samedi 26 septembre 2020
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Les impact de balles de kalachnikov tirées par les frères Kouachi sur un véhicule de la brigade de Dammartin-en-Goële (M.GUYOT/ESSOR)

Le témoignage amer des premiers gendarmes qui ont fait face aux frères Kouachi

La cour d’assises spéciale de Paris, qui juge les attentats de janvier 2015, a entendu les premiers gendarmes qui ont fait face aux frères Kouachi, à Dammartin-en-Goële en Seine-et-Marne.

Ce matin du 9 janvier, l’étau se resserre sur les frères Kouachi, les auteurs de la tuerie de Charlie-Hebdo. “Ils sont détectés par une patrouille qui riposte avec une formidable lucidité aux tirs de kalachnikovs”, expliquait Denis Favier, l’ancien patron des gendarmes. Il rappelait la chronologie de ces heures sombres devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale.“Un brigadier a blessé les frères Kouachi et permis de les fixer dans l’imprimerie, mettant un terme à leur cavale”, soulignait un autre militaire.

Ce mercredi 16 septembre, les gendarmes départementaux concernés sont revenus devant les jurés sur ces minutes cruciales dans la traque des frères Kouachi. La première à témoigner est Mélanie, en poste à la brigade de Dammartin-en-Goële depuis quatre ans alors. La militaire est, selon les journalistes présents à l’audience, très émue. En patrouille avec Francis, elle reçoit un appel radio: deux hommes sont retranchés dans une imprimerie. Peut-être les frères Kouachi?

Le gendarme touche l’un des frères Kouachi au cou

Les gendarmes se rendent sur place. Ce sont bien les deux terroristes. “A 8h47, nous avons prévenu la brigade qu’on nous avait tiré dessus”, explique Mélanie. La militaire a entendu une rafale, le cri “Allah Akbar”, puis une deuxième rafale. Ce jour-là, souligne-t-elle, son gilet pare-balles n’est pas bien ajusté, car pas à la bonne taille. Si elle a dégainé son Sig Sauer, elle n’a pas pu tirer sur les deux terroristes. “Nous avions un simple pistolet, eux ils avaient des kalachnikov, poursuit-elle. S’ils nous tirent dessus, nos gilets c’est comme une feuille de papier.” La gendarme s’est finalement rendu compte, six mois plus tard, qu’elle était victime du syndrome du stress post-traumatique. Elle obtiendra finalement sa mutation. Mais dira également ne pas se sentir soutenue par sa hiérarchie.

Francis est le deuxième gendarme appelé à témoigner à la barre. Après l’attentat de Charlie-Hebdo, le militaire s’inquiète des événements à venir. Il demandera à sa hiérarchie de pouvoir se doter d’un fusil d’assaut Famas pour sa patrouille. Une requête refusée: ses habilitations ne sont plus à jour.

Ce matin du 9 janvier, c’est pourtant lui qui blesse l’un des frères Kouachi. Voyant le terroriste sortir et tirer, il riposte et touche au but. Plus précisément au cou. Mais il ne tire pas de nouvelle balle fatale sur l’homme qui rampe à terre. Il craint en effet que le second terroriste n’abatte en représailles les otages à l’intérieur de l’imprimerie. Avant de partir, le gendarme prend soin de crever les pneus de la 206 utilisée par les deux terroristes. 

Lire aussi: Charlie Hebdo : une prise d’otage impliquant le GIGN est en cours

L’amertume des gendarmes

La suite des événements a un goût amer pour les deux gendarmes. Un adjudant leur demande de reculer la voiture, ce qui les expose à nouveau au danger. “Je me demande toujours” la raison de cet ordre, déclare Mélanie. Le gendarme, précise-t-elle, “ne s’est pas expliqué, pas excusé”. Francis, à qui l’on demandera la semaine suivante de surveiller l’imprimerie, s’offusquera par la suite de l’absence de décoration prévue pour Mélanie.

A 10h, les deux gendarmes sont relevés par le GIGN. Leur action aura permis la neutralisation des deux terroristes, finalement abattus dans l’après-midi par les super-gendarmes.

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3 Commentaires

  1. Desbois

    Francis et Mélanie, je vous adresse mes félicitations pour ce que vous avez fait le jour là, dans une situation très stressante et que la grande majorité des personnels ne connaît pas, heureusement…
    Vos témoignages devraient, j’espère, faire réfléchir la Hiérarchie concernant l’aspect humain de son personnel et peut être aussi le manque d’expérience de ses gradés.
    Je peux comprendre votre amertume dans un pareil cas.
    Encore une fois félicitations !!!

  2. LEVERT

    Je trouve dommage que l’ Institution délivre des citations pour des gendarmes qui cousent des masques, mais qu’elle ne prend pas plus soin et qu’elle ne reconnaît pas à sa juste valeur de véritables actions menées sur le terrain.

  3. Hirondelle

    Le témoignage des gendarmes comme celui des policiers établit une sorte de sidération face à la situation rencontrée, tant il est vrai qu’elle est exceptionnelle et difficile à reproduire au temps de la formation initiale ou continue.
    Il est aussi vrai que des fondamentaux sont perdus de vue dans l’exercice d’un métier parfois routinier eu égard au territoire d’emploi.
    Pour ce qui concerne l’aspect humain de la hiérarchie : l’arbre n’est pas la forêt, ce qui devrait conduite à éviter la généralisation d’une appréciation.
    La hiérarchie est constituée à partir de la ressource volontaire pour assumer des responsabilités de commandement. Difficile de taper sur la tête du meunier pour la qualité de sa farine, sauf si le spectre de son choix lui permettait d’atteindre l’excellence. Cette dernière n’est par ailleurs pas toujours la résultante d’une tête bien pleine
    Enfin, il existe en gendarmerie, comme sans doute ailleurs, des exemples de gendarmes confrontés à une mort certaine et dont la proposition de décoration n’est pas allée à son terme du fait de l’évolution du diagnostique.

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