vendredi 18 septembre 2020
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La mission délicate des gendarmes à la naissance de l’automobile

La Gendarmerie « dresse des procès-verbaux contre les propriétaires de voitures automobiles, cycles ou autres moyens de transport et les entrepreneurs de messageries publiques qui sont en contravention aux lois et règlements d’administration sur la police du roulage, aux arrêtés des préfets et des maires » : l’article 198 du décret du 20 mai 1903, texte fondateur de l’Arme, donne clairement aux gendarmes la mission de police routière en France.

Les gendarmes à pied, à cheval et en vélo, ont accompagné la naissance de l’automobile et les débuts de la circulation routière au tout début du XIXème siècle. Une mission délicate, à laquelle ils n’étaient évidemment pas préparés et qu’ils mirent une vingtaine d’années à vraiment s’approprier.

Cette page, peu connue de l’histoire de la Gendarmerie, a été  «négligée par les historiens ». C’est le constat relevé le 15 novembre à la Sorbonne par le chercheur Arnaud-Dominique Houte. Auteur du livre « Le métier de gendarme au XIXème siècle » (Presses universitaires de Rennes, 2010), il intervenait dans le cadre du séminaire « Acteurs, pratiques et représentations de la sécurité », ouvert en 2000 sous la direction du professeur Jean-Noël Luc.

De 1895 à la veille de la Grande Guerre, le nombre des automobiles va passer de 300 à 100.000 !. A cette époque, les voitures, très coûteuses et compliquées à conduire, sont réservées aux riches et aux notables.

Les accidents nombreux et souvent meurtriers

Garées dans les villes où elles roulent peu, elles sont surtout utilisées à la campagne. A cette époque, le réseau routier français est l’un des meilleurs d’Europe mais les routes ne sont pas  macadamisées. Elles ne sont pas conçues pour accueillir le trafic de ces véhicules pétaradants, au freinage problématique et à l’éclairage inexistant, qui roulent à 50 km/h. Les accidents sont nombreux et souvent meurtriers pour les pilotes et les piétons.

En mai 1903, la première course Paris-Madrid est interrompue par le gouvernement à Bordeaux après plusieurs accidents qui feront une dizaine de morts. Parmi eux, Marcel Renault, cofondateur des usines Renault avec ses frères Louis et Fernand. Son bolide, une Renault 40 CV, manque un virage à plus de 100 km/h.

Les gendarmes tentent tant bien que mal de contrôler la vitesse alors que les panneaux routiers n’existent pas. En ce début de XXème siècle, la vitesse ne doit pas excéder 30 km/h en rase campagne (20 km/h en ville), selon le décret du 10 mars 1899. « Le Journal de la Gendarmerie de France » du 22 mars 1908 relève que « cette prescription n’est presque jamais observée », que les automobilistes « font pour la plupart du 50 ou du 60 km/h ». C’est « l’inobservation » de cette règle qui « est la cause de tous ces accidents dont les journaux sont remplis ».

La Gendarmerie commence à contrôler les automobiles 

De fait, les accidents de plus en plus nombreux depuis le tout début du siècle, vont voir s’opposer ceux qui dénoncent les dangers de la route et des automobilistes qui n’entendent pas se plier à la moindre règle. « L’Assiette au beurre » consacre ainsi son numéro du 18 janvier 1902 aux « tueurs de la route » avec des dessins très crus de Lucien-Henri Weiluc. En face, les puissants automobiles clubs, appuyés par les industriels et des politiques, font pression pour s’opposer aux réglementations routières naissantes et aux contrôles.

Entre les deux antagonistes, la Gendarmerie, confirmée par le décret de 1903 dans son rôle de police de la route, commence à contrôler les automobiles. Elle dresse des barrages pour vérifier les automobilistes sont bien porteurs des papiers nécessaires, comme le certificat de conformité du véhicule ou que les phares éclairent bien jusqu’à 130 mètres. Pour la vitesse, les gendarmes s’en réfèrent à leur « ressenti » et dressent des « contraventions au vol » (sans arrêter le véhicule), vivement contestées par les automobilistes en infraction. Ce système sera abandonné en 1922 par le ministère de la Guerre (alors tutelle de la Gendarmerie). Les gendarmes seront alors dotés de sifflets, obligeant les automobilistes à s’arrêter sous peine de délit de fuite.

Il faudra attendre la fin des années 20 et la publication des premières statistiques de mortalité routière par la Gendarmerie pour que les accidents de la route deviennent un vrai sujet de société.

En 1929, la Gendarmerie relève 2.089 tués sur les routes

En 1929, la gendarmerie relève 2.089 tués sur les routes pour un million de véhicules en circulation. Des chiffres à comparer avec ceux de 2015 (3.600 morts pour 38,4 millions de véhicules).

Dès la fin des années 20, les choses commencent à changer. Le 19 mai 1921, le premier code de la route est promulgué avec un article qui stipule que le conducteur doit toujours rester maître de sa vitesse. Une instruction de 1928 crée une police spéciale de la route confiée à la Gendarmerie qui met en place une brigade volante – compétente pour toute la France – de 12 gendarmes et de six véhicules. En 1919, il y avait seulement un véhicule par compagnie de gendarmerie.

En 1920, les gendarmes commencent à toucher une prime à la verbalisation pour chaque PV aboutissant à une amende recouvrée. Une prime qui, en 1920, pouvait représenter l’équivalent annuel d’une semaine de salaire supplémentaire par gendarme. Cette prime sera abandonnée en 1928.

En même temps, le gendarme va progressivement abandonner son rôle purement répressif pour une mission préventive d’éducation routière. Dans chaque département un « officier de route » est chargé de dresser la liste des endroits les plus accidentogènes. A la fin des années 20, le secours aux victimes sera mis en place par les gendarmes sur les routes.

Pierre-Marie GIRAUD

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