vendredi 4 décembre 2020
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Un gendarme de la GTA dans la zone de transit des bagages de l’aéroport de Roissy-Charle-de-Gaulle
Un gendarme de la GTA dans la zone de transit des bagages de l’aéroport de Roissy-Charle-de-Gaulle. (Photo M.G/L'Essor).

Pointage laser, passagers indisciplinés ou trafic de stupéfiants: deux gendarmes brossent le portrait de la criminalité du secteur aérien

Deux gendarmes viennent de signer un nouveau livre sur le droit et la criminalité du secteur aérien. Le colonel de Gendarmerie Johanne Gojkovic-Lette et le réserviste Grégory Houillon nous expliquent les dessous de ce phénomène. Le premier est chargé de mission à la sous-direction de la police judiciaire. Le second est maître de conférences et officier de réserve au sein de la Gendarmerie des transports aériens (GTA). Interview.

Lire aussi: Le colonel Johann Gojkovic-Lette cosigne un ouvrage de référence sur le droit et la criminalité du secteur aérien

Pourquoi avoir rédigé ce livre?

Le colonel Johanne Gojkovic-Lette (Crédit photo: DR).
Le colonel Johanne Gojkovic-Lette (Crédit photo: DR).

Johanne Gojkovic-Lette: Il permet de répondre à une carence dans le domaine. En effet, quasiment rien n’a été écrit sur le sujet. Mais surtout, le but était de publier un livre qui soit accessible pour le néophyte. Il ne fallait pas en faire un livre de spécialiste. Le but est de montrer que l’écosystème aérien est merveilleux mais que certaines personnes le dévoient.

Grégory Houillon (Crédit photo: DR).
Grégory Houillon (Crédit photo: DR).

Grégory Houillon: Nous voulions aussi montrer que “l’ordre public” aérien implique un grand nombre d’infractions et de sanctions administratives. Notre désir a été de vulgariser ces connaissances. Elles ne sont maîtrisées que par un trop petit nombre de personnes, souvent juristes ou enquêteurs. Nous avons aussi voulu illustrer les infractions présentées par de nombreuses affaires et avec de la jurisprudence.

Quel constat faites-vous sur la criminalité du secteur aérien?

L'ouvrage de Johann Gojkovic-Lette cosigné avec Grégory Houillon (Crédit photo: éditions Cépaduès).
L’ouvrage de Johann Gojkovic-Lette cosigné avec Grégory Houillon (Crédit photo: éditions Cépaduès).

JGL: Soyons honnête, le secteur aérien n’est pas un secteur criminel important en tant que tel. Néanmoins, il présente des caractéristiques pour lesquelles il convient de demeurer vigilant. Le secteur aérien est d’abord le vecteur d’une criminalité traditionnellement classique. C’est donc un moyen (vols, importation de stupéfiants, faux et usage, etc.). Mais il est également à l’origine d’une criminalité propre. C’est par exemple le survol de zone d’interdiction, le détournement d’aéronefs, le non-respect des règles aéronautiques, l’accidentologie aérienne.

GH: Nous avons pu constater deux aspects de l’évolution de cette criminalité. D’abord, une criminalité classique, évoluant peu et assez régulière. Il s’agit du trafic de stupéfiant, le détournement des règles sociales relatives aux personnels aériens, l’entrave à la navigation aérienne ou le non respect des règles de validité des documents de vols… Ensuite, il y a également une criminalité plus innovante qui évolue avec l’augmentation progressive chaque année du volume des vols.

Avez-vous un exemple concret de phénomène émergent que vous avez rencontré au cours de votre vie professionnelle?

Un Falcon 50. Photo d'illustration (Crédit photo: Falcon Photography / Flickr).
Un Falcon 50. Photo d’illustration (Crédit photo: Falcon Photography / Flickr).

JGL: Le principal phénomène émergent est le développement des drones. Ce domaine est en plein développement et mouvant. Nous avons pu également mettre au jour d’autres phénomènes plus inquiétants liés à la maintenance des aéronefs. Mais surtout, c’est la persistance de certains phénomènes qui interroge. Après l’interception par la section de recherches de Montpellier d’un hélicoptère avec 560kg de cannabis et le dossier “Air cocaïne” il y a quelques années, l’année dernière a vu se dérouler un dossier international nommé “Familia”, ayant permis d’intercepter 600kg de cocaïne en Suisse. La marchandise avait été débarquée d’un jet qui s’était posé à Bâle-Mulhouse.

Lire aussi: Comment les gendarmes sont intervenus dans l’affaire Air Cocaïne

GH: Auparavant limité à quelques caprices de VIP, les cas de “passagers indisciplinés ou perturbateurs” se sont développés exponentiellement depuis cinq ans, essentiellement pour des incidents à l’embarquement. Deux rappeurs ont retardé récemment à Orly de nombreux vols par une rixe très médiatisée. Ce sont également des violences liées à l’alcool ou des disputes. Il en est de même pour les lasers dont les pointages, parfois hasardeux mais pas toujours, portent de plus en plus atteinte à la sécurité des vols. Un hélicoptère de la Gendarmerie a dû remettre les gazs in extremis lors de son pointage par un gilet jaune à Toulouse. L’accident fut évité de peu. De ce point de vue, si les peines étaient légères au départ, la jurisprudence se montre de plus en plus ferme.

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Les divers cas de menaces internes montrent enfin comment la sûreté implique, non pas seulement la police judiciaire, répressive, mais la police administrative, plus préventive. Un bagagiste disposant d’un accès privilégié avait ainsi pu introduire 150 armes à feu et munitions dans un aéronef à Atlanta.

Pensez-vous que la crise sanitaire actuelle puisse avoir un impact sur les missions à venir des gendarmes des transports aériens?

Enquêteur de la section de recherches de la gendarmerie des transports aériens (GTA). Photo d’illustration (M.G/L’Essor).

JGL: La crise sanitaire a eu un impact sur toute la gendarmerie, y compris la GTA. Mais nous avons tous su collectivement répondre présent. La GTA est une gendarmerie spécialisée fabuleuse. C’est un acteur essentiel de l’écosystème aérien et elle bénéficie d’une formidable image. Nous sommes tous les deux pilotes privés. Et je vous garantie la qualité des retours des membres des aéroclubs sur le travail effectué par la GTA.

GH: Il me semble trop tôt pour dire si la crise Covid-19 aura un impact sur les missions de la GTA. Il est probable que le secteur aérien en soit fortement impacté. Mais les besoins de déplacements et l’avenir du tourisme mondial au-delà de la crise actuelle fera que le secteur reprendra certainement sa vigueur, même s’il croîtra moins. D’autant que les missions de la GTA n’ont pas uniquement trait qu’aux infractions aéronautiques. Elles touchent aussi aux infractions classiques utilisant le vecteur aérien. Et de ce point de vue, la facilité qu’offre ce vecteur fait que cette délinquance ne va probablement pas se tarir. L’expertise de la GTA étant liée à l’existence même du secteur, elle risque plutôt de se montrer toujours plus nécessaire, et ce, alors même que le trafic aérien diminuerait légèrement.

Propos recueillis par GT.

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