lundi 23 novembre 2020
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Le général de brigade, alors colonel Lonel Lavergne (Capture d'écran Assemblée nationale).
Le général de brigade, alors colonel, Lionel Lavergne (Capture d'écran Assemblée nationale).

Le général Lavergne mis en cause par Mediapart pour des liens passés avec le milieu corse

Le général Lionel Lavergne, ancien patron de la sécurité rapprochée du président de la République, avait-il des accointances connues avec le milieu corse avant d’être nommé à ce poste ultra sensible? C’est en tout cas la thèse défendue par Mediapart dans une longue enquête publiée ce jeudi 12 novembre. 

Les journalistes Brendan Kemett et Matthieu Suc, deux fin connaisseurs du grand banditisme, signent cet article. Selon eux, c’est en surveillant en 2014 Dominique Luciani, un homme qu’ils suspectent d’être un tueur à gages pour le milieu corse, que les policiers ont la surprise de l’entendre évoquer “un ami gendarme”

Le suspect appelle “Lionel”

L’homme sur écoute précise qu’il “va avoir un super boulot, ça va être bon pour nous”. Il laisse ensuite entendre à son interlocuteur qu’il a, selon Mediapart prise sur le militaire pour des affaires de vie privée. Quelques jours plus tard, le suspect appelle un certain “Lionel”. La ligne de ce dernier est reliée à un site du ministère de la Défense. Surtout, les policiers font écouter l’enregistrement à un de leur collègue qui connaît le gendarme sans lui dire de qui il s’agit. Selon Mediapart, le policier identifie aussitôt Lionel Lavergne. 

Ce dernier arrive le 14 décembre 2014 au groupe de sécurité de la présidence de la République dirigé par la commissaire Sophie Hatt dont il devient l’adjoint. La règle qui prévalait alors était qu’un gendarme et un policier occupent les postes de chef et d’adjoint. L’adjoint succédant au chef, une alternance était ainsi de mise entre les deux institutions à ce poste prestigieux et stratégique. Mais Sophie Hatt s’éternisa à son poste. 

Une promotion qui s’éternise

A  l’époque, l’hypothèse qui courait dans de nombreux médias, dont L’Essor, était que cette dernière s’accrochait à son poste. Pour Mediapart, c’est en réalité le lien avec le milieu corse qui a valu à Lionel Lavergne d’attendre deux ans cette nomination. 

Lire aussi: L’amer quinquennat des gendarmes de l’Elysée

Comment expliquer que l’officier de Gendarmerie ait pu se maintenir à l’Elysée et même prendre la tête du GSPR en mars 2017 malgré ces accusations? Selon Mediapart, c’est en raison de l’influence que lui donnerait son appartenance au Grand Orient de France. L’article précise que le gendarme ferait partie de la même loge que Dominique Luciani. 

Mediapart ne précise pas comment les deux hommes se seraient rencontrés mais rappelle que le général Lavergne a commandé le groupement de gendarmerie de la Haute-Corse entre 2009 et 2012.

L’affaire Benalla et la sécurité de l’Elysée

L’article précise que les policiers ont arrêté Dominique Luciani le 27 novembre 2014 en compagnie du parrain corse Jean-Luc Germani. Cela lui vaudra une mise en examen pour “recel de malfaiteurs” et, en juin 2020, un renvoi devant le tribunal correctionnel.

Lire aussi: Le général Lavergne mis hors de cause dans l’affaire Benalla

De son côté, le général Lavergne a été pris dans la tourmente de l’affaire Benalla. La commission d’enquête sénatoriale sur ce sujet l’a mis en cause, une accusation dont la justice le lavera plus tard. Cet ancien du GIGN a ensuite piloté la réforme de la sécurité élyséenne qui a suivi. Il est, depuis mai 2019, adjoint au directeur des opérations et de l’emploi (DOE), un poste stratégique au sein de l’Institution.

Lire aussi: Trois gendarmes, dont Lionel Lavergne, décorés par Emmanuel Macron

Le général Lavergne – qui n’a pas souhaité réagir – conserve en tout cas la confiance du chef de l’Etat. Celui-ci lui a en effet décerné en personne son insigne d’officier de la Légion d’honneur le 8 juillet 2019 dans la Cour d’honneur des Invalides.

MG

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Un commentaire

  1. hirondelle

    Les faits rapportés par Médiapart datent de 2014.
    S’ils avaient permis une quelconque mise en cause du gendarme, les policiers comme les magistrats saisis auraient poussé leurs investigations bien plus loin. C’est bien là où le bat blesse dans la diffusion de l’information.
    En effet, les écoutes téléphoniques font généralement apparaître un grand nombre de correspondants dont il apparaît au fil des vérifications qu’ils n’entrent pas dans le cadre de l’objet de l’enquête.
    D’ailleurs, il y’a longtemps que la discrétion des liaisons téléphoniques n’est plus de mise ce que n’ignore pas le monde de la délinquance, du terrorisme, de la politique avec l’épisode de M. Bismuth, enfin des médias.
    Ce qui conduit peu ou prou ce monde à faire de la diversion par des propos d’esbroufe !
    Quel est l’objectif visé par le média ? Un remake de l’affaire des écoutes des irlandais de Vincennes avec une source d’information différente mais un objectif similaire. Ou simplement un contrefeu allumé après le départ contraint de membres de la hiérarchie de la PJ corse après des fuites en direction de ceux qu’elle devait interpeller.
    Trois ans d’investigations pour sortir une information qui n’ayant pas trait à un ”Cold Case” a peu de chances de modifier le cours des choses. ”Le silence seul est le souverain mépris” la sage voie suivie par le général Lavergne.

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