vendredi 4 décembre 2020
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Illustration (MG/L'Essor).

Les sensibles enquêtes judiciaires des boeufs carottes de la Gendarmerie

Pas de complaisance mais des enquêtes judiciaires parfois difficiles et sensibles. Alors que l’inspection générale de la Gendarmerie vient de publier son bilan 2019, une affaire, récemment dévoilée dans la presse, illustre la difficulté de ces dossiers.

L’histoire, dévoilée par Mediapart, montre en effet à la fois l’absence de complaisance des inspections générales à des faits de violence mettant en cause des personnels de force de l’ordre, et la difficulté de ce type d’enquêtes, qui peuvent se révéler en porte à faux avec la solidarité de corps d’une unité. Dans cette enquête judiciaire, à laquelle nous avons eu également accès, il s’agissait d’une affaire de violences sur un mineur. Des gendarmes auraient frappé un migrant âgé de 16 ans au cours d’une mission près de la Jungle de Calais, en janvier 2016. Ce dernier dépose alors une plainte. L’enquête de l’inspection générale de la Gendarmerie commence par piétiner. Ils n’obtiennent aucun élément probant allant à l’appui du jeune migrant, depuis passé en Angleterre. Puis, ils interrogent des militaires du second escadron de gendarmerie mobile intervenu dans cette affaire.

Interpellation de migrants en janvier 2016

En ce mois de janvier 2016, cette unité est arrivée en renfort d’un premier escadron. Ces derniers viennent d’arrêter des migrants qui tentaient de fracturer un véhicule. Et la version des militaires de la seconde unité n’est pas du tout la même que ceux de la première. “J’ai vu l’adjudant lui asséner un coup de pied et entendre le migrant lui dire “Why?”, expliquera alors ainsi un officier de l’escadron arrivé en renfort, interrogé par les enquêteurs de l’inspection générale de la Gendarmerie, requise par le parquet de Boulogne-sur-Mer dans cette affaire. “J’ai entendu l’adjudant répondre au migrant, “tu ne me regardes pas comme ça” lorsqu’il lui a donné le coup de pied, poursuit cet officier. Cela m’a interloqué, mais je ne me suis pas permis d’intervenir.”

S’il n’intervient pas, il n’en pense pas moins. “Je regarde mon collègue qui n’a rien dit. Il n’a fait aucune remarque et moi je m’abstiens de tout commentaire devant ses gendarmes. Avec moi, cela ne serait pas produit.” Puis il poursuit. “Juste avant de reconduire [les migrants]”, il aperçoit “deux gendarmes mais également l’adjudant qui étaient à la garde des migrants, fracasser des téléphones sur le bitume avant de les leur rendre. J’ai à nouveau regardé le lieutenant qui n’a toujours rien dit à ses hommes. Je me suis dit: bravo, c’est moi qui vais les gérer maintenant. Ensuite, nous les avons donc reconduit en direction de la jungle. Ils n’ont fait aucun commentaire.”

Un gendarme se ravise au cours de l’enquête

Interrogé par les bœufs carottes de l’Arme, un gendarme du premier escadron en mission commencera par contester toute forme de violence. Puis, ayant été informé des témoignages des militaires du second escadron arrivé en renfort –deux d’entre eux sont témoins des violences contre le jeune homme–, il se ravise. “Je n’ai pas commis de vol d’argent, confie-t-il. Je n’ai pas détruit de nourriture. Je n’ai pas commis de violences sur l’un des migrants. Mais j’avoue avoir jeté un téléphone par terre après la fouille. Il s’agit d’un geste malheureux que j’ai fait sans réfléchir. C’était la fin de service, j’étais fatigué, j’avais envie de rentrer.”

“Même si cela ne m’excuse pas, on savait que les migrants s’appelaient entre eux pour avertir de la présence des forces de l’ordre, indiquera-t-il ensuite. Sans arrêt, lorsque nous arrêtions des migrants, leur téléphone sonnait. Par exemple, si l’on arrêtait un groupe de migrants, un autre était averti de notre présence pour échapper à notre vigilance. Du coup, c’est un peu pour cette raison là que j’ai jeté le téléphone derrière moi au lieu de le rendre à son propriétaire. Une fois de plus, il a peut-être été cassé à cette occasion là.”

Une condamnation

L’enquête judiciaire se conclura par des poursuites contre trois gendarmes. L’un pour des infractions de violences n’excédant pas huit jours d’ITT et destruction d’un bien appartenant à autrui. Les deux autres pour ce seul chef. Le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer condamnera le gendarme ayant frappé le migrant à trois mois de prison avec sursis. Les magistrats relaxeront par contre le militaire ayant jeté le téléphone. Ce dernier se confondra en excuses à l’audience.

À l’automne 2015, nous nous étions rendus à la rencontre des gendarmes déployés à Calais. Les militaires devaient faire face à cette importante crise migratoire. Quatre escadrons de gendarmes mobiles étaient alors sur le pont. Leur quotidien oscillait entre lassitude et interrogations. Un travail difficile que l’on lit, en creux, dans cette enquête judiciaire.

Lire aussi: VIDÉO – Reportage “Aux côtés des gendarmes à Calais”

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