mardi 29 septembre 2020
Accueil / A la Une / Les renforts estivaux de la Gendarmerie en place pour un été inédit
Chaque année, plusieurs milliers de gendarmes d'active et de réserve assurent des renforts des unités confrontées à l'affluence de populations. (Photo: LP)

Les renforts estivaux de la Gendarmerie en place pour un été inédit

Bien que la crise sanitaire semble diminuer en intensité par rapport au printemps dernier, elle laisse des traces. Y compris sur l’été 2020 qui s’annonce inédit. En cause, l’annulation d’événements majeurs (cérémonies, concerts, festivals, rassemblements, compétitions sportives…) et la limitation des déplacements entre pays. Une situation à laquelle la Gendarmerie s’adapte, notamment via son dispositif de renforts estivaux.

Les renforts sont principalement déployés sur les zones littorales. (Photo: LP)
Les renforts sont principalement déployés sur les zones littorales comme ici dans le Calvados. (Photo: LP)

La période des vacances d’été génère d’importants flux de population. Certaines zones, principalement littorales, voient leur population démultiplier. Une affluence saisonnière souvent synonyme d’accroissement de l’activité pour les gendarmes. Chaque année, l’Arme met donc en place des renforts via un dispositif estival de protection des populations (DEPP). Le colonel Sébastien Jaudon, à la tête du bureau de la sécurité publique de la direction générale de la Gendarmerie, et son adjoint, le chef d’escadron Ronan Keraudren, sont en charge de la préparation de ce dispositif. L’Essor les a rencontré pour évoquer avec eux l’impact de la crise de la Covid-19 sur la saison à venir et l’adaptation du dispositif.

Un dispositif rodé

Le colonel Sébastien Jaudon et le chef d’escadron Ronan Keraudren pilotent ces renforts estivaux au sein de la DGGN. (Photo: LP/L’Essor)
Le colonel Sébastien Jaudon et le chef d’escadron Ronan Keraudren pilotent ces renforts estivaux au sein de la DGGN. (Photo: LP/L’Essor)

Malgré plusieurs changements de noms au fil des ans, le dispositif estival de renforts mis en place par la Gendarmerie est bien rôdé. Chaque année, des analyses très fines de la situation sont réalisées par la direction générale. Arrivé il y a deux ans à Issy-les-Moulineaux, c’est le chef d’escadron Ronan Keraudren qui s’y colle. “C’est un travail énorme, confie-t-il. Nous travaillons à partir des données de l’Insee, mais aussi des groupements et des compagnies de Gendarmerie.” Ainsi, les bilans d’activités et d’interventions des années précédentes sont étudiés de près. Il faut aussi tenir compte des demandes des formations administratives qui évaluent elles-mêmes leurs besoins dans un premier temps. “C’est ensuite à nous de trancher.”

À l’issue, un plan est présenté au directeur des opérations et de l’emploi (DOE) qui le propose à son tour au directeur général. Ensuite, le plan global est soumis au ministre de l’Intérieur qui l’approuve ou demande des ajustements. “Il n’est pas rare que le plan que l’on élabore doive être réajusté au retour de Beauvau car des élus (maires, présidents de communautés de communes, députés…) expriment leurs requêtes directement aux services du ministre.” Une fois les derniers réajustements effectués, la manœuvre est mise en route.

Cette année, plus de 120.000 jours-gendarmes –l’unité de valeur sur laquelle se base ce plan– sont prévus. Parmi eux, 50.000 rien que pour des gendarmes mobiles répartis en 69 pelotons. On en compte aussi 48.000 pour les réservistes, 20.000 pour des gendarmes départementaux détachés et environ 2.500 pour des gardes républicains dans les postes à cheval.

Lire aussi: Postes à cheval de la Garde républicaine: image et efficacité

Essentiellement littoral

Vingt-cinq départements bénéficient du dispositif estival de protection des populations. Il s’agit essentiellement de territoires littoraux. En complément, 17 autres départements vont également bénéficier de renforts liés à l’affluence de population. C’est notamment le cas dans les départements où sont implantés des sites culturels et touristiques importants, comme par exemple le Futuroscope dans la Vienne.

Olivier Paz est maire de Merville-Franceville et président de l'union des maires du Calvados. (Photo: LP/L'Essor)
Olivier Paz est maire de Merville-Franceville et président de l’union des maires du Calvados. (Photo: LP/L’Essor)

Objectifs de la mission: du contact et de la prévention. Mais aussi de la visibilité! Une attente forte des élus locaux. “Le fait de montrer du bleu à un double effet, souligne Olivier Paz, président de l’union des maires du Calvados et maire de Merville-Franceville. Premièrement, dissuasif pour ceux qui seraient tentés de commettre des infractions. Mais cela génère également un sentiment de sécurité. La visibilité a du bon!” Sa commune, située entre Caen et Cabourg, voit chaque année sa population multiplier par six. La brigade dont elle dépend se situe à 20 minutes de route en temps normal. “Autant dire une éternité l’été, avec l’engorgement des voies de circulation peu adaptées.” Pour y faire face, un poste provisoire y est installé chaque été. Doté en moyenne d’une douzaine de gendarmes d’active et de réserve, il intervient 24h/24 au profit des communes du littoral.

“Une de nos plus grosses craintes cette année portait sur la diminution des effectifs”, confie-t-il. De fait, les gendarmes ont été très sollicités pendant la crise. Mais globalement, les effectifs mobilisés restent stables d’après la Gendarmerie. Un soulagement pour le maire, qui est rassuré mais qui reste attentif.

Une manœuvre logistique d’envergure

Au total cette année, le coût de la manœuvre est estimé à près de huit millions d’euros. Un montant qui exclut les salaires des gendarmes d’active détachés qui n’entrent pas dans le calcul. Mais au-delà de l’aspect purement budgétaire, la manœuvre est monumentale. Il faut en effet loger et nourrir l’ensemble des gendarmes mobilisés sur ces dispositifs. Pour cela, la Gendarmerie peut s’appuyer sur des conventions locales passées entre les formations administratives et les collectivités. “Il y a un véritable effort qui est fait par les collectivités territoriales, remarque Sébastien Jaudon. Alors même que les zones qui accueillent les renforts saisonniers sont souvent en tension.

Un effet qui s’accentuera également cette année avec le renforcement des exigences sanitaires. Il faudra par exemple que les espaces communs des logements soient suffisamment vastes pour éviter que les militaires soient trop proches les uns des autres. Il ne pourra pas y avoir plus d’un militaire par chambre. Enfin, des moyens de nettoyage supplémentaires devront être mis à disposition. Des mesures globalement déjà appliquées. “Il arrivait que ce ne soit pas le cas, mais de vraies améliorations ont été enregistrées ces dernières années.” Ces conditions d’hébergement font d’ailleurs chaque année l’objet d’un rapport de la part des différentes formations administratives.

Adaptabilité

Bien sûr, l’intégralité du dispositif est adaptable. “C’est l’essence même de la Gendarmerie que de savoir s’adapter, souligne le colonel Jaudon. Il est donc toujours possible de redéployer des forces en cas d’événement majeur de sécurité publique.” Toutefois, avant de toucher aux unités engagées dans les dispositifs saisonniers, il y a encore de la marge. “Un tel désengagement est déjà arrivé lors de la crise des gilets jaunes”, confirme le colonel Jaudon. Des escadrons avaient alors été désengagés du dispositif hivernal de protection des populations pour des opérations de maintien de l’ordre. “Mais cela reste très exceptionnel.” En effet, des forces mobiles de Police et de Gendarmerie sont en permanence disponibles ou en alerte pour renforcer rapidement n’importe quel point du territoire.

Les gendarmes du poste provisoire de Merville-Franceville partent en intervention. Ils assurent la sécurité de la zone 24h/24 pendant tout l'été. (Photo: LP)
Les gendarmes du poste provisoire de Merville-Franceville partent en intervention. Ils assurent la sécurité de la zone 24h/24 en juillet-août. (Photo: LP)

La grande inconnue de l’été 2020 est bien entendu la fréquentation des zones traditionnellement touristiques. Même si les frontières internationales tendent à se rouvrir progressivement, les déplacements à l’étranger sont limités. En conséquence, on s’attend à un report des français sur des destinations intérieures. Quant aux touristes étrangers, leur nombre risque également de beaucoup diminuer.

Actuellement, les perspectives laissent présager à un été plus calme pour les gendarmes. Notamment en raison des règles sanitaires. Certains établissements, comme par exemple les boites de nuit, ne devraient pas rouvrir, ou du moins, pas à 100% de leurs capacités. Bagarres, états d’ivresse, accidents… C’est donc une source d’interventions en moins.

La crainte de rassemblements imprévus

En revanche, free et rave party représentent l’une des inquiétudes majeures des gendarmes pour cet été. “On sait qu’il risque d’y en avoir, confie le colonel Jaudon. Avec le confinement, les gens n’ont pas pu se voir ou faire la fête ensemble. L’été sera l’occasion pour eux de se rattraper.” Des craintes d’ailleurs vérifiées dès les premiers jours de juillet. D’autant que la plupart des concerts et festivals sont annulés. “Il y a aussi des invariants d’une année sur l’autre, poursuit le colonel, comme les traditionnelles implantations illicites de campements de gens du voyage. Ces dernières entraînent nécessairement un surcroît d’intervention, notamment en période estivale.”

L’été va bien occuper les gendarmes. Mais pas dit qu’ils puissent se reposer ensuite. Les gendarmes surveillent comme le lait sur le feu la rentrée sociale. Avec la crise sanitaire et ses premières conséquences économiques, l’automne pourrait être mouvementé.

Loïc Picard

Chiffres clés

  • 8 millions: le coût global du dispositif estival de protection des populations (DEPP) pour la Gendarmerie, hors solde des personnels d’active. Cela comprend notamment les frais d’hébergement et d’alimentation de tous les militaires, mais également l’emploi des réservistes.
  • 15: le nombre de postes à cheval mis en place par la Garde républicaine, avec au total la mobilisation de 90 chevaux.
  • 25 départements bénéficient du dispositif estival de protection des populations. En complément, 17 autres départements vont également bénéficier de renforts liés à l’affluence de population (sites culturels, zone touristique hors littoral…).
  • 69: le nombre de pelotons d’une quinzaine de gendarmes mobiles engagés dans le dispositif DEPP.
  • 120.000: c’est le nombre arrondi de jours-gendarmes prévu pour le dispositif estival 2020 au niveau national.
Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *