L'Essor

L’un des héros de Marignane, Thierry Prungnaud, obligé de batailler à nouveau pour faire réviser sa pension

Thierry Prungnaud (Crédit photo: GT/L'Essor).

Thierry Prungnaud, premier de cordée du GIGN à Marignane, bataille depuis quatre ans pour faire reconnaître l’aggravation de son état de santé par le ministère des Armées.

C’est un imbroglio administratif qui va choquer de nombreux militaires. L’adjudant-chef Thierry Prungnaud, en tête de colonne le 26 décembre 1994 à Marignane, va enfin savoir demain si la justice administrative le suit dans sa demande de révision de pension.

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Grièvement blessé dans l’assaut de l’Airbus A300, Thierry Prungnaud avait tué trois des quatre preneurs d’otages avant de tomber à son tour. C’est toujours, 25 ans plus tard, l’opération de référence du GIGN. Les médecins le garderont trois mois l’hôpital – il subira 19 anesthésies générales – pour le remettre sur pied. Et sauveront son bras, particulièrement atteint.  

Demande de révision de sa pension

Retiré dans la Vienne, Thierry Prungnaud a tourné la page. Il s’est ainsi investi dans la gestion d’une salle de sport. Mais les années passant, l’ancien gendarme souffre de plus en plus de ses anciennes blessures. Résultat: il y a six ans, il demande une révision de sa pension. “Il déplore une aggravation d’un certain nombre d’infirmités pour lesquels il est pensionné”, précise son avocate, Me Aïda Moumni. 

Mais le ministère de la Défense rejette en 2016 sa demande. Pour les autorités, l’aggravation de l’état de santé du gendarme n’est pas suffisante pour faire droit à sa demande. Thierry Prungnaud saisit alors le tribunal des pensions, une juridiction depuis supprimée. Le contentieux a été transféré depuis vers les tribunaux administratifs. 

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Ce jeudi 10 septembre, quatre ans après le premier refus des Armées, le tribunal administratif de Poitiers a enfin pu examiner le recours de l’ancien gendarme. Malheureusement, l’audience n’a toutefois pas été l’avantage de Thierry Prungnaud. Le rapporteur public, bien souvent suivi par les juges administratifs, a en effet estimé que la décision de rejet était fondée.

Une expertise jugée incomplète

Pourtant, Thierry Prungnaud avait de bons arguments à faire valoir. “L’administration n’a pas tenu compte de toutes les demandes d’aggravation formulées par mon client”, note tout d’abord Me Moumni. Une erreur, pour le conseil. L’avocate estime également que l’expert, requis par la juridiction, a rendu un rapport incomplet en avril 2019. “Il avait été requis pour une mission spécifique, l’examen des infirmités déjà pensionnées et une nouvelle infirmité déplorée, pourtant pas étudiée, précise-t-elle. La justice aurait dû demander un complément d’expertise.”

Tableau illustrant l’assaut de Marignane. Auteur inconnu (Collection privée Thierry Prungnaud).

Un débat juridique qui laisse sans voix Thierry Prungnaud. “Je suis tombé de ma chaise, déplore-t-il auprès de L’Essor. Tu fais ton boulot, tu risques ta vie pour ton pays et après on t’oublie. Je le vis très mal. On m’a déjà refusé le grade de major avant mon départ à la retraite. Maintenant on me refuse la révision de ma pension.”

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“L’administration manque de bienveillance et fait preuve d’un peu de mauvaise foi, abonde son avocate. C’est très difficile, pour un militaire qui s’est sacrifié pour son pays, d’entendre qu’il ne rentre pas dans une case.” La décision du tribunal administratif de Poitiers sera connue ce jeudi 24 septembre.