mercredi 29 janvier 2020
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Photo d'illustration (Crédit photo: Marco Verch / Flickr).
Photo d'illustration (Crédit photo: Marco Verch / Flickr).

Mediator : les enquêteurs redoutaient l’enlisement des investigations

Ouvert depuis le lundi 23 septembre, le procès du Mediator s’est poursuivi, ce mercredi 2 octobre, avec l’audition de deux gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp).

A la barre, les deux enquêteurs ont détaillé le travail mené dans cet office spécialisé au cours de cette enquête hors norme. Les gendarmes de l’Oclaesp avaient été saisis lors de l’ouverture de l’enquête préliminaire, en décembre 2010, puis six semaines plus tard lors de l’ouverture de l’information judiciaire.

Lire aussi sur L’Essor: Comment les gendarmes de l’Oclaesp ont été mobilisés sur le diagnostic judiciaire du Mediator

Un dossier judiciaire très vite identifié comme stratégique dans la Gendarmerie. L’Arme ne veut surtout pas s’embourber dans une instruction à rallonge. Une situation déjà connue dans des scandales sanitaires et environnementaux, comme dans les dossiers de l’amiante ou du sang contaminé.

“Aller vite, bien et en nombre”

“Pour cela, nous avons fait des choix : il fallait aller vite, bien travailler et être en nombre”, dévoile au tribunal l’ancien gendarme Roinard, un ancien membre de l’Oclaesp. “C’est pour cela qu’une cellule d’enquête a été mise en place, ajoute-t-il. Et pour l’exploitation de certains documents saisis, nous nous sommes tournés vers les assistants spécialisés des magistrats.”

L'écusson de l'Oclaesp (Crédit photo: GT/L'Essor).
L’écusson de l’Oclaesp (Crédit photo: GT/L’Essor).

L’ancien militaire, désormais retraité de la Gendarmerie, est nommé responsable de la cellule d’enquête. Elle rassemble sept enquêteurs. Un chef d’escadron dirige l’enquête proprement dite. Les gendarmes et les magistrats décident de “saucissonner l’affaire”. Ils concentrent leurs premières investigations sur les laboratoires Servier, le fabricant du Mediator, un médicament antidiabétique utilisé comme coupe-faim.

Durant trente mois, les enquêteurs perquisitionnent, auditionnent, font des observations. Ils interrogent également des médecins prescripteurs du médicament. Les gendarmes rencontrent également des visiteurs médicaux, chargés de promouvoir le Mediator.

“Les langues se délient”, se souvient l’ancien gendarme

“Des personnes se sont lâchées, note l’ancien gendarme Roinard. Les langues se délient plus du côté des visiteurs médicaux qui n’étaient plus sous contrat.” Au contraire des visiteurs médicaux encore sous contrat. Une remarque qui fait bondir la défense des laboratoires Servier. “Des visiteurs médicaux ont été licenciés pour faute”, rappelle ainsi un avocat.

Avant d’entendre l’ancien gendarme Roinard, la défense avait déjà cuisiné un premier gendarme de l’Oclaesp, le chef d’escadron Laurent Pajot. Il est âprement questionné sur le timing des perquisitions. Pourquoi ne pas être allé plus tôt l’Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps) ? L’agence publique aurait-elle bénéficié d’un traitement de faveur au détriment des laboratoires Servier?

Après les laboratoires Servier, les gendarmes ont élargi leurs investigations. Tant du côté de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, la nouvelle dénomination de l’Afssaps, que du côté des reportages et articles de presse rapportant la dangerosité du Mediator.

Lire aussi sur L’Essor: La Gendarmerie en première ligne contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique

Feu roulant de questions

Un enquêteur de l'Oclaesp (Crédit photo: GT/L'Essor).
Un enquêteur de l’Oclaesp (Crédit photo: GT/L’Essor).

“L’enquête a été effectuée avec des effectifs contraints”, rappelle Laurent Pajot. Et de préciser aussitôt: “Cela n’a pas porté préjudice” aux investigations. “Mais la masse des documents, qu’ils soient sous support papier ou informatique était telle qu’il a fallu faire des choix”, précise l’officier de Gendarmerie.

Intervenu à la marge dans cette enquête, le gendarme fait face à la barre à un feu roulant de questions auxquels il ne peut répondre. L’officier écarte les bras en signe d’impuissance. Son salut viendra de la présidente de la 31e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, la magistrate Sylvie Daunis. “Cela fait trois fois que vous posez la question”, tance-t-elle à l’adresse de la défense. Le gendarme peut enfin se retirer. Quand au procès, il va se poursuivre pendant encore six mois.

Gabriel Thierry.

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