lundi 21 septembre 2020
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Fabrice Halopeau, à droite (Crédit photo: Fabrice Halopeau).
Fabrice Halopeau, à droite (Crédit photo: Fabrice Halopeau).

Le pliage et le plaquage ventral, deux techniques de dernier recours jugées indispensables (interview)

Exercice d’interpellation d’un peloton d’intervention de gendarmes mobiles (Photo M. Guyot/Essor)

Faut-il interdire deux techniques d’immobilisation, le plaquage ventral et le pliage ventral? Alors que la commission des Lois de l’Assemblée nationale se penche ce mercredi sur la proposition de loi du député insoumis François Ruffin qui souhaite leur interdiction, nous avons interrogé un expert du domaine, l’ancien gendarme Fabrice Halopeau. Ancien responsable formation du groupe de sécurité de la présidence de la République, l’adjudant enseigne désormais son savoir aux formateurs de sécurité privée.

Qu’est-ce que sont le pliage et le plaquage ventral?

Quand des gendarmes ou des policiers interviennent, la personne interpellée peut opposer une résistance. Cela peut être une résistance active ou passive. Par exemple, la personne peut se crisper, empêchant son menottage. Pour les forces de sécurité, l’enjeu va être de réussir l’interpellation en toute sécurité. Les gendarmes devront par exemple être attentifs aux mains de la personne interpellée, qui peuvent être dangereuses.

Le plaquage ventral, c’est une immobilisation en décubitus ventral. C’est une technique qui permet de plaquer quelqu’un au sol. Avant de pouvoir mettre les menottes. Je fais 90 kilos, si mon collègue pèse le même poids, cela fait 180 kilos de compression sur la cage thoracique. Cette technique entrave fortement les mouvements respiratoires et peut provoquer une asphyxie. Plus l’intervention dure longtemps, plus le risque est présent.

Le pliage ventral a été utilisé pour la reconduite des étrangers en situation irrégulière par des policiers de la police de l’air et des frontières. Cette technique consistait à maintenir une personne assise, la tête appuyée sur les genoux, afin de la contenir. Elle est susceptible de provoquer une asphyxie posturale et a été responsable de plusieurs décès. Aujourd’hui, cette technique n’est plus enseignée au sein de la Police et la Gendarmerie. Ces deux techniques sont déconseillées en intervention, au même titre que les étranglements, car elles peuvent avoir de très grosses conséquences sur l’intégrité physique des personnes interpellées.

Vous déconseillez ces techniques, mais vous estimez dans le même temps qu’elles sont importantes pour les gendarmes?

Elèves en formation à l'école de Gendarmerie de Dijon. (Photo d'illustration/ M.Guyot/Essor).
Elèves en formation à l’école de Gendarmerie de Dijon. (Photo d’illustration/ M.Guyot/Essor).

Parce que les modes d’action des agresseurs des forces de l’ordre ont évolué. Ils s’inspirent du MMA (Mixed martial arts), cette discipline qui mélange différents sports de combat, en faisant des liaisons debout-sol dans leur combat. Du coup, les gendarmes et les policiers sont obligés de travailler eux aussi au sol.

En réalité, ce sont deux techniques de dernier recours en cas de résistance agressive, après que le gendarme ait tenté la persuasion ou la maîtrise à mains nues de l’individu. Leur utilisation renvoie à un contexte. Ce sont les règles de l’absolue nécessité et la proportionnalité. La sûreté du gendarme est-elle menacée? L’acte est-il nécessaire à la sauvegarde de la personne et du bien? Et, en dernier lieu, quelle est la gravité de l’infraction? On ne peut donc supprimer cette technique nécessaire dans certains cas. Force doit en effet rester à la loi. Il y a des moments où vous êtes obligés d’aller au sol, car la personne interpellée représente un risque pour elle-même, vous ou les camarades.

Mais aller au contact physique, cela demande un très bon entraînement et une procédure d’équipe au sein du groupe d’intervenants, comme ceux pratiqués dans les pelotons de surveillance et d’intervention ou au GIGN. C’est pour cela que dans les années 2000 nous avions mis en place une formation repensée à l’intervention professionnelle en Gendarmerie, avec trois niveaux (technicien, moniteur et instructeur). Nous avions par exemple intégré l’utilisation du bâton télescopique, qui permet de préserver sa sécurité en maintenant à distance.

Comment la France se positionne sur l’intervention professionnelle?

Je note que les entraînements sont beaucoup plus prononcés en Belgique. Et quand les policiers belges interviennent au sol, ils doivent le justifier ensuite en faisant état d’une menace particulière. Mais globalement, la France est bien placée sur l’intervention professionnelle. On exporte notre savoir-faire à l’étranger. Dans la Police, ils sont plus orientés autour des méthodes issues des sports de combat.

En Gendarmerie, nous avions travaillé avec un officier supérieur en charge de la formation, alors commandant la division Études de la direction de l’instruction du centre national d’entraînement des forces de Saint Astier. L’esprit de notre instruction, c’est d’abord que le gendarme rentre vivant chez lui. Nous ne sommes pas là pour former les forces de l’ordre aux sports de combat, mais à une ou deux techniques, applicables partout. On forme d’abord les gendarmes à l’interpellation debout. Le plaquage au sol peut être employé, mais à titre d’exception. C’est une autre approche, une autre éthique. Généralement, quand vous respectez les gens, ces derniers vous respectent.

Lire aussi: Ces lacunes à combler dans la formation des gendarmes

Malheureusement, on peut déplorer que l’entraînement à l’intervention professionnelle ne soit pas assez poussé aujourd’hui dans les écoles. Par exemple, dans les formations pratiquées, ce sont des gendarmes qui jouent les personnes interpellées. Cela manque de réalisme. Aujourd’hui, la carte professionnelle n’arrête pas les délinquants. Ces derniers peuvent se débattre. C’est un risque supplémentaire de blessure pour le gendarme.

Propos recueillis par GT.

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Un commentaire

  1. FRIGARD

    Deux techniques d’immobilisation discutables et dangereuses abusivement utilisées par les fonctionnaires de la Police Nationale. Il suffit de regarder les vidéos faites lors de documentaires sur les interventions des forces de l’ordre.

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