vendredi 22 mars 2019
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Richard Lizurey, auditionné le 18 juillet 2017 par la Commission des finances de l'Assemblée nationale .
Richard Lizurey, auditionné le 18 juillet 2017 par la Commission des finances de l'Assemblée nationale .

Le patron des gendarmes fait la chasse aux astreintes

Illustration (MG/L’Essor).

Y a-t-il trop d’astreintes chez les gendarmes ? Pour Richard Lizurey, la réponse est oui. Il y en a même “beaucoup trop”, a déclaré le directeur général, devant les députés de la commission de la défense. Son audition du mardi 16 octobre, à huis clos, vient d’être publiée sur le site du Palais-Bourbon.

Si les astreintes “garantissent une grande réactivité”, “nombre d’entre elles se révèlent inutiles”, assure le directeur général. Les permanences concernent aujourd’hui un tiers des 100.000 militaires de l’Arme. Le patron des gendarmes regrette leur multiplication “tous azimuts, dans toutes les unités”.

Un problème pour Richard Lizurey, qui a annoncé aux députés avoir lancé, il y a “quelques mois un chantier portant sur l’évolution des astreintes”. En baissant le nombre de permanences, le directeur général espère que “chaque militaire ait davantage de temps à accorder à sa famille et trouve un plein sens à son action”.

Problème du bien-être

Si le patron des gendarmes s’attaque aux astreintes, c’est que le bien-être des militaires l’inquiète. L’Arme déplore déjà 29 suicides pour l’année 2018. Un triste record atteint pour la deuxième fois seulement dans la dernière décennie. “Ces actes individuels ne me semblent pas refléter un malaise général à la Gendarmerie mais ils doivent nous mobiliser : il faut réfléchir aux moyens d’éviter ces dramatiques passages à l’acte”, a avertit Richard Lizurey.

Lire aussi sur L’Essor : Une réunion consacrée aux suicides à la DGGN

Photo d'illustration (Crédit photo: MG/L'Essor).
Photo d’illustration (Crédit photo: MG/L’Essor).

Outre la diminution des astreintes, le directeur général veut redonner le sourire aux gendarmes en travaillant sur l’avancement. Ce dernier, rappelle-t-il, “permet à chacun d’être reconnu dans son métier grâce à l’ascenseur social”. “Je souhaite que toutes les personnes qui rentrent dans la gendarmerie, dès lors qu’elles en ont l’ambition, puissent monter en grade, de gendarme adjoint volontaire jusqu’à général”, poursuit-il.

Cet ascenseur social fonctionne déjà dans la Gendarmerie. La nouvelle cheffe de la Garde nationale, la générale Anne Fougerat, a ainsi débuté comme gendarme, il y a trente-deux ans. Le directeur général souhaite visiblement amplifier le phénomène, qui fait des envieux du côté de la Police, à travers notamment le dispositif d’avancement semi-automatique.

Enfin, la troisième piste pour améliorer le bien-être des gendarmes passe, pour le directeur général, “par la solidarité dans les moments difficiles”. “On a coutume de dire que la Gendarmerie est une famille, ajoute Richard Lizurey. Cela a des mauvais côtés mais aussi des bons et mon travail consiste à développer ces bons côtés.” Le directeur général n’a toutefois pas détaillé ses pistes pour la cohésion.

La question du logement

Véhicule de la Gendarmerie à Vence (Photo d'illustration S.D L'Essor).
Véhicule de la Gendarmerie à Vence (Photo d’illustration S.D L’Essor).

En mentionnant ces trois pistes, le directeur général n’a pas éludé les autres leviers existants, tels que la mise à disposition de nouveaux outils de travail et l’amélioration des infrastructures. Mais le patron des gendarmes n’a pas vraiment, sur ces sujets, les coudées franches, la faute à un budget serré.

La commission d’enquête sur l’état des forces de sécurité intérieure du Sénat s’était ainsi inquiétée en juillet 2018 de la vétusté des casernes de Gendarmerie et de la dégradation du parc automobile. “L’engagement du gendarme est proportionnel au bien-être qu’il peut avoir dans sa vie personnelle, avertit la députée Aude Bono-Vandorme. C’est pourquoi son cadre de vie doit être amélioré et les moyens affectés à ses missions modernisés.”

Lire aussi sur L’Essor : La vétusté des casernes de Gendarmerie inacceptable pour les sénateurs

En la matière, il y a fort à faire. Les gendarmes peuvent certes se réjouir d’une augmentation de quatre millions d’euros pour l’immobilier domanial, avec 105 millions d’euros prévus en 2019 pour le dossier du logement. Mais cela sera-t-il suffisant ? “Si le budget de l’immobilier de 2018 est reconduit en 2019, vous savez comme moi que ce budget ne pourra pas satisfaire tous les besoins qui s’expriment, en dépit de tous les efforts consentis”, a déjà avertit la députée Aude Bono-Vandorme à l’adresse du directeur général.

Gabriel Thierry

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7 Commentaires

  1. stephan

    Enfin un directeur général de la gendarmerie qui prend réellement en compte la charge opérationnelle accrue des gendarmes et les syndromes d’épuisement professionnel de ses personnels.

  2. JEV

    Bravo mon général, il était temps qu’un officier supérieur OSE s’insurger sur ces astreintes… Astreintes non rémunérées, alors que les policiers eux le sont ou des RTT. Il serait temps que les hauts gradés de la Gie. montent au créneau et défendent leurs subordonnés… Ces derniers devraient savoir que sans les gendarmes de base il n’y aurait pas de Gendarmerie, donc, pas de hauts gradés et encore moins de généraux… Alors, soyez reconnaissants et ne les oubliez pas… Un gendarme retraité des années 2000… Qui a eu comme colonel le général Soubelet en AVIGNON à l’EDSR…

  3. Bigot

    Merci mon général de penser au bien être de vos troupes mais cela sera t’il suffisant d’en parler?

  4. Le problème (pour l’état) c’est la Directive Européenne 2003/88 qui considère l’astreinte postée comme temps de travail. Ça fait grand bruit chez les Pompiers depuis plusieurs mois.

    Cet état du Droit Européen a été rappelé plusieurs fois à la France par l’EU. L’état Français avait pris l’engagement de transposer la directive avant fin 2017 mais ne l’a )as fait.

    Tout cela a été clairement mis en avant dans un rapport du Sénat publié en avril 2018.

    Voir ici : https://www.facebook.com/notes/ssiapcom/un-avis-motivé-a-été-adressé-à-la-france-par-la-commission-européenne-le-25-sept/1981466731875472/?

    • DOUDOU

      Exact, lUE impose que les astreintes soient rémunérées et dans un meme temps on nous ditqu on veug nous suplrimer des astreintes…

  5. Gaétan

    Dans l’idée c’est bien mais comme toujours, au niveau Direction Générale on met des choses en place qui ne sont pas suivi par les chefs de terrain. Eux, ils tiennent absolument aux maintiens des astreintes de leurs subordonnés au même niveau et à ne pas laisser davantage de quartiers libres alors que la DG veut l’inverse. Il y aussi la faute à ceux qui disent “de mon temps, à mes débuts en Gendarmerie c’était comme ça…” et qui ne veulent pas faire avancer les choses !

  6. 2.0

    Il est bien dommage que les commandants d’unité et les officiers de compagnie n’obéissent pas aux ordres de la direction générale. Il est tout aussi dommage qu’à l’échelon local rien ne soit fait par les personnes au commandement pour assurer la sécurité et l’équilibre des personnels. Pire, lorsqu’un commandant d’unité réduit les astreintes et favorise l’équilibre de ses hommes, il est pointé du doigt, taxé de faible et de rebelle. la Gendarmerie n’est pas une famille. C’est devenu un métier ingrat, bercé de l’ingratitude des Officiers des compagnies et des groupements, et de l’inefficacité des CCB.
    Quand on voit que chaque texte est déformé par la simple mention du “si le service le permet”. Il est aisé et quasi obligatoire pour un gradé supérieur ou officier de dire que le service ne permet jamais d’aller dans le sens des personnels, si on veut son galon et la paix… Sinon, c’est déferlement de haine, de pression, de menaces, et j’en passe…
    Les suicides dans l’arme sont très certainement dus à des malaises dans la Gendarmerie, et souvent à cause des personnes au commandement qui n’ont de cesse de regarder leur nombril et de vouloir faire beau pour leur petite carrière, en détruisant celle des autres dont la compétence les écraserait si elle pouvait sortir de l’ombre.

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