dimanche 27 septembre 2020
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Stéphane Bourgoin (Crédit photo: ActuaLitté).

L’incroyable imposture de Stéphane Bourgoin, l’autoproclamé spécialiste des tueurs en série

Stéphane Bourgoin l’avoue: oui, il a bien menti pour se tailler son costume de spécialiste des tueurs en série. Le profil du personnage avait déjà interpellé des gendarmes.

Janvier 2020. Un collectif de huit fans d’histoires criminelles, “4ème oeil corporation”, commence à publier des vidéos sur Stéphane Bourgoin. Les mensonges de cet auteur de 70 ans, spécialisé depuis trente ans dans l’étude des tueurs en série, hérissent le poil de ces internautes. Dans une série de vidéos et de posts Facebook, ces derniers détaillent méticuleusement les petits et grands mensonges de Stéphane Bourgoin.

Fascination du public pour les interventions de Stéphane Bourgoin

Non, le conférencier n’a jamais été footballeur au Red Star. Non, sa vocation n’est pas née du meurtre sauvage de son épouse aux Etats-Unis. Quand aux 77 tueurs en série qu’il aurait rencontré, certains auraient “juste [été] aperçus dans les couloirs de prison”, a-t-il confessé à Paris-Match. Soit autant de fake news qui ont échappé à la vigilance d’un public fasciné par ces interventions sur des affaires criminelles hors-norme. L’auteur avait d’ailleurs gagné son rond de serviette dans les débats télévisés. Après les révélations du collectif d’internautes, la presse –Arrêt sur images, puis Le Monde– s’est elle aussi interrogée sur le CV de cet expert. Poussé dans ses retranchements, Stéphane Bourgoin admettra finalement, après plusieurs semaines d’atermoiements, sa “honte” et “sa volonté de se racheter”, comme dans cette vidéo du Parisien.

Deux des mensonges relevés par “4ème oeil corporation” concernent directement les gendarmes. Non, Stéphane Bourgoin n’a pas créé le département des sciences du comportement de l’Arme. L’auteur n’a pas non plus donné des cours au centre de perfectionnement de police judiciaire à Fontainebleau, l’ancêtre du centre national de formation à la police judiciaire de Rosny-sous-Bois. “Je me suis toujours opposé à ce qu’il vienne”, raconte à L’Essor Jacques-Charles Fombonne, ancien patron de l’unité à partir de 2013. Stéphane Bourgoin est cependant bien venu à Fontainebleau. Mais au titre de grand témoin pour des conférences de fin de journée destinées à ouvrir les esprits des gendarmes en stage.

Lire aussi: Expert en police judiciaire, romancier et avocat : Jacques-Charles Fombonne, une figure atypique de la Gendarmerie à la tête de la SPA

“Discours plein d’incohérences”

Reconstitution d'une scène de meurtre dans le cadre de l'exposition "Les sciences du crime", au Musée de la Gendarmerie à Melun. Crédit : ND/Essor.
Reconstitution d’une scène de meurtre dans l’exposition “Les sciences du crime”. Crédit : ND/L’Essor.

“Je l’ai croisé une fois à un colloque, où j’intervenais après lui”, détaille également Thierry Lezeau, autre ancienne figure de la police judiciaire de l’Arme. “Il était venu avec son tee-shirt du FBI, cela m’a interpellé.” Stéphane Bourgoin assurait en effet avoir suivi une formation de profiler dans le célèbre service de police judiciaire d’Amérique du Nord. L’enquêteur Jean-François Abgrall, qui avait traqué le tueur en série Francis Heaulme, n’a pas été surpris par ces révélations. “Je l’avais croisé une fois sur un plateau de télévision, quand j’avais écrit mon livre ‘Dans la tête du tueur, explique-t-il à L’Essor. Il ne m’a pas fallu longtemps pour savoir qui il était. Il suffit de l’écouter cinq minutes pour comprendre que son discours est plein d’incohérences.”

“Dans la tête du tueur“. Septembre 2002. (Crédit photo d’illustration S.D/L’Essor).

Ainsi, Stéphane Bourgoin expliquait avoir été sur des scènes de crime. Il assurait avoir interrogé un tueur en série lors d’une enquête. Enfin, il indiquait avoir conservé des pièces à conviction dans une affaire. “Cela révèle la légèreté de certains médias, alors qu’il n’était jamais confronté à des professionnels sur des plateaux”, pointe Jean-François Abgrall. Dans Paris-Match, un ancien gendarme défend malgré tout l’auteur. “Il a dû se laisser un peu emporter par son auditoire”, se demande le colonel Joël Vaillant. L’officier, qui a travaillé sur les disparus de Mourmelon, estime que l’expertise de Stéphane Bourgoin lui “a été utile”. Reste que sur Facebook, l’auteur démasqué fait désormais profil bas. Sa série de conférences sur l’univers des tueurs en série est au point mort. La faute, expliquent les organisateurs, à la crise sanitaire. Après cet incroyable déballage du printemps, le confinement de cet auteur devrait durer.

G.T.

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