lundi 28 septembre 2020
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Caserne Offner
La caserne Offner de Grenoble ( Photo A. Veyret L'Essor)

Nationalisme, délinquance ou violences urbaines : quand les casernes de la Gendarmerie sont prises pour cibles

Depuis le mois de septembre, la Gendarmerie fait face à une mystérieuse vague d’incendies de véhicules, à Limoges, Grenoble et Meylan (Isère). Un phénomène inquiétant et dangereux qui n’est cependant pas nouveau. Voici quelques exemples d’attaques commises contre des emprises de la Gendarmerie ces dernières années.

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Le nationalisme régional

En décembre 2013, deux casernes corses sont attaquées à la roquette, sans faire de victimes. Une roquette est tirée contre un véhicule de Gendarmerie garé à l’intérieur de la caserne Battesti, à Ajaccio, et une autre sur la façade de la caserne de Montesoro, dans le sud de Bastia. Des attentats commis une dizaine de jours après une vague d’arrestations de sympathisants nationalistes, en Corse-du-Sud, par des gendarmes dans le cadre d’enquêtes sur des attentats contre des résidences secondaires en 2012 revendiqués par le Front de libération nationale de la Corse. En septembre 2017, un homme, recherché depuis quatre ans dans cette affaire, est arrêté par la police judiciaire d’Ajaccio.

L’histoire des gendarmes sur l’île de Beauté est malheureusement parsemée d’attaques violentes. En 1997, deux gendarmes sont enlevés dans l’enceinte de la caserne de Pietrosella, tandis qu’en 2005 une roquette anti-char est tirée contre la caserne de gendarmes mobiles d’Aspretto, à Ajaccio. Les coups de feu ne sont pas rares non plus, comme ceux tirés en septembre 2014 contre la caserne de Pietrosella.

Par contre, dans le Pays Basque français, les casernes de Gendarmerie n’ont visiblement pas été victimes de tels actes. Les accrochages, parfois très violents avec l’ETA, ont eu lieu généralement au détour de contrôles ou lors d’opérations de police.

Des violences urbaines

Les gendarmes, bien que principalement situés dans des zones rurales et périurbaines, sont eux aussi victimes du phénomène dit des violences urbaines. Ainsi, en juillet 2017, des tirs de mortiers frappent les bâtiments des familles des gendarmes à Fosses (Val-d’Oise), rapporte Le Parisien. Le commissariat de Jouy-le-le-Moutier sera également visé au cours de cette soirée.

En décembre 2016, la brigade territoriale de Neuf-Brisach (Haut Rhin) est victime d’une tentative d’incendie criminel. Une voiture de gendarmerie, garé dans l’enceinte de la brigade, est complètement détruite, tandis qu’un deuxième début d’incendie est constaté au niveau de l’entrée principale d’accueil du public de la caserne.

Mais l’un des précédents les plus traumatisants se situe en Corse. En 2003, sur fond de nationalisme, c’est la caserne de Luri qui se retrouve assiégée après l’arrestation de jeunes du village, soupçonnés d’avoir jeté deux cocktails Molotov par-dessus la grille de la gendarmerie. Selon Libération, en fin de journée, une centaine d’individus se rassemblent autour de la brigade. « Avec l’aide de chaînes et cadenas, ils enferment les trois militaires ­ sur les huit en poste dans la brigade ­ qui s’y trouvent », écrit le journaliste Didier Hassoux.

Pierre Mutz, ancien directeur général de la Gendarmerie. (Crédit/M. GUYOT/ESSOR).
Pierre Mutz, ancien directeur général de la Gendarmerie. (Crédit/M. GUYOT/ESSOR).

Le siège siège mené par les familles des gardés à vue sera finalement levé après six heures de négociations menées par le procureur de Bastia, Patrick Beau. Trois des sept individus gardés à vue sont relâchés. La hiérarchie de la Gendarmerie fulmine après ces événements. Et le journaliste de Libération de rapporter les propos du directeur général en place, Pierre Mutz, pour qui ces événement sont « inadmissibles, voire un peu scandaleux », tandis que le colonel Roland Gilles, patron des gendarmes corses et futur DGGN, explique ne pas accepter « que la liberté d’action des gendarmes dans leurs brigades soit entravée ».

La criminalité ordinaire

Photo d’illustration (S.D/L’Essor).

Les casernes de Gendarmerie sont parfois également visées pour mieux commettre des forfaits. L’arme utilisée n’est pas l’explosif mais plus généralement le cadenas, pour ralentir l’action des forces de l’ordre. En août 2015, le quotidien régional La Nouvelle République relate le cadenassage d’une brigade de Gendarmerie, certainement par les auteurs d’un arrachage de distributeur de billets, à Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre).

Un mode opérateur pas si rare : en avril 2011, avant d’attaquer à la voiture-bélier un bureau de tabac à Nangis (Seine-et-Marne), les braqueurs cadenassent les grilles de la gendarmerie locale.

La contestation politique

Enfin, un autre cadenassage hérissera les gendarmes, celui de la brigade d’Eymoutiers (Creuse) en novembre 2014, en marge de manifestations suite à la mort de Rémi Fraisse, près du barrage de Sivens, une opération de maintien de l’ordre conduite par la Gendarmerie. L’auteur des faits expliquera, selon France Bleu, avoir voulu mener « un acte symbolique, une action collective ».


Outre cette brigade, quatre autres brigades seront cadenassées en Creuse et en Lozère lors de cette action. L’auteur sera finalement condamné à une amende de 1.000 euros avec sursis.

Le terrorisme d’extrême-gauche

Dans l’affaire des incendies de véhicules de la Gendarmerie, la piste d’activistes issus de l’extrême-gauche est la plus chaude, après deux revendications, non prouvées, sur un site proche de cette mouvance. Des attentats qui s’inscrivent dans une lointaine filiation. Dans les années 1980, le groupe terroriste anarcho-communiste Action directe commet deux attentats contre des emprises de la Gendarmerie. Il vise le GIGN, alors à Maison-Alfort (Val-de-Marne), et une caserne dans le deuxième arrondissement de Paris.

Gabriel THIERRY avec Matthieu GUYOT.

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Un commentaire

  1. laponoche

    Malheureusement la gendarmerie, représentation de l’État en tous lieux, a très souvent été la cible des opposants au pouvoir. De 1985 à 1988, les brigades de Guadeloupe étaient la cible d’attentats de la part des indépendantistes. Il a fallu garder nos unités de jour comme de nuit. C’était le rôle du planton qui était debout 24h sur 24 ; la nuit surveillance en permanence à l’extérieur des locaux, avec contrôles toutes les nuits. Et la Nouvelle Calédonie ; presque toutes les brigades ont été investies par les kanaks revendiquant leur indépendance, jusqu’au drame d’Ouvéa.

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