mercredi 8 avril 2020
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Le 1er décembre, les locaux du peloton autoroutier de Narbonne sont incendiés (Crédit photo: Préfecture de l'Aude).
Le 1er décembre, les locaux du peloton autoroutier de Narbonne sont incendiés (Crédit photo: Préfecture de l'Aude).

L’incendie du peloton d’autoroute de Narbonne enfin jugé

C’est un procès très attendu par les gendarmes de l’Aude. Ce lundi 9 décembre, le procès de l’incendie du peloton d’autoroute et du péage de Narbonne-Sud débute.

Il doit durer près de dix jours, une durée pas banale. Le tribunal correctionnel va en effet juger 31 prévenus, dont un toujours en détention préventive. L’audience a lieu un an après ces violences urbaines qui avaient choqué la France entière. Ce soir du 1er décembre 2018, une manifestation de Gilets jaunes dégénérait. Un événement dramatique de plus dans le chaos de ce week-end, marqué par les dégradations de l’Arc de triomphe à Paris et l’incendie de la préfecture du Puy-en-Velay.

Cocktails molotov

A Narbonne, après avoir mis le feu au péage autoroutier, des émeutiers s’attaquent aux gendarmes, venus protéger l’intervention des pompiers. Cocktails Molotov, bouteilles, ou pierres pleuvent sans crier gare sur les militaires. Lacrymogènes, lanceurs de balle de défense ou grenades GLI-F4 ne suffiront pas face à cette foule hostile entraînée par l’alcool et l’euphorie d’en découdre.

Finalement, les deux pelotons de gendarmerie mobile recevront l’ordre de se désengager. Un ordre donné “la mort dans l’âme” pour éviter d’arriver “à une situation gravissime”, celui du recours aux armes à feu, confie à L’Essor le colonel Marc Gonnet, le commandant des gendarmes de l’Aude.

Des moyens pour l’enquête

Les gendarmes du peloton autoroutier et du peloton de sécurité et d’intervention évacueront les lieux dans la foulée. En prenant bien soin d’emporter avec eux armes et munitions. Mais dans leurs bureaux, il y avait toute leur vie, leurs souvenirs, leurs décorations″, rappelle à L’Essor Me Sébastien Cauneille. L’avocat représentera au procès les gendarmes du peloton autoroutier et des gendarmes de la brigade motorisée venus en renfort.

Cet épisode a “marqué les gendarmes”, ajoute le colonel Gonnet. “Abandonner sa caserne, c’est un traumatisme, poursuit-il. Les gendarmes ont été choqués de voir des casseurs patentés s’affubler d’un képi ou d’une veste et de poster leurs vidéos sur les réseaux sociaux.” Après l’incendie, ils ont été hébergés un temps par leurs camarades de la compagnie de Narbonne. Puis les militaires ont rejoint des locaux temporaires, certes climatisés, dans l’attente de la reconstruction de leurs locaux incendiés. Le nouveau bâtiment est espéré à la rentrée de septembre 2020.

Lire aussi sur L’Essor : Peloton d’autoroute de Narbonne incendié par des Gilets jaunes : 8 suspects écroués

Après l’incendie du peloton autoroutier de Narbonne, l’enquête ne va pas traîner. Les gendarmes mettent les gros moyens en envoyant sur place sur place les experts de l’Institut de recherches criminelles. Empreintes digitales, prélèvements ADN sur des mégots et sur des restes de cocktails molotov sont autant d’indices qui doivent permettre de confondre des suspects. Les investigations sont confiées à la section de recherches de Montpellier et au groupement de gendarmerie départementale de l’Aude. Les huit enquêteurs ne vont pas chômer. Moins de deux mois plus tard, la première vague d’interpellations permet aux gendarmes de mettre la main sur huit suspects. Les arrestations se poursuivront ensuite, en mars et en juin.

Des objets retrouvés

En visionnant les vidéos postées sur les réseaux sociaux, les enquêteurs ont en effet réussi à identifier; un à un, témoins et auteurs. Les prélèvements ADN ont également permis de confondre certains des prévenus, parfois chargés en outre par des témoignages de tiers. Aux domiciles de certains suspects, les gendarmes retrouveront ici, un écusson, là, une veste de gendarme. Voire même des objets plus insolites comme une cafetière, des jouets Playmobil ou un panneau de signalisation.

Ce lundi 9 décembre, le tribunal va d’abord interroger les prévenus. Les auditions vont durer toute la semaine. Puis, lundi 16 décembre, les gendarmes parties civiles auront la parole. Le reste de la semaine sera consacré aux plaidoiries et au réquisitoire. Si le parquet n’a pas pu renvoyer les suspects aux assises, comme un temps espéré en début d’enquête, une poignée d’entre eux sont poursuivis pour l’incendie des locaux, un délit passible de dix ans d’emprisonnement.

Dossier solide

Avec le dossier d’enquête solide monté par les gendarmes, l’enjeu du procès va être de déterminer les responsabilités des uns et des autres″, remarque Sébastien Cauneille. La plupart des prévenus, estime-t-il, ne reconnaissent leur participation qu’a minima. Le déchaînement de violence passé, il y a un effet gueule de bois chez les Gilets jaunes, abonde le colonel Marc Gonnet. La plupart ne sont jamais revenu sur le site. Et nous avons le sentiment qu’ils n’en n’étaient pas particulièrement fiers une fois passé l’euphorie.” Le procès est prévu pour durer jusqu’au 20 décembre.

G.T.

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