vendredi 14 décembre 2018
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Gendarmes mobiles à Paris (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Gendarmes mobiles à Paris (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

L’Intérieur menacé par “l’usure” des gendarmes et des policiers

Ministère de l'Intérieur, place Beauvau, Paris. (Photo d'illustration M.G L'Essor).
Ministère de l’Intérieur, place Beauvau, Paris (Illustration/MG/L’Essor).

La crise des “Gilets jaunes” va-t-elle faire vaciller l’Intérieur ? Hier un problème de maintien de l’ordre, aujourd’hui une crise politique : le mouvement touche, comme tous les français, les policiers et les gendarmes. La Place Beauvau est sous la menace d’un double et dangereux effet de ciseau. D’une part la fatigue commence à être palpable du côté des forces de sécurité. D’autre part, comme les “Gilets jaunes”, les gendarmes ont des motifs de ras-le-bol.

La fatigue des forces de l’ordre s’est traduite cette semaine par l’annulation des déplacements ministériels non indispensables, forts consommateurs d’effectifs. De même, deux rencontres de football (PSG – Montpellier et Toulouse-Lyon), prévues samedi, ont été reportées. Une rencontre du PSG au Parc des Princes à Paris nécessite au minimum la présence de deux unités mobiles (CRS ou gendarmes mobiles) sans compter les policiers de terrain. Pour un match de l’OL au nouveau stade Groupama à Décines, près de Lyon, il faut au moins une unité mobile.

37.000 gendarmes mobilisés

Autant d’escadrons ou de compagnies qui sont mobilisés sur d’autres fronts en ce moment. Le samedi 1er décembre, 37.000 gendarmes ont été mobilisés au niveau national dans le cadre des manifestations des “Gilets jaunes”. “Ca tire, mais le moral est bon”, explique à L’Essor une source à la direction générale. Outre les militaires d’active, des réservistes opérationnels étaient également sur le pont lors de cette journée. A son paroxysme, plus de 1.000 actions ont été recensées dans la zone de compétence de l’Arme.

Lire aussi sur L’Essor : Pourquoi les blindés de la Gendarmerie n’ont pas été mobilisés le 1er décembre

Christophe Castaner, délégué général du Mouvement La République en marche (Crédit photo: capture d'écran Sénat).
Christophe Castaner (Crédit photo: capture d’écran Sénat).

Les très nombreux barrages routiers nécessitent une mobilisation en des points très éclatés”, remarquait, ce lundi 3 décembre, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. “Il faut protéger les manifestants et les usagers, et éviter les tensions entre les uns et les autres tout en assurant sa propre sécurité”, poursuivait-il à l’Assemblée nationale.

Résultat? Pour le secrétaire général de l’UNPRG, Gérard Sullet, “les forces mobiles sont usées: l’emploi de ces forces est au bord de la rupture”. La crise actuelle n’a pas surpris dans les deux forces. La semaine dernière avant les graves incidents du samedi 1er décembre à Paris et dans plusieurs villes de province, un haut responsable de la Gendarmerie assurait ainsi en privé : “Il y a un brasier qui couve depuis des semaines en France“.

Hors de la capitale, les deux points les plus chauds, ont été Le Pouzin (Ardèche) et Narbonne (Aude). Dans la petite commune du Pouzin, les affrontements ont été très violents. Un gendarme a eu le crâne fendu par un pavé, selon la presse locale. A Narbonne, le peloton autoroutier a été pris d’assaut. Les gendarmes ont dû quitter les lieux avant que les locaux ne soient incendiés.

Lire aussi sur L’Essor: Peloton d’autoroute de Narbonne incendié : “en infériorité numérique, les gendarmes ont pris la bonne décision en se retirant”

La question du renfort de l’armée

Photo d’illustration (S.D/L’Essor).

Après les émeutes dans la capitale, la situation est jugée insurrectionnelle par le syndicat Alliance Police qui a demandé, dès dimanche, le renfort de l’armée. Une éventualité “sérieusement évoquée pour sécuriser des bâtiments administratifs à risques”, selon nos confrères du Parisien. “En cas de coup de force, des gendarmes pourraient encadrer leur action”, ajoute le quotidien. Une hypothèse qui surprend à la direction générale de la Gendarmerie, où l’on assure que, pour l’instant, “à aucun moment il n’a été question d’utiliser des militaires en maintien de l’ordre”.

Pour les forces de l’ordre, la gestion de ce brasier est d’autant plus ardue que l’appel des “Gilets jaunes” à bloquer les routes reste très populaire chez les Français. Selon un sondage Ifop-Fiducial réalisé le 3 et 4 décembre auprès de 1.012 personnes, 72% des français sont sensibles à ce mouvement. La même proportion (69%) condamne dans le même temps les violences commises le week-end.

Un syndicat de Police, Unité-SGP-Police, avait, dès le début des “Gilets jaunes”, manifesté une sympathie pour ce mouvement. Ces policiers avaient ainsi appelé à ne pas verbaliser au premier jour de mobilisation, le 17 novembre. Chez les gendarmes, il n’y pas eu, à notre connaissance, de tels appels. “Les gendarmes accompliront leurs missions avec fidélité et courage”, rappelle ainsi Gendarmes et citoyens dans un communiqué.

“De la considération”

L'engagement des compagnies de réserve territoriale était une première (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Photo d’illustration (Crédit photo: M.GUYOT/L’Essor)

Mais, dans le même temps, l’association professionnelle dénonce “l’usure” des gendarmes et leur “malaise consécutif à une fatigue élevée dans les rangs”. “Ils réclament simplement de la considération”, précise-t-elleCar les sujets de grogne ne manquent pas, eux aussi, dans l’Arme. En cette période d’examen du budget, les militaires ont le sentiment d’être une “variable d’ajustement des choix budgétaires discutables”.

Lire aussi sur L’Essor : Le budget 2019 ne dissipe pas les inquiétudes

La Gendarmerie vient en effet de clore une année 2018 bien compliquée sur le plan budgétaire. Elle a dû sabrer au printemps sur les crédits de sa réserve, faute de finances suffisantes pour tenir sur l’année entière. Un exemple illustre les difficultés de l’Institution à boucler ses fins de mois. Si les effectifs ont augmenté, l’intendance n’a pas suivi puisque le coût en équipement des nouvelles recrues n’avait pas été prévu.

Le résultat s’est traduit par le report d’investissements et d’achats, comme les véhicules. “Le paiement des diverses indemnités est suspendu depuis plusieurs mois, notamment pour les gendarmes mobiles, énumère Gendarmes et citoyens. Les réservistes doivent patienter pour être payés de leurs missions. Les plans de parcours professionnels les concernant sont sans cesse repoussés.”

Les “Gilets jaunes” attendaient un geste de l’exécutif. Les policiers et les gendarmes aussi. “Les hommes et les femmes qui, au contact de la misère, mettent en péril leur intégrité physique, méritent plus qu’une simple poignée de main”, avertit Gendarmes et citoyens, en référence à la visite du chef de l’Etat auprès d’une compagnie de CRS lundi. Le président de la République avait alors promis une prime pour les forces de l’ordre engagées ce weekend. Pas sûr que cela suffise.

Pierre-Marie Giraud, Matthieu Guyot et Gabriel Thierry

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3 Commentaires

  1. albertini

    Reconnaissante pour votre engagement pendant cette periode de tension.
    Vous etes des hommes d’HONNEUR.

  2. Soutient totale à nos forces de l,ordre sur employées. Dans ce contexte Parisien avec un commandement sur les ordres du Préfet de Police qui privilégie en maintient de l,ordre des formations comme les unités d,interventions de la P.P.Cela aux détriments de forces spécialisées crs, gendarmerie mobiles cantonnaient à faire du gardiennage des bâtiments officiels.Ancien C.R.S j,ai vécu plusieurs fois ce genre de situation.Nous avons fait remonter à plusieurs reprises que cette situation de réserve déguisé ne pouvez durer.Voila rien ne change et tous le monde trinquent.Il faut revoir la doctrine d,emploi des forces de sécurité sur la capitale.

  3. CAMIA

    Bonjour, je pense également que le problème du manque d’argent vient de l’opération d’évacuation de Notre des Landes qui a nécessité beaucoup d’unités mobiles, comme en Outre Mer pour sécuriser St Martin après Irma et le référendum de Nouvelle Calédonie. Cela n’était peut-être pas prévu au budget

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