dimanche 20 septembre 2020
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Photo d'illustration (Crédit photo: Microsiervos / Flick).

Le chef des cybergendarmes plaide pour un encadrement du bitcoin et de ses variantes

Attention, il devient indispensable “de légiférer pour encadrer les crypto-actifs. Ce message d’alerte, c’est le chef des cybergendarmes qui le lance.

Éric Freyssinet, alors chef de la division de lutte contre la cybercriminalité de la Gendarmerie, lors du FIC 2013, à Lille, à droite de Pierre-Luc Réfalo (Photo M.GUYOT/ESSOR).
Éric Freyssinet, alors chef de la division de lutte contre la cybercriminalité de la Gendarmerie (Photo M.GUYOT/ESSOR).

Le colonel Eric Freyssinet, le chef du pôle national de lutte contre les cybermenaces, vient en effet de signer un texte publié dans les Annales des Mines en ce début du mois de septembre. Il y plaide pour une régulation plus forte des crypto-actifs, le plus connu étant aujourd’hui le bitcoin. Ce sont des actifs numériques, aujourd’hui en plein essor, qui ont été créés grâce à l’utilisation de technologies de cryptographie.

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L’intérêt de l’officier de Gendarmerie pour les crypto-monnaies n’est pas étonnant. L’Arme et le centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) suivent de près ce sujet. En janvier, le patron des gendarmes, le général d’armée Christian Rodriguez, avait également annoncé l’arrivée d’enquêteurs spécialisés sur ces actifs, les Fin-Tech. L’intérêt de cette spécialisation numérique ? Pouvoir identifier les transactions, mener des enquêtes cyberpatrimoniales et surtout saisir des actifs. Mais pour Eric Freyssinet, le risque autour des crypto-monnaies dépassent ces seules enquêtes judiciaires. Ces actifs numériques pourraient devenir, craint ce gendarme, une prise de choix pour certains délinquants numériques ayant l’ambition de “créer petit à petit leurs propres territoires autonomes dans l’espace numérique”.

Lire aussi: Numérique: ce qui change pour les gendarmes

Risque d’une prise de contrôle

Le nouvel écusson du C3N (Crédit photo: DR).
Le nouvel écusson du C3N (Crédit photo: DR).

Les crypto-actifs – dont le bitcoin, créé en 2009 – se présentent bien souvent comme une alternative aux systèmes monétaires existants. Dans les faits, c’est également un moyen de paiement à distance prisé par certains délinquants. Ils l’utilisent ainsi pour blanchir leurs revenus. Pour Eric Freyssinet, “malgré leur caractère décentralisé, l’administration de ces crypto-actifs est souvent centralisée au sens où un nombre limité de personnes maîtrise leur fonctionnement (les mécanismes de création crypto-monétaire). On peut donc imaginer une prise de contrôle intégrale de l’un de ces crypto-actifs”, par exemple par un réseau mafieux. En clair, les crypto-monnaies sont fragiles. Jeunes, elles pèsent pourtant déjà un bon poids. La Banque de France, dans une note récente, évaluait l’encours de l’ensemble des crypto-actifs à 175 milliards d’euros, dont 68% environ pour le seul bitcoin.

Une prise de contrôle serait en effet très inquiétante. Car, poursuit Eric Freyssinet, un tel pouvoir constitué autour d’une indépendance virtuelle – une crypto-monnaie associée à par exemple une place de marché, le tout hébergé de façon mouvante sur des plateformes d’entreprises légitimes de l’économie numérique – présenterait “de forts risques d’influence sur les Etats légitimes, par la corruption et la consolidation d’économies parallèles fortes“.

Transparence des organes de contrôle

Capture d'écran du site internet faisant la promotion du téléphone EncroChat.
Capture d’écran du site internet faisant la promotion du téléphone EncroChat.

La conclusion du cybergendarme? “Afin de répondre à ce risque, plusieurs actions sont indispensables : la détection et le démantèlement de telles tentatives d’autonomisation cybercriminelle dans l’espace numérique, et la construction de nouveaux outils juridiques pour y faire face, sans freiner l’innovation et l’investissement légitimes.” Plus spécifiquement, pour les crypto-actifs, le gendarme juge nécessaire de travailler sur la transparence des organes de contrôle de ces cyber-monnaies.

Lire aussi: Le coup de maître des cybergendarmes contre le réseau téléphonique chiffré EncroChat

Un avertissement qui fait d’ailleurs écho à la dernière grande opération des gendarmes, Encrochat, en juillet dernier. Les polices françaises et néerlandaises, sous la houlette de l’agence européenne Europol, avaient réussi à pénétrer un réseau téléphonique chiffré très prisé par des réseaux criminels qui croyaient avoir trouvé là un espace numérique hors de portée des autorités légales.

GT

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