samedi 31 octobre 2020
Accueil / A la Une / Pas de médaille de reconnaissance aux victimes du terrorisme pour 14 gendarmes d’Ouvéa
La stèle en mémoire des gendarmes tués à Fayaoué (Ouvéa) inaugurée en 2018. (Photo: Cne R.Delmotte/Région de gendarmerie Hauts-de-France)
La stèle en mémoire des gendarmes tués à Fayaoué (Ouvéa) inaugurée en 2018. (Photo: Cne R.Delmotte/Région de gendarmerie Hauts-de-France)

Pas de médaille de reconnaissance aux victimes du terrorisme pour 14 gendarmes d’Ouvéa

INFO L’ESSOR – Tué, blessés ou otages à Ouvéa (Nouvelle-Calédonie) en 1988, ils viennent de se voir débouter. Quatorze gendarmes, dont la famille d’un tué, demandaient en effet la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme.

Cette décoration, créée par François Hollande, a déjà été décernée à 455 victimes du terrorisme. 258 demandes sont en cours d’examen. Dans l’ordre protocolaire, elle figure après la Légion d’honneur, la Croix de la Libération, la Médaille militaire et le Mérite.

Vingt cinq morts lors des évènements d’Ouvéa en 1988

Le 22 avril 1988, un commando d’indépendantistes attaque la brigade de Gendarmerie de Fayaoué, sur l’ile d’Ouvéa. Ils tuent quatre gendarmes et blessent grièvement un cinquième. Le commando emmène ensuite 27 gendarmes en otage, emportant l’arsenal de la brigade. Des otages sont rapidement relâchés à Mouli dans le sud de l’île. La libération des otages de la grotte de Gossanah (au nord) interviendra quant à elle le 5 mai, après un assaut sanglant. On y déplorera en effet 21 morts.

Lire aussi: Le Comité du 22 avril commémore le trentième anniversaire de Fayaoué

Les 14 demandeurs ont reçu chacun fin septembre la même réponse négative du ministère de la Justice. La Chancellerie fait valoir que ces faits “n’ont pas donné lieu à la qualification d’actes terroristes dans la procédure judiciaire”. Elle ajoute que l’action publique fut déclarée “éteinte” en avril 1990. Ce quelques mois après la loi d’amnistie du 10 janvier 1990 portant sur les infractions commises en 1988.

La famille d’un gendarme tué à la brigade de Fayaoué a vu sa demande refusée pour les mêmes motifs.

“Ni une zone de guerre, ni du terrorisme”

L’un des déboutés, Jean-Marie Grivel –ancien du GIGN blessé lors de l’assaut à Gossanah– a déclaré à L’Essor: “J’ai déjà été débouté de l’attribution de la Croix du combattant parce que ce n’était pas une zone de guerre. Je suis débouté aujourd’hui de ma demande de médaille parce les faits n’étaient pas du terrorisme !”

Cette décision de la Chancellerie fait bondir le lieutenant-colonel (ER) Henri Calhiol. Cet ancien officier de Gendarmerie a écrit “Fayaoué, 22 avril 1988, ground zero de l’Affaire d’Ouvéa“. Une contribution historique déposée aux Archives de la Nouvelle-Calédonie et au Service historique de la défense (SHD) à Vincennes. “La Chancellerie, dit-il à L’Essor, a débouté les demandeurs au prétexte que les faits n’avaient pas reçu, après l’attaque et l’assaut contre les ravisseurs, une incrimination terroriste par le Parquet puis par le juge d’instruction”.

Mais il faut retenir également, ajoute-t-il, que cette procédure judiciaire a été interrompue pour cause d’amnistie, une décision hautement politique”. Il s’agit bien “d’une circonstance tout à fait particulière, non rencontrée dans les autres cas où la médaille en question a pu être accordée”.

Rien n’indique que la qualification terroriste n’aurait pas été finalement retenue si l’instruction avait été jusqu’à son terme et si les faits avaient donné lieu à jugement”, assure-t-il. C’est en tout cas ce que pourraient faire valoir les déboutés s’ils souhaitent demander un réexamen de leur requête. Ils disposent maintenant de deux mois. Soit pour un recours administratif auprès de la Chancellerie, soit pour un recours contentieux devant le Conseil d’Etat.

Pension militaire d’invalidité pour certaines victimes d’Ouvéa

Henri Calhiol souligne par ailleurs que le premier compte-rendu rédigé après les faits pour le directeur général de l’époque emploie à deux reprises le terme de “terroristes” pour qualifier les “agresseurs” de “cette action de guerre”.

Il relève également que parmi les demandeurs de cette décoration figurent nombre de gendarmes victimes de l’attaque de Fayaoué et détenus comme otages. Plusieurs sont titulaires d’une pension militaire d’invalidité reconnaissant des dommages psychiques irréversibles. Ou des séquelles sérieuses d’une grave blessure à l’arme blanche pour un autre, laissé pour mort à Fayaoué.

L’affaire d’Ouvéa avait déjà suscité une première action. Dix victimes et familles de victimes de l’attaque de Fayaoué ont vainement demandé une indemnisation au ministère des Armées. Ces familles ont donc saisi la Commission nationale des recours militaires.

Lire aussi: Des victimes de Fayaoué demandent une indemnisation à l’Etat

Une troisième action auprès de la Gendarmerie

Après les demandes d’indemnisations et celles de la médaille de reconnaissance aux victimes du terrorisme, une troisième action est en cours. Certains rescapés ont récemment adressé des demandes gracieuses directement au directeur général de la Gendarmerie. Ils lui demandent de prendre une initiative de nature à leur rendre leur honneur injustement flétri. Après l’attaque de Fayaoué, en effet, les gendarmes de la brigade et les gendarmes mobiles présents avaient été accusés de n’avoir pas su s’opposer aux agresseurs. Comme le souligne Henri Calhiol, la direction générale n’avait alors pas prescrit une enquête de commandement. Enquête “que la gravité des faits commandait” pourtant. Cette enquête de commandement “leur aurait alors évité le discrédit immérité qui les a frappés de ce fait durant ces trente dernières années”.

Pierre-Marie Giraud

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.