samedi 8 août 2020
Accueil / A la Une / Pourquoi les gendarmes n’utilisent plus la clé d’étranglement
Démonstration de clé d'étranglement, en 2005, sur le tatami d'un commissariat japonais (Crédit photo: Lance Cpl. Scott M. Biscuiti).

Pourquoi les gendarmes n’utilisent plus la clé d’étranglement

En voie d’être bannie dans la Police nationale, la clé d’étranglement n’est plus enseignée chez les gendarmes depuis près de 18 ans. Le patron de l’Arme, Christian Rodriguez, a rappelé les raisons de ce choix lors d’une audition au Sénat.

Le ministre de l'Intérieur lors de sa conférence de presse à propos des violences policières et du racisme au sein des forces de l'ordre. (Capture d'écran)
Le ministre de l’Intérieur lors de sa conférence de presse à propos des violences policières et du racisme au sein des forces de l’ordre (Capture d’écran).

En 2002, les gendarmes font les comptes sur leurs techniques d’intervention professionnelle. Certes, la clé d’étranglement est efficace. Mais mal employée, elle comporte des risques non négligeables. L’Arme décide de laisser de côté cette technique pour privilégier des clés de bras ou de jambes. Dix-huit ans plus tard, le choix des gendarmes semble bien clairvoyant. L’utilisation par les policiers de cette technique suscite, à tort ou à raison, d’intenses critiques, comme dans l’affaire de la mort du livreur Cédric Chouviat.

Lire aussi: Les annonces du ministre de l’Intérieur face aux accusations de racisme et de violences policières

Risques en cas de mauvaise exécution

Le directeur général de la Gendarmerie nationale, Christian Rodriguez, passe en revue les troupes à l'occasion de la cérémonie nationale d'hommage aux morts de l'Arme. (Photo: L.PICARD/L'ESSOR)
Le directeur général de la Gendarmerie nationale, Christian Rodriguez, passe en revue les troupes à l’occasion de la cérémonie nationale d’hommage aux morts de l’Arme. (Photo: L.PICARD/L’ESSOR)

Cette divergence de méthode entre gendarmes et policiers s’explique par l’appartenance des premiers, jusqu’en 2009, au ministère de la Défense. En 2002, les gendarmes, comme les commandos et les autres militaires, sont formés à cette technique. “Mais nous avons découvert qu’il y avait des risques, explique Christian Rodriguez aux sénateurs, la semaine dernière. Ceux-ci ne tiennent pas à la technique en tant que telle car, si elle est bien exécutée, elle n’est pas dangereuse, mais au contexte dans lequel se déroule une intervention. Avec la tension, la pression, on ne peut pas garantir que la technique sera bien réalisée.”

Il est en effet bien plus facile de répéter une prise en toute sécurité sur un tatami que de la réaliser, sur le terrain. Pour rappel, selon le directeur général, près de 2.300 gendarmes ont été blessés en 2019 à la suite d’une agression. Soit, remarque-t-il, une hausse de 72% par rapport à 2012. Elevé, ce chiffre est proche de celui déploré en 2018, année où 2.306 gendarmes avaient été blessés à la suite d’une agression.

Lire aussi: Les gendarmes confrontés de plus en plus à des violences

Techniques utilisables par le plus grand nombre

Fabrice Halopeau, à droite (Crédit photo: Fabrice Halopeau).
Fabrice Halopeau, à droite (Crédit photo: Fabrice Halopeau).

Résultat, l’Arme s’est orientée vers des techniques simples, “utilisables pour le plus grand nombre”. Exemple avec la clé de bras, qui ne comporte pas de risque pour la vie de la personne interpellée. Tout en poussant pour l’introduction d’armes de force intermédiaire, des bâtons télescopiques aux flash-ball, en passant par les taser. Dans une interview à L’Essor, un expert du domaine, l’ancien gendarme Fabrice Halopeau expliquait ainsi la démarche des gendarmes. “Nous avions mis en place une formation repensée à l’intervention professionnelle en Gendarmerie, avec trois niveaux (technicien, moniteur et instructeur), expliquait-il. Nous avions par exemple intégré l’utilisation du bâton télescopique, qui permet de préserver sa sécurité en maintenant à distance.”

Lire aussi: Le pliage et le plaquage ventral, deux techniques de dernier recours jugées indispensables (interview)

Le point commun des prises enseignées? Elles doivent pouvoir être pratiquées aussi bien par des jeunes sportifs que des gendarmes proches de la retraite. “On choisit donc les actes les plus simples à exécuter, en fonction du rapport entre le risque et l’efficacité”, résume Christian Rodriguez. A charge pour les 3.800 moniteurs en intervention professionnelle d’enseigner les bons gestes. Chaque séance d’entraînement, d’une durée de trois à quatre heures, permet de répéter les bons gestes pour passer les menottes ou répondre à une attaque au couteau. “Si nous pouvions faire plus en matière d’entraînement, on le ferait, mais les gendarmes doivent aussi être sur le terrain”, rappelle le patron des gendarmes. Pour Fabrice Halopeau, malheureusement les formations – où ce sont les gendarmes qui jouent les personnes interpellées – manquent parfois de réalisme. Les délinquants “peuvent se débattre, c’est un risque supplémentaire de blessure pour le gendarme”, notait-il.

Usage de la force très souvent conforme

Dix-huit ans après le bannissement de la clé d’étranglement, les gendarmes poursuivent toujours leur travail de réflexion sur les techniques d’intervention professionnelle. La dernière actualisation date ainsi de janvier dernier. “Elle a été élaborée avec des magistrats et des médecins spécialistes du sport et de la traumatologie afin d’éviter les dommages vitaux sur la personne interpellée”, souligne Christian Rodriguez. Hormis les super-gendarmes du GIGN, les différentes techniques contestées (pliage ventral, décubitus ventral, pressions thoraciques, contrôle cervical ou étranglement) ne sont plus enseignées ou mises en oeuvre. Un indicateur montre le succès de la doctrine des gendarmes. Les enquêtes judiciaires ouvertes à la suite de réclamations de particuliers (31 en 2019)tendent à démontrer que l’usage de la force était très souvent conforme au cadre légal”.

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *