samedi 26 septembre 2020
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Gendarmes du GIGN à Satory devant leur véhicule blindé Sherpa (Ph:M.GUYOT/ESSOR)
Gendarmes du GIGN à Satory devant leur véhicule blindé Sherpa (Ph:M.GUYOT/ESSOR)

Après la polémique, des anciens du GIGN montent au créneau

La semaine a été longue pour le GIGN. Elle s’est conclue par ce titre, en une du Monde du samedi 23 février: “Enquête sur le GIGN, ses ratés et ses états d’âme”. A l’intérieur du quotidien du soir, des opérationnels et anciens du groupe d’intervention étalent au grand jour, dans une double page, les doutes qui traversent l’unité d’élite.

Deux jours plus tôt, les ennuis avaient commencé, lorsque les sénateurs, au détour de leur rapport sur l’affaire Benalla, avaient annoncé leur souhait de faire valider par la Police les affectations de gendarmes au sein de la sécurité présidentielle. Le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) qui assure la sécurité rapprochée du Président est en effet composé gendarmes issus du GIGN et de policiers, 76 personnes au total.

Lire aussi sur L’Essor: Comment les policiers pourraient donner leur avis sur les nominations des gendarmes au GSPR

Volontiers mis en avant par la Gendarmerie pour sa communication, le GIGN n’a pas l’habitude de l’être de façon négative. Sitôt la une du Monde connue, l’Institution a d’ailleurs réagi dans un communiqué au vitriol, fustigeant “une connaissance partielle de cette unité opérationnelle d’élite et une vision partiale des faits”.

Des personnalités fortes avec beaucoup d’autonomie

Pour l’ancien patron du groupe (2002-2007)  le lieutenant-colonel (ER) Frédéric Gallois, les faits relatés par Le Monde sont inhérents au fonctionnement des unités d’élite.

Le colonel (ER) Frédéric Gallois, ancien commandant du GIGN (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Le lieutenant-colonel (ER) Frédéric Gallois, ancien commandant du GIGN (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

“Toutes les unités spéciales dans le monde font face à des difficultés de commandement. Bien qu’elles aient un caractère militaire, on y recrute volontairement des personnalités fortes  à qui l’on donne beaucoup de latitudes, donc beaucoup de responsabilités, à un niveau hiérarchique finalement bas”, explique l’ancien gendarme, aujourd’hui directeur de la sûreté du groupe Ortec.

Selon lui, cette grande “capacité d’initiative et d’autonomie, dans l’opérationnel comme dans la vie de tous les jours crée toujours des frictions”.

C’est ainsi qu’il explique le recueil de sept tonnes de munitions dans les “alvéoles” (espaces de rangement personnel des opérationnels du groupe d’intervention), rassemblées à la demande du commandant de l’unité, le général Laurent Phélip, à l’époque colonel.

“C’est un système qui fonctionne”

“Quand on demande à des personnels d’avoir une disponibilité opérationnelle de quelques minutes, on ne peut pas, physiquement, organiser les armes et les munitions dans un cadre classique, avec la perception de l’armement”, précise Frédéric Gallois.

“Une partie du matériel est donc prédistribuée pour être très réactif en cas de départ en opération. Cela peut donner l’impression qu’il y a un laxisme mais les alvéoles constituent un espace de préparation pour chaque opérationnel:  elles ont été prévues pour cela. Il faut d’ailleurs noter que c’est un système qui fonctionne car on n’a pas retrouvé de munitions dans la nature”.

Des relations houleuses, mais nécessaires

La Gendarmerie a par ailleurs démenti les affirmations du Monde selon lesquelles les relations seraient houleuses entre le GIGN et le directeur général de la Gendarmerie. Ce dernier selon le quotidien du soir, aurait “la réputation de ne pas porter spécialement l’unité dans son cœur”. Pour Frédéric Gallois, là encore, le mode de fonctionnement de l’unité explique ces relations compliquées avec la direction générale.

Lire aussi sur L’Essor: Des sous-officiers du GIGN, force et faiblesse de l’unité

“Il y a toujours eu une relation complexe entre l’Institution et le GIGN car elle a toujours le souci de laisser assez de latitude à son unité spéciale pour qu’elle soit le plus opérationnelle possible, mais tout en marquant des limites pour qu’elle soit sous son contrôle”. Ce “pilotage à vue” peut créer “une certaine tension”, mais il est “historique”, assure Frédéric Gallois. “Au quotidien, c’est un dialogue qui se fait toujours dans le respect de l’Institution”.

En roue libre, le GIGN?

La lecture du Monde donne pourtant l’impression d’un GIGN en roue libre. “J’entends cela depuis 40 ans mais c’est une caricature”, rétorque Frédéric Gallois.

“Le GIGN a un mode de fonctionnement atypique qui nécessite des cadrages, mais cela ne va jamais au delà. Cela fait partie du fonctionnement habituel d’une force spéciale. Qu’il s’agisse du 22e SAS britannique ou des forces spéciales françaises, toutes ces unités connaissent des échanges et des discussions avec l’état-major. Elles  cherchent un maximum d’autonomie et de dynamisme car elles sont confrontées à des contraintes opérationnelles extrêmes”.

Quand aux opérationnels qui ont parlé au Monde, pour Frédéric Gallois il s’agit des auteurs de la lettre anonyme signée “L’esprit de l’inter” qui avaient déjà mis en cause le patron de l’unité, le général Hubert Bonneau, alors colonel dans un courrier qui avait fuité dans Le Canard enchaîné. “C’est une poignée de personnes qui ont été écartées du groupe, qui sont revanchardes et mettent sur le tapis les traditionnels débats entre officiers et sous-officiers”, regrette-t-il.


“Je trouve dommage que quelques personnes ne se rendent pas compte du bonheur qu’ils ont à faire ce métier”, explique, dans le même sens, Daniel Cerdan. Cet ancien opérationnel du GIGN connait également parfaitement le fonctionnement de l’Elysée où il a assuré la sécurité du conseiller de François Mitterrand, François de Grossouvre.

Lire aussi sur L’Essor: Gros plan sur le GSPR : des gendarmes et policiers pour protéger le président de la République

Daniel Cerdan est vent debout contre la proposition des sénateurs visant à donner un droit de regard au patron du service de la protection -donc à un policier- sur les nominations au sein du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR).

Gardes républicains dans la cour du palais de l'Elysée (MG/L'ESSOR)
Gardes républicains dans la cour du palais de l’Elysée (MG/L’ESSOR)

“Ce qui relève de la Gendarmerie doit rester au niveau de la Gendarmerie et réciproquement pour la Police”, estime l’ancien gendarme qui a fini sa carrière à la Garde républicaine, commandant la compagnie de sécurité de la présidence de la République, chargée de la sécurisation du palais de l’Elysée. “Au sein du service de la protection, les policiers ne passent pas tous des tests  comme ceux du GSPR”, analyse-t-il.

Quand à l’intégration au sein du GSPR d’un ancien sous-officier du GIGN avec le statut de major commissionné, Daniel Cerdan relativise: “Je ne trouve pas son recrutement déplacé. C’est quelqu’un qui a de longues années de Gendarmerie derrière lui. Il a un passé au GIGN où il est connu comme un bon”.

Un tel recrutement n’est d’ailleurs pas une première, comme l’explique l’ancien patron du GSPR, le colonel (ER) Denis Roux. A l’arrivée de Jacques Chirac en 1995, deux commandants de Police, dont un seul était encore en activité, ont été intégrés à l’équipe chargée de la sécurité présidentielle.

Lire aussi sur L’Essor: L’amer quinquennat des gendarmes de l’Elysée

“On est toujours dans cette démarche présidentielle de privatisation de la sécurité proche”, regrette Denis Roux. “Quinze personnes qui avaient fait la campagne du président Emmanuel Macron ont été intégrées au GSPR. Même si ce sont des policiers ils ne sont pas formés, entraînés et recrutés au plus dur”.

Le modèle américain

Selon lui, la solution serait une sécurité présidentielle à l’américaine, sur laquelle le président de la République n’aurait pas la main. “J’ai bien connu le système américain pour avoir travaillé avec eux. Je suis pour un système analogue, inscrit dans la Constitution et dans la durée. Là on bricole quelque chose chaque fois qu’un président arrive. Il faut arrêter.”

Matthieu Guyot

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13 Commentaires

  1. Modeste

    Par expérience et pour y avoir servi, les corbeaux et autres oiseaux de mauvais augure qui s’épanchent dans les médias sont les mêmes qui posaient des problèmes lorsqu’ils étaient en activité !
    Bien souvent des erreurs de casting….aux idées bien trop courtes pour comprendre tous les enjeux d’une inter !!
    Je partage le post de Gallois…

  2. Swol

    La gendarmerie a été placée sous l,autorité du Ministère de l, intérieur,donc du Ministre de l,intérieur. Non pour faire plaisir à l,intérieur ou au ministère des armées, mais pour se plier aux exigences de Bruxelles en.matiere de gestion des forces de l,ordres .Maintenant le Ministère des armées était aussi.probablement content de ce rattachement. Vous avez en contreparti vos avantages de carrière, sncf,logements ce qui est non négligeables. Je propose à l,Élysée une autorité civil ,un Prefet hors classe pour remettre de l,ordre et que chacun reste à sa place.

    • Camarade policier, vous enfilez les lieux communs sur la gendarmerie comme des perles. Ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas, et par pitié arrêtez d’être jaloux du logement des gendarmes. Je vous refile le mien demain si vous y tenez…

    • Naoned 46

      Parlez aussi du temps de travail par rapport à la police ce qui est à la base du logement
      Puis des mutations
      Puis des dissolutions d’unités sous Sarkozy sans 2000 arrêts de maladie comme chez certains
      Et je passe sur ces unités qui refusaient de descendre des cars car le cantonnement ne convenait au délégué syndical because pas les 7 mètres cubes réglementaires pour chaque gardien donc résultat on remplace par qui ,par un escadron mon bon monsieur
      El les barrages boulevard saint Michel ou l’escadron est en place jusqu’à fin de service et ou la compagnie contiguë est relevée au bout de 7 h00
      Et on se plaint de ne pas avoir de logement ou le quart SNCF mais n’hésitez pas intégrez l’arme
      De la part d’un fils de policier et ancien officier de gendarmerie

  3. Pierre

    Le Gig est le top du top des forces spéciales il n’y a rien à redire ou à discuter à part quelques politiques inapte P4 et des médias qui comme le monde n’aime pas le vert.
    Si le gig avaient eu toutes les affaires que nous avons malheureusement connue le dénouement aurait était plus efficace.
    J’ai encore le choc des images de l’hyper kacher par la BRI un assaut lamentable brouillon ou le bouclier rentre seul et se prend les tirs dans le dos des ces collègues qui n’ont pas suivi le mouvement.
    À marignane malgré les rafales des terroristes le gig dérouler sans faillir.
    Bravo est respect, que dieu vous garde

    • Franck

      Apparemment vous n’avez pas pris la peine de lire l’article du Monde sur les ratés tout aussi brouillons du “gig” sur Damartin. C’est sûr qu’ils ont eu le luxe de ne pas être diffusés en direct à bfm eux … Un peu d’humilité ne fait pas de mal…

      • Naoned 46

        Qui a tue le chien d’assaut du raid a saint Denis ?
        Ou sont les armes automatiques ayant nécessité le tir de milliers de cartouches dans le même appartement de saint Denis ?
        Cela fait quand même beaucoup non
        Alors comparaison n’est pas raison

  4. carol Philippe

    Il.est malheureux que dans beaucoup d’institutions, ceux qui en ont étaient virés, essayent de se venger en racontant des “ragots ” complètement infondées et le plus souvent faux, pour donner une mauvaise image de leur anciens frères d’armes et de l’institution par la même occasion. Ces personnes la, devraient être condamnés par la justice militaire à des peines exemplaires, cela calmerait les futurs belligérants.
    Étant ancien Para du 9 ème RCP et du 1er RCP, pour ceux qui “jouaient ” à ce jeux la, en 87, 88, 89, …. Nous étions plus expéditif, vous voyez ce que je veux dire, à cette époque la, on les attrappaient en douce et une bonne “danse” remet les idées en place à toutes personnes.
    De plus , le GIGN est le 1er groupe d’interventions en cas de prise d’otages, de terrorisme, etc…Qui a était créé et est toujours le meilleur, point barre. Il aurait dû toujours resté sous le commandement du ministère de la défense. On ne mélange pas les torchons avec les serviettes.
    Respectueusement à vous, les gars du GIGN.
    Un ancien Para ( No de brevet Para : 519853 l’ETAP.
    Cordialement et paramicalement.

  5. Je ne suis pas de la partie.
    Mais franchement je me demande comment les médias peuvent comporter de telles conneries.
    Le GIGN est un corps de soldats parfait.
    Difficile d’ailleurs d’y être admis alors les commentaires à la con émanent peut être d’un “rageux” qui a été refusé…?

    En tous cas les fois où l’on a eu la chance de voir ces “sacrés bonhommes” en action on a bien constaté leur efficacité et leur professionnalisme.

    Et effectivement, je pense que si le GIGN était intervenu pour l’épicerie Kacher, ça ne serait pas parti en vrille.

    Bravo “Messieurs”…. Bravo aux hommes du GIGN…..
    Merci d’être là et de faire ce job difficile et très dangereux.

  6. Ce qui me fait mal c’est l’anonymat ( les ragots) le linge sale se lave en famille point à la ligne .

    • Carol philippe

      Bonjour,
      Ils gardent l’anonymat car, comme certains de ces raconteur de ragots faisait partir de la famille du GIGN. Et c’est pour leur faire mal à ceux qui sont toujours d’active qu’ils font cela.
      Ils gardent l’anonymat pour pouvoir encore faire davantage de mal par la suite. Ces raconteur de ragots sont à comparer à des “corbeaux ” des oiseaux de mauvais augure.
      Cordialement, Philippe C.

    • Calus

      Exactement !

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