mardi 20 octobre 2020
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Les experts du Groupe d'investigations en milieu dégradé au travail (crédit photo: IRCGN).
Les experts du Groupe d'investigations en milieu dégradé au travail (crédit photo: IRCGN).

Pourquoi la Gendarmerie pourrait être mobilisée en cas d’un empoisonnement similaire à celui de l’ex-agent double russe

Dimanche 4 mars, à Salisbury, au sud-ouest de Londres. Un ex-agent double russe, Sergueï Skripal, et sa fille Ioulia, sont découverts inconscients par des passants, assis sur un banc. Huit jours plus tard, la police britannique annonce avoir identifié la substance toxique à l’origine de l’empoisonnement. Ce serait du Novitchok, un agent neurotoxique innervant développé en URSS durant la Guerre froide.

Si un tel fait divers survenait en France, il y aurait de fortes chances que la Gendarmerie soit mobilisée. Car elle abrite en son sein une perle: le groupe d’investigations en milieu dégradé de son institut de recherche criminelle (IRCGN). Créé il y a deux ans – il a succédé à un ancien vivier d’experts existant depuis environ vingt ans-, ce groupe permet de déployer des spécialistes de l’investigation criminelle et de l’identification de victimes rompus à l’intervention dans des milieux contaminés.

Cette unité de circonstance, projetable à tout moment en fonction de l’actualité, n’est pas la seule en France. La Police nationale compte également sa propre unité spécialisée de constatation en milieu toxique, Constox. Mais celle des gendarmes détient une capacité clé : le groupe est capable de “faire un maximum d’actes techniques et analytiques sur zone”, explique le chef d’escadron Fabien Suchaud, le référent NRBC (Nucléaire, radiologique, biologique, et chimique) à l’IRCGN.

Une présence précieuse sur le terrain

Les lourdes mais protectrices tenues du Groupe d'investigations en milieu dégradé (crédit photo: IRCGN).
Les lourdes mais protectrices tenues du Groupe d’investigations en milieu dégradé (crédit photo: IRCGN).

A quelques mètres d’une scène de crime, le groupe d’investigations en milieu dégradé peut ainsi réaliser des constatations, des prélèvements et des analyses pour orienter l’enquête. La présence de ces experts sur le terrain, habillés pour l’occasion d’impressionnantes combinaisons hermétiques – des tenues de protection individuelle adaptées aux risques chimiques, biologiques et radiologiques -, est précieuse.

Leur savoir-faire leur permet d’identifier les traces et indices les plus probants, permettant d’éviter un embouteillage de prélèvements peu pertinents. Grâce aux analyses sur place, le nombre de longs transports parfois dangereux de matières sensibles est amoindri. Enfin, sur place, ils peuvent informer au plus vite les enquêteurs et les magistrats.

“Ces analyses sur zone sont une vraie plus-value, souligne Fabien Suchaud. A notre connaissance, nous sommes l’une des rares équipes dans le monde à pouvoir prélever des traces et indices, les analyser sur site – cela peut être des empreintes ou des traces numériques – identifier des victimes ou des auteurs, et à avoir développé une capacité à effectuer des autopsies en milieu dégradé ou contaminé. ”

Une capacité d’autant plus bienvenue que les instituts médico-légaux pourraient refuser la réception de corps contaminés potentiellement dangereux.

Une quarantaine d’experts au Grid

Photo d'illustration (crédit photo:IRCGN).
Photo d’illustration (crédit photo:IRCGN).

Que se passerait-il dans le cas d’un empoisonnement avec une substance rare ? En cas de suspicion d’une attaque terroriste – le cas d’un accident est également possible -, c’est la section C1 du parquet de Paris qui serait saisie. Sur demande, le groupe d’investigations en milieu dégradé pourrait déployer sur place une quarantaine d’experts, assistés par une quinzaine de spécialistes de la cellule NRBC de la Gendarmerie fournissant un appui technique. Par exemple, les experts pourraient compter sur le soutien du véhicule Biotox-Piratox, de tentes sécurisées déployables sur le terrain et d’équipements de détection d’agents NRBC.

Le programme serait alors bien chargé : recueil d’empreintes digitales, prélèvement et analyses ADN, balistique, analyses informatiques, électroniques et d’explosifs, prélèvements environnementaux, et identification des victimes et des auteurs, avec des autopsies si nécessaire… Dans le cas d’un empoisonnement à une substance toxique comme le Novitchok, l’identification de l’agent incriminé ne pourrait toutefois être réalisée que dans des laboratoires de pointe du réseau de laboratoires Biotox-Piratox.

“Quand la phase de secours serait terminée, ou en parallèle, la cellule nationale NRBC de la Gendarmerie procéderait à la réalisation de prélèvements de matière à acheminer vers un laboratoire du réseau Biotox-Piratox, précise Fabien Suchaud. Nous nous focaliserions ensuite sur les traces et indices, et sur l’identification des victimes et des auteurs.”

Les experts de l’IRCGN sont désormais aguerris dans ce domaine. L’institut compte aujourd’hui une cinquantaine de missions judiciaires réalisées relatives à des risques technologiques ou à la santé publique. Des missions rares, environ deux par an, qui sont doublées par de nombreux exercices. Ces stages internes permettent de revoir les méthodes des experts.

Et chaque année, un exercice simule au plus près le difficile travail auquel seront confrontés les techniciens sur le terrain. Le dernier en date ? Il y a quelques jours, à la mi-mars, avec un travail autour d’une contamination radiologique réelle. La preuve que ces menaces sont prises très au sérieux.

Gabriel Thierry

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