samedi 11 juillet 2020
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Illustration (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Illustration (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Moins de suicides chez les gendarmes: ″On manque de recul pour en tirer une conclusion″

INTERVIEW – Avec 21 suicides déplorés dans la Gendarmerie en 2019, la situation semble s’améliorer dans l’Arme. Un an plus tôt, en 2018, année noire, 33 gendarmes avaient mis fin à leurs jours. Pour autant, difficile d’en tirer des conclusions. Explications de la docteure en épidémiologie Gaëlle Encrenaz, coauteure de la principale enquête sur le suicide policier en 2010.

En 2019, il y a une baisse du nombre de suicides chez les gendarmes (21 contre 33 l’an passé). Quelle conclusion peut-on en tirer ?

A mon avis, on manque de recul pour en tirer une conclusion. Le suicide, tout aussi grave qu’il est, reste un évènement ″statistiquement plutôt rare″, soumis à fluctuation. On espère que cette baisse soit une bonne nouvelle. Mais on ne peut pas en conclure qu’il y a une tendance à la diminution. Cela mériterait une analyse plus poussée, mais surtout plus de recul. Au niveau statistique, mais aussi au niveau de l’analyse des contextes, pour comprendre ce qui a pu entraîner l’augmentation du nombre de cas en 2018 et/ou une diminution en 2019.

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Les policiers et les gendarmes sont-ils plus exposés à ce phénomène?

Quand j’ai travaillé sur le suicide dans la Police nationale, nous avions cherché à comparer les données de la Police à celle de la Gendarmerie, mais nous n’y avons pas eu accès. Je ne peux donc pas vous répondre précisément à propos des gendarmes. Mais il faut souligner toutefois qu’il est connu, par de nombreuses études internationales, que les forces de l’ordre sont plus à risques que d’autres professions.

Cette sur-mortalité par suicide peut être expliquée par plusieurs raisons. Premièrement, ce sont des métiers actuellement plus masculins. Or le suicide est plus le fait d’hommes. La deuxième explication, c’est qu’il s’agit de professionnels ayant accès à des moyens létaux sur leur lieu de travail. Il est connu que l’accès à un moyen létal augmente le risque de suicide en facilitant le passage à l’acte. Troisièmement, cela peut s’expliquer par les conditions de travail, notamment les risques psychosociaux.

Dans la Police, nous avions observé que le phénomène du suicide, à structure démographique égale, était plus important chez les policiers que dans la population générale. Nous avions calculé que plus de la moitié des policiers décédés avaient utilisé une arme à feu. La plupart du temps il s’agissait de leur arme de service. Par ailleurs, une analyse fine des cas de suicides de l’année 2008 nous a permis de montrer que dans un tiers des cas, la sphère professionnelle avait contribué au risque suicidaire. Mais la sphère professionnelle était aussi source de facteurs de protection. Ce qui souligne l’ambivalence du lien entre le suicide et le travail.

Quelles conclusions aviez-vous tiré de vos travaux ?

Tout d’abord, nous avions invité à réfléchir sur l’arme de service comme moyen létal auquel ont accès les policiers Il existe de nombreuses recherches sur l’accès à un moyen létal facilitant le passage à l’acte. En Angleterre, par exemple, le changement de conditionnement du gaz ou du paracétamol ont permis de prévenir des passages à l’acte. Cela pourrait constituer une piste pour les policiers.

Nous constations également que le phénomène du suicide était lié à une adversité rencontrée dans toutes les sphères de la vie de l’intéressé , avec une prépondérance des problèmes de santé mentale. Dans cette approche biomédicale, un meilleur repérage des troubles mentaux et de détresse psychologique permettrait d’orienter des personnes en difficulté. Enfin, une analyse de l’organisation du travail et des conditions de travail nous paraissait également pertinente pour compléter ces travaux.

Propos recueillis par G.T

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