lundi 28 septembre 2020
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(Photo illustration SD/ Essor)

Libres propos par Alain Dumait, directeur de “L’Essor de la Gendarmerie nationale” : Ce que les manifs sauvages de policiers nous enseignent.

Les manifs de policiers, diurnes ou nocturnes, durent maintenant depuis plus de dix jours. Elles se sont déroulées dans une quinzaine de villes de France.

On en connait le point de départ : l’agression au cocktail Molotov, à ce jour impunie, contre deux fonctionnaires de police gravement blessés à Viry-Chatillon.

Non seulement ces manifs, parfaitement illégales (on y a vu des policiers en uniforme ou portant leur arme de service…), ont été déclenchées par la base, sans les syndicats, mais même explicitement contre eux.

Or la police nationale est l’une des administrations les plus syndiquées : près de 50 % des policiers adhèrent en moyenne à l’un ou à l’autre.

Première conclusion : un fort taux de syndicalisation ne garantit en rien la paix sociale dans une organisation.

Malgré plusieurs appels du pied, provenant de policiers ou même de blogueurs marginaux de la communauté des gendarmes, ceux-ci, à quelques exceptions près (se comptant, peut être, sur les doigts d’une seule main, sur une population de près de 100 000 personnes), tout en observant attentivement les réactions du gouvernement, n’ont pas bougé d’un poil.
Ce sont pourtant deux forces de l’ordre, aux missions presque identiques, placées sous l’autorité du même ministre de l’Intérieur.
Leur différence tient moins à leurs zones de compétence respectives – les villes pour la police, les campagnes et les périphéries urbaines pour les gendarmes – qu’à leurs statuts : civil pour les uns, militaire pour les autres.

Deuxième conclusion : quand il s’agit d’assurer la cohérence d’une communauté de personnes, dans un domaine aussi sensible que celui du maintien de l’ordre, la concertation de type militaire est plus efficace que le dialogue social permanent à la mode syndicale.

Parallèlement aux progrès de la syndicalisation, depuis plusieurs décennies, on a assisté dans la police à la mise en place d’une véritable cogestion. Celle-ci ne concerne pas seulement la participation des syndicats aux commissions d’avancement ou de discipline. Ni la communication, assurée en grande partie par les syndicats.
Elle se manifeste tout spécialement s’agissant de la première des missions de la police : assurer, là où elle compétente, la sécurité et la paix publique (ses deux autres missions étant la police judiciaire et le renseignement), selon la loi d’orientation de 2002.

Sous l’effet de cette cogestion, les syndicats ont obtenu de leur hiérarchie que certaines tâches soient réduites au minimum et confiées à d’autres fonctionnaires. La liste est longue : contrôle du stationnement automobile, sorties d’école, surveillance des bâtiments, gardes statiques… Ils ont dit : «Nous ne voulons pas être des épouvantails ni des pots de fleurs».

Ces tâches sont par principe refusées par les syndicats, sur l’argument qu’ils veulent que les effectifs soient autant que possible concentrés sur la police judiciaire. Et plus les syndicats sont forts, plus cette cogestion est visible. A Paris, en privé, on entendra le Préfet de police dire : «Ça, je ne l’obtiendrais pas de mes syndicats» ! Et la proposition étudiée est renvoyée aux oubliettes…

Alain Dumait , directeur de l'Essor de la gendarmerie
Alain Dumait , directeur de “l’Essor de la gendarmerie”.

Les résultats de cette cogestion sont catastrophiques. En termes de résultats. Non seulement pour l’institution que constitue la Police Nationale, mais, finalement pour ses personnels. D’où leur révolte, sous nos yeux.
Car on a jamais vu des salariés heureux dans une institution soit mal gérée, soit gérée sur des principes erronés. En l’occurrence celui du partage de l’autorité dans une administration en charge de l’ordre public. Dans l’armée, la cogestion reste une utopie, mais pas dans la police !

Que cela plaise ou non

Depuis le rattachement en 2009 de la Gendarmerie au ministère de l’Intérieur, les observateurs attentifs peuvent établir des comparaisons, non seulement dans les résultats obtenus, dans l’exécution de tâches difficiles, mais encore dans l’appréciation du fonctionnement des deux systèmes en présence.

On remarquera que, dans la sphère publique, une telle comparaison est rarement possible, du fait d’un monopole absolu (tels les armées, autres que la gendarmerie) ou relatif (comme en matière d’éducation). Là, sur ce terrain des forces de l’ordre, la loi de 2009 a introduit un dualisme, accepté désormais par presque toutes les formations politiques.

Ce dualisme organisé au sein du ministère de l’Intérieur n’ouvre pas le champ de la concurrence ou celui de la compétition. Mais il ne peut qu’inciter à la comparaison.

Sans vouloir aujourd’hui ouvrir la polémique disons simplement que la fierté de leur métier et de l’appartenance à leur communauté est aujourd’hui plus forte chez les gendarmes que chez les policiers.

Sans doute, pour les premiers, est-ce le fruit du talent de leurs chefs, hier le général Denis Favier, aujourd’hui Richard Lizurey ? Mais c’est aussi celui de la supériorité du modèle de la Gendarmerie sur celui de la Police. Que cela plaise ou non…

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4 Commentaires

  1. Durant

    En Gendarmerie depuis plus de 30 ans je vois que l’essor ne change pas son fusil d’épaule. Beaucoup d’avancées sociale ont été faites par la police et après la gendarmerie en a bénéficié. Les instances de dialogue en gendarmerie ne sont la que pour calmer les esprits et faire croire que cela avance. Effectivement tout n’est pas négatif mais de grâce, reconnaissez que c’est la police et la grogne d’il y a quelques années qui a fait avancer les choses.
    Les gars sur le terrain ne regarde pas l’uniforme on est tous la même m……..

  2. Marc W

    Pour paraphraser monsieur Alain Dumait :

    Libres propos de “lumen rectis”, simple gendarme, ancien policier ( passerelle ). Ce que les manifs sauvages de policiers nous enseignent :

    “Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a débloqué une enveloppe de quelque 250 millions d’euros.”

    Alors monsieur Dumait, en tant que gendarme je vais bénéficier de la grogne de mes anciens collègues.

    J’ai bien intégré les attendus de ma nouvelle maison. En conséquence j’agis comme tous mes camarades gendarmes et si je l’estime nécessaire je passe par la concertation.

    Néanmoins je ne suis pas ingrat et je dis merci à mes anciens collègues pour les avancées dont la gendarmerie va bénéficier et qui dans ce cas d’espèce, ne doivent rien à la concertation en gendarmerie.

    Pour la énième fois je dis qu’il est temps de resserrer les rangs entre la Gendarmerie et la Police au vu des enjeux qui se profilent pour notre pays. Que l’une et l’autre des maisons se respecte et travaille au profit de nos concitoyens.

    Ces jugements outranciers sont les reflets d’opposition d’arrière garde. Réveillez vous monsieur Dumait ! Le sacrifice d’un Policier en service vaut celui d’un Gendarme.

    Pour ma part je nous considère comme des frères d’armes.

  3. skipper

    Bravo monsieur Dumait ,
    Vous avez, en quelques lignes bien senties , résumé ce que je pense et écris depuis longtemps sur le forum . Vous répondez avec compétence à tous les détracteurs-démolisseurs qui, frustrés et revanchards , espèrent avec une syndicalisation politique dans la gendarmerie la dissolution à terme de notre belle institution .
    S’il fallait une preuve , nous irions la chercher dans le mouvement actuel des policiers rejetant en masse les syndicats “officiels” …..le reste n’est que litterature gauchisante ou corporatiste ….
    Merci monsieur Dumait .

    • Marc W " lumen rectis "

      Définitivement usant et pour tout dire navrant ce commentaire.

      Cessez de convoquer ce phantasme de la fusion des maisons. Elle n’arrivera pas et n’est pas souhaitable.

      Maintenant dans un contexte d’attentats et alors que certains analystes nous prédisent 20ans de combats; pensez-vous vous qu’il soit excessif de réclamer un respect mutuel des deux entités ?

      Je suis Français et patriote. Je ne perds pas mon énergie et mon honneur à salir l’autre maison.

      Concernant la grogne de mes anciens collègues je suis heureux de voir qu’elle se déroule en dehors du cadre syndical. Entre “flics de terrain” nous avions l’habitude de résumer l’entre soi syndical par ceci ” syndicat caca “. Voilà qui est clair. Fin !

      Il n’en reste pas moins que cette grogne persistante, hors le cadre de l’entre soi syndical, à permis de débloquer 250 millions d’euros. Ce budget débloqué est octroyé à la Police qui en est à l’origine. Mais aussi à la Gendarmerie… Donc un minimum d’honnêteté intellectuelle pousserait à ne pas être ingrat. Sauf dans les cas maladifs de rivalité ou de haine cultivée depuis trop longtemps par certains, entre les maisons.

      S’agissant d’un gauchisme supposé : grand père paternel militaire français ayant combattu du côté de Belfort, puis interné. (seconde guerre mondiale). Son 1er fils (mon oncle)guerre d’Algérie dans les paras. Son second fils, mon père, 22ans dans la royale.
      Du côté de ma mère : arrière grand père combattu au détroit des Dardanelles. Grand père dans la royale.

      Pour ma part : Flic à Pigalle en brigade de nuit. Impliqué dans plusieurs faits divers notables et relayés dans la presse.
      Depuis mon intégration en gendarmerie : médaille pour acte de courage et dévouement et médaille de la défense nationale avec citation à l’ordre du régiment.

      Fermez le banc !

      Pour ceux ayant des difficultés de compréhension : je ne milite pas pour la fusion, ni pour un syndicalisme en gendarmerie. Je réclame le respect mutuel des deux maisons.

      Voilà skipper. Qui êtes vous ? D’où venez-vous ? Il va falloir se réveiller et sortir du plastronnage la machoire fermée. Votre diatribe tient de la logorrhée verbale.

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