jeudi 12 décembre 2019
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Photo d'illustration (Crédit photo: GT/ L'Essor).
Photo d'illustration (Crédit photo: GT/ L'Essor).

Les débuts laborieux de l’affaire Kulik racontés par les premiers enquêteurs

Le procès de Willy Bardon, accusé du viol et du meurtre d’Elodie Kulik en 2002, s’est poursuivi ce lundi avec l’audition des premiers gendarmes enquêteurs.

Et à les écouter, on comprend que la tâche des enquêteurs n’a pas été facile. Les débuts de l’enquête ont en effet été compliqués. “Ce que vous dites, c’est qu’on a pas pris les précautions qui s’imposent dans une enquête criminelle car on pensait à un accident de la route ?”, interroge Me Didier Seban, avocat de la partie civile. Jean-Luc G., un grand gaillard de 55 ans, alors officier de police judiciaire à la brigade de recherches de Péronne (Somme), acquiesce.

Que s’est-il passé? Devant les jurés, le gendarme retrace les premières heures, déterminantes, des investigations. Des premiers témoins ont bien signalé la présence d’une Peugeot 106 abandonnée sur la route de Péronne, mais sans mentionner de passager à bord. Ce 11 janvier 2002, les gendarmes de la brigade territoriale de Saint-Simon, alertés dans la nuit, se rendent sur place au matin, vers 8h15. Après un accident, habituellement, “on cherche dans la voiture pour trouver des papiers, explique, pédagogue, Jean-Luc G. Nous n’avions pas les moyens d’aujourd’hui pour identifier un véhicule et on ne pensait pas à ce qui est arrivé.”

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Une disparition inquiétante

Résultat : plusieurs personnes, dont le garagiste, rentrent dans la 106 d’Elodie Kulik. Et une botte est manipulée par le maître-chien dans l’espoir de retrouver le conducteur de la voiture. Dans la matinée, la cadre bancaire étant toujours portée absente à son travail, le dossier évolue vers une disparition inquiétante. Jean-Luc G., alors maréchal des logis-chef, se rend sur place vers 13h. Le technicien en identifications criminelles tente de comprendre comment la 106 a pu quitter la route. “J’avais du mal à voir la quatrième trace de pneu à cause du dégel, ce sont les autres gendarmes qui me l’ont montré”, explique-t-il.

Le lendemain, le gendarme est de nouveau appelé. On vient de retrouver le corps d’Elodie Kulik, en partie carbonisé, à plusieurs kilomètres de la scène de l’accident. La suite de l’enquête est décrite par le major Louis C., directeur d’enquête jusqu’à sa retraite en juin 2008. Le gendarme réécoute une “centaine de fois” la bande d’enregistrement de l’appel au Codis de la jeune femme, probablement émis à partir du lieu de l’accident. “La victime a eu le réflexe d’appeler au secours, souligne-t-il. L’enregistrement est glaçant. Alors qu’elle gémit, on entend des voix d’hommes nullement inquiets.”

L’affaire Elodie Kulik, près de 450 pistes suivies par les enquêteurs

La section de recherches d’Amiens, qui mobilisera jusqu’à 16 enquêteurs sur l’enquête, explore toutes les pistes, près de 450. Soit autant d’impasses. Près de 12.000 appels téléphoniques sur la zone sont observés, tout comme les individus connus pour des affaires de mœurs ou de délinquance locale. Deux autres crimes, également très violents, signalés cette année-là mettent également les gendarmes sur la fausse piste d’un serial killer.

“On se pose toujours des questions” quand on ne trouve pas de suspect, admet le major Louis C. à la barre. “Est-ce que nous avons mal fait notre travail ? Nous avons fait un prélèvement sur le père de Grégory Wiart, qui était connu pour des affaires de mœurs. Mais nous n’avons pas pensé à travailler sur sa sa lignée.” Sur les bancs des accusés, seul Willy Bardon, identifié par sa voix sur la bande d’appel au Codis, écoute en silence. Grégory Wiart sera mis en cause formellement grâce à la technique de recherche par ADN par parentèle pour le viol de la jeune femme en 2012. Ce fan de tuning est mort dans un accident de la route neuf ans plus tôt.

Gabriel Thierry.

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