le monde a envie d’être à l’assaut. Mais je reste humble par rapport aux gendarmes départementaux. C’est eux qui récoltent tout ce qu’il y a de plus dur. C’est pour eux que nous, aux GIGN, nous n’avons pas le droit de nous tromper.”

Propos recueillis par G.T

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Un commentaire

  1. Jean-Marie RIGAL

    Retraité et ancien GM et GD, je suis choqué de la façon dont nos gouvernants considèrent nos forces de l’ ordre. Gendarmes et policiers prennent des risques énormes au quotidien dans le cadre de leurs missions.
    La population et nos gouvernants s’ en rendent-ils compte ?? La question reste posée … j’ ai naturellement un avis sur la question.
    Soutien massif de ma part aux forces de l’ ordre.

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