dimanche 18 août 2019
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Les montagnards pleurent Olivier Renard, secouriste, guide et instructeur

Le capitaine Olivier Renard, figure tutélaire du secours en montagne, est décédé brutalement. Les hommages à ce guide et célèbre instructeur ayant marqué des générations de gendarmes se multiplient. (1)

Le monde du secours en montagne pleure Olivier Renard (photo DR)

Tous les gendarmes montagnards connaissent Olivier Renard. Ou celui que ses pairs surnommaient “Goupil“. Plus qu’une figure du secours en montagne, il était un guide à tous les sens du terme. Et pour beaucoup de secouristes, plus qu’un camarade de cordée, un ami, un frère. Il est mort à la suite d’un malaise en pleine force de l’âge.

Pour sa retraite prise en 2017, il s’était installé à Bagnères-de-Luchon (31) où il avait commandé le PGHM. Il continuait à faire de la montagne en tant que guide de haute montagne à la Compagnie des Guides des Pyrénées. Sur son site, Olivier Renard présentait ainsi son “sommet”:

Plaisir, sécurité, placer l’humain au cœur du projet, de la sortie ou de la course,…….. à travers ma passion pour ce milieu naturel,  extraordinaire et beau, les valeurs de l’alpinisme et du secours en montagne”.

 Un passionné de montagne 

Ce fou de montagne était aussi associé, coordonnateur et formateur dans une société de conseils en entreprise et de formation Moutainpath.

Cette société qui “crée une passerelle entre l’entreprise et le monde de la montagne” a été créée par le colonel (ER) Blaise Agresti, un des grands référents du secours en montagne, guide et commandant du Centre national d’instruction au ski et à l’alpinisme de la Gendarmerie, le Cnisag. Il aaussi commandé le groupement des Pyrénées-Orientales avant de quitter l’Arme.

Olivier avait 55 ans, était marié à Sandrine et était père de deux enfants, Alice 28 ans et Clément 22 ans. Il avait eu la joie d’être grand-père il y a quelques mois.

Ancien chasseur alpin, il rentre en Gendarmerie en 1987 à l’école de Berlin. Classé 11ème sur 133, il rejoint la brigade de la Chambre en Savoie comme enquêteur. Il y reste quatre ans et obtient le brevet de chef de détachement haute-montagne, sésame pour intégrer la spécialité montagne. Il change de massif et intègre le PGHM de Briançon en 1991. Là, il spécialise, perfectionne ses compétences techniques en montagne. Le diplôme d’accompagnateur en moyenne montagne (AMM) lui est attribué en 1992. L’année suivante, il décroche le diplôme de la spécialité montagne. Dans la foulée, il enchaîne en 1994 avec le brevet de chef de caravane de secours en montagne. Deux ans plus tard, il reçoit le diplôme d’aspirant guide de haute montagne. Nommé en 1996 au prestigieux “PG” de Chamonix, il conquiert deux ans plus tard le graal avec le diplôme de guide de haute-montagne.

Commandant du PGHM de Bagnères-de-Luchon

Promu dans la foulée maréchal des logis-chef, il parcourt quelques mètres et est nommé gradé instructeur au Cnisag. En 2003, il est promu adjudant, ajoute un ligne à son CV avec le brevet national d’instructeur de secourisme. Le galon d’adjudant-chef vient en 2006. 

En 2007, il gagne les Pyrénées et prend le commandement du PGHM de Bagnères-de-Luchon. Il est promu major, puis lieutenant deux ans plus tard.

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En 2011, retour au Cnisag de Chamonix comme officier instructeur. Il se spécialise encore un peu plus avec le brevet de chef d’opération d’enquête et de secours (BCOES) en 2012.

Promu capitaine en 2013, il intégre en 2015 l’Unité de coordination technique montagne de Chamonix, l’UCTM  créée en 2014. Il y est chef de la cellule appui opérationnel. C’est là qu’il achève son parcours de gendarme et secouriste.

Un engagement total

Titulaire du diplôme supérieur de qualification Gendarmerie (DQSG) , il a été félicité à de très nombreuses reprises: cinq lettres et un témoignage de satisfaction.

Olivier Renard était titulaire d’une citation sans croix à l’ordre du régiment obtenue en 2010. Ainsi que d’une citation sans croix à l’ordre de la brigade avec attribution de la médaille d’or de la Défense nationale en 2015.

Il était également détenteur à deux reprises de la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement bronze. Il arborait aussi la médaille d’or de la sécurité intérieure avec agrafe Crash Germanwings.

Pour le lieutenant-colonel Jean-Baptiste Estachy, conseiller montagne du directeur général, ” Olivier Renard était rigoureux et pleinement engagé dans sa mission”.

“Il s’est investi avec passion dans chacun des postes qu’il a occupé. Entier et sincère à défaut d’être diplomate, il s’est attaché la reconnaissance, le respect des personnes avec qui il a travaillé et souvent l’amitié des ses camarades.”

“Son engagement dans chacun des postes occupés a été total” poursuit le lieutenant-colonel Estachy: secours et expertise technique à Briançon et Chamonix; pédagogie au Cnisag où il s’est investi avec ardeur dans l‘élaboration des mémentos montagne, le Retex, les outils de gestion de crise..; difficiles négociations du plan de secours en montagne à Luchon; création d’une nouvelle unité UCTM et déploiement opérationnel lors du crash de la Germanwings.

Didier Chalumeau

L’hommage de son ami secouriste en montagne et guide Blaise Agresti

Voici le magnifique et très émouvant hommage que Blaise Agresti, grande figure du secours en montagne Gendarmerie et très proche d’Olivier Renard lui a rendu.

Olivier, notre ami, notre frère. La perte d’un ami est douloureuse, celle d’un mari, d’un père ou d’un frère est irréparable. L’amitié est un bien précieux, la fraternité et l’amour sont des cadeaux qui se forgent à l’épreuve de la vie. Pour nous tous, Olivier est plus qu’un ami. Des qualités Olivier en avaient de bien belles. La passion du secours et de la montagne bien sur. Il faut comprendre ton chemin vers les montagnes depuis Boulogne-sur-Mer, cette aspiration vers les sommets nourrie de lectures et cette envie d’altitude qui te conduiront d’abord vers les chasseurs alpins, puis, très vite, vers la gendarmerie de haute montagne.

Le Pghm est un absolu pour toi, LA MISSION de ta vie, qui justifie tout les sacrifices. Tu l’incarnes magnifiquement à Briancon, Chamonix, Luchon et au Cnisag à deux reprises puis enfin au sein de cette unité de Coordination nationale montagne qui vient alors de se créer. Ton engagement et ton efficacité font rapidement de toi un référent et cela va durer toute ta carrière et au delà. Ta parole juste, ton sens pédagogique, ton courage intellectuel et ton engagement sur le terrain sont toujours cités en exemple.

Lorsque j’arrive au PGHM en jeune patron inexpérimenté et qu’une des premières opérations importantes que nous partageons sera l’avalanche de Montroc, tu viendras spontanément m’aider au PC avancé à Argentière pendant des heures difficiles. Cela scellera un lien unique qui ne cessera de se renforcer au fil du temps. De beaux moments agrémentent cette vie de secouriste. Le secours bien sûr. Les sauvetages, la DZ, le boulot avec les équipages et les médecins.

Faire le job. S’engager. Ton parcours est lumineux.

Des centaines de sauvetages accomplis. Ce sera aussi cette fierté d’être guide, de porter “la tôle” comme tu disais, au moment d’entrer dans cette belle communauté. Après avoir quitté la Gendarmerie, tu vas d’ailleurs savourer ce métier avec tes clients. Ils apprécient tous ton amour de la montagne et ta manière de la partager lors d’une ascension en commun. Ici derrière la crête avec l’Espagne, l’Aneto devient ton jardin, et le Mont-Blanc bien sûr et d’autres sorties pour vivre et partager encore et encore cet amour pur de la montagne.

Ce qui caractérise ta manière d’agir c’est l’exigence du travail bien fait. Cet esprit d’artisan, et le soin que tu apportais à mettre en ordre, à préparer avec soin, à organiser et à anticiper. Ton cabanon avec ton matériel de montagne soigneusement rangé dans la cour de votre maison ressemblait tellement au local de la DZ des Bois à Chamonix. Tu étais ce compagnon du devoir dans sa noblesse et sa simplicité. Tu as fait un travail magnifique comme secouriste et patron du Pghm ici à Luchon, mais aussi au Cnisag comme formateur et surtout comme pédagogue exigeant qui a contribué à professionnaliser le métier de secouriste en structurant les référentiels de formation et en formant des générations de secouristes.

La spécialité te doit beaucoup, il faut s’en souvenir. Ce souci du détail et la rigueur étaient ta marque de fabrique. Alors bien sûr, cette exigence supportait assez mal la médiocrité ou la lourdeur de l’administration. Les corporatismes étroits. Le décalage entre une réalité du terrain et le temps long des états majors. C’était une souffrance pour toi.

Je garde en souvenir cet ordinateur qui avait franchi une fenêtre du Cnisag dans un moment de colère. Mais ta colère n’était jamais une colère CONTRE, elle était une colère POUR, une colère pour changer, pour progresser, pour améliorer. Pour transformer. Une colère généreuse qui traduisait simplement ton exigence et ton engagement.

Cette générosité elle était toi. Par toutes les pores de ta personne.

Sans compter. Jamais. Sans calcul d’intérêt. Jamais. La générosité c’est ce que je garde de plus précieux de ton chemin de vie et que nous avons tous ici pu mesurer et apprécier d’une manière ou d’une autre. Un geste, un cadeau, une bouteille de vin, une attention, une parole, un moment partagé avec ce sourire généreux et cette bonté d’âme, ce sens de l’acte gratuit, cette fidélité inaltérable. C’est à mon sens, au delà de toutes tes qualités, ce qui s’exprimait le plus de toute cette vie tournée vers les autres, comme mari attentionné avec Sandrine, comme père de famille aimant avec Alice et Clément, comme secouriste et guide de haute montagne dévoué avec nous tous et chacun le sait bien ici.

C’est cette intensité qui a probablement consumé tes forces de l’intérieur sans que nous ne puissions rien y faire. Mais cela reste une source profonde d’inspiration. Alors je voudrais dire à Sandrine Alice et Clément que nous sommes à vos côtés, fidèlement et simplement, et que nous ferons du mieux que nous pourrons pour vous aider. vous pouvez compter sur nous.

Aujourd’hui, ou plutôt ce matin pour être précis comme tu l’étais toujours Olivier, nous devions être ensemble au sommet du Mont-Blanc avec des clients. Faire cordée ensemble et partager un lever de soleil là-haut.

Une amitié de plus de 20 ans. Le soleil finit toujours par se lever dit-on. Alors nous devons regarder le soleil se lever de nouveau. Ton cœur s’est arrêté de battre collé au cœur de ta petite fille. La vie est bien là, irrésistible, transmise dans ta générosité à une nouvelle génération qui saura s’inspirer de tes qualités d’homme pour grandir et transmettre à son tour ces trésors que tu as su nous laisser. Bon vent à toi Olivier tu files sur le versant du soleil. Tu vas nous manquer.

(1) Ses obsèques ont été célébrées le 14 juin à Azereix (65).

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