dimanche 27 septembre 2020
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Campagne pour l'élection présidentielle 2017 (Photo d'illustration S.D/L'Essor).

Mélenchon et “l’assassinat” de Rémi Fraisse : le gendarme ne devrait finalement pas porter plainte

La déclaration choc de Jean-Luc Mélenchon. Dans des propos diffusés dimanche 28 mai dans l’émission « C politique » sur France 5, le leader du parti « La France insoumise » est revenu sur la mort de Rémi Fraisse, en 2014, près du chantier d’une retenue d’eau à Sivens (Tarn).

Lors d’un meeting tenu quelques jours avant la diffusion, le troisième homme du premier tour de l’élection présidentielle avait déclaré que Bernard Cazeneuve était « le gars qui s’est occupé de l’assassinat de Rémi Fraisse ». Une phrase très peu appréciée de l’intéressé, ministre de l’Intérieur en 2014,  qui a aussitôt annoncé qu’en l’absence d’excuse il porterait plainte pour diffamation.

Le Parisien signalait le lendemain que le gendarme qui avait lancé la grenade mortelle au barrage de Sivens en 2014 envisageait, lui aussi, de porter plainte pour diffamation contre Jean-Luc Mélenchon s’il ne retirait pas ses propos.

Les réactions. « Nous demandions qu’il revienne sur ce terme d’assassinat, par respect pour la famille de Rémi Fraisse, déclare ce jeudi à L’Essor Me Jean Tamalet, l’avocat du gendarme mis en cause. Mon client n’est pas belliqueux, mais il ne peut pas laisser se faire traiter d’assassin alors que l’instruction n’est pas finie. »

« Les propos qui ont été tenus desservent la défense des victimes, dans la mesure où la notion d’assassinat a une définition juridique très précise qui est assez éloignée de la réalité du dossier. Il aurait été préférable d’évoquer le traitement judiciaire arbitraire, s’agissant de la recherche des responsabilités hiérarchiques », remarquait également Arié Alimi, l’un des avocats de la famille, interrogé par Mediapart.

Quant à Frédéric Le Louette, président de l’association GendXXI, il rappelait dans un communiqué que « tous les gendarmes sont conscients du drame que constitue la mort de Rémi Fraisse. Pour autant, les gendarmes ne sont pas des assassins. Dans cette affaire, les gendarmes ont fait leur devoir dans le respect de la loi, des ordres et les directives reçues ».

Un terme « mal calibré »

Les précisions de Jean-Luc Mélenchon. Mardi, Jean-Luc Mélenchon était revenu partiellement sur ses déclarations. Oui, le leader de « La France insoumise » admet que le terme d’assassinat était « mal calibré ». Mais c’est pour échanger ce mot avec le terme « d’homicide ». « Je suis d’accord pour requalifier d’homicide et je prie pour qu’on comprenne que dans un meeting de 45 minutes il peut arriver qu’un mot ne soit pas calibré exactement », explique-t-il selon une dépêche de l’AFP.

La précision de l’homme politique n’a pas convaincu l’avocat du gendarme qui a lancé la grenade mortelle, en 2014. Même si Jean-Luc Mélenchon est revenu sur le terme d’assassinat, la qualification « d’homicide » n’est guère préférable pour Me Jean Tamalet, avocat au barreau de Paris. La mort de Rémi Fraisse, souligne-t-il, est « un accident ». Le lancer de grenade « a conduit de façon involontaire à un drame », ajoute-t-il. « Le terme d’homicide est moins agressif qu’assassinat, mais il n’est pas correct », note également Frédéric Le Louette.

Une requête en suspicion légitime étudiée

Les suites. Pour autant, le gendarme mis en cause ne devrait finalement pas porter plainte pour diffamation contre Jean-Luc Mélenchon.

Cette action judiciaire donnerait « une tribune » aux partisans de la thèse de la présence d’une « équipe de Gendarmerie fantôme » à Sivens, lors des faits, estime Me Tamalet. Un procès en diffamation, juge Jean-Luc Mélenchon, serait en effet l’occasion de faire « éclater la vérité ».

« Nous pourrons devant un prétoire enfin prendre tous les éléments, toutes les pièces du dossier des conditions dans lesquelles Rémi Fraisse est mort », explique le candidat aux élections législatives dans la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône.

Une information judiciaire sur la mort de Rémi Fraisse a été ouverte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », en octobre 2014. Saisie par la partie civile, la Cour de cassation examine actuellement une requête en suspicion légitime. En cas de décision défavorable à la partie civile, l’instruction judiciaire devrait être ensuite rapidement clôturée.

Gabriel Thierry

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