L'Essor

Le chaud dossier de la coordination de la BRI, du GIGN, et du Raid

Photo d'illustration (GIGN).

Photo d'illustration (GIGN).

C’est une petite phrase qui fait du bruit. Interrogé sur BFM ce mercredi 24 mai sur la question d’une éventuelle fusion des forces d’intervention, la BRI, le Raid et le GIGN, Gérard Collomb a répondu que « tout est sur la table ».

Faut-il comprendre que le ministre de l’Intérieur annonce un rapprochement des forces d’intervention ? Non, répond fermement à « L’Essor » la Place Beauvau pour couper court à toute polémique sur ce dossier, un vieux serpent de mer du ministère de l’Intérieur.

A défaut d’une annonce choc sur ce sujet dans sa première grande interview à un média, Gérard Collomb a souligné la méthode qui va guider son action Place Beauvau. « Ce qu’il faut, c’est de l’efficacité », explique-t-il.

« Nous avons un problème de sécurité qui est maximal », rappelle le ministre de l’Intérieur. Et d’indiquer qu’il s’agit « de regarder notre organisation [des forces de sécurité] et d’essayer de la transformer pour qu’elle soit plus efficace ».

Un schéma national d’intervention

Le maintien à un niveau élevé de la menace terroriste, comme l’a montré l’attentat de Manchester, l’arrivée d’une nouvelle équipe à la tête de l’État… Le passage en revue de l’organisation des forces de sécurité s’impose aux pouvoirs publics.

Le ministère de l’Intérieur pourra-t-il faire l’impasse d’une réflexion sur la question cruciale de la coopération des unités spéciales, un an après la mise en place du nouveau schéma national d’intervention ? Présenté par Bernard Cazeneuve en avril 2016, ce plan vise à « optimiser la réponse à une crise majeure », met en place une « procédure de concours capacitaire d’une unité au profit d’une autre » et instaure « une procédure d’urgence absolue ».

Mis au point par l’unité de coordination des forces d’intervention avec les directions compétentes, le schéma national d’intervention a entraîné la création d’antennes du GIGN pour la Gendarmerie. Côté police, de nouvelles unités du Raid en province ont également été créées, tandis que les effectifs de la BRI de la préfecture de police de Paris ont eux été multipliés par deux. Un maillage renforcé du territoire, quitte à créer de nouvelles cohabitations, comme à Toulouse, où une antenne du Raid voisine avec l’antenne régionale du GIGN.

Le SCSI dénonce la dualité des forces

Ce dispositif peut-il être amélioré ? Philippe Capon, le secrétaire général de l’Unsa-Police, remarque qu’en cas de rapprochement des forces d’intervention, il faudrait tout d’abord fusionner la BRI et le Raid, cette dernière unité et le GIGN étant elles jugées « complémentaires ». Interrogé, le SCSI-CFDT, estime lui qu’il reste encore du travail à faire pour mieux coordonner la police et la gendarmerie nationales. « Nous dénonçons depuis longtemps la dualité de nos forces, les doublons, la concurrence défavorable à la sécurité de nos concitoyens », explique à « L’Essor » le syndicat des cadres de la sécurité intérieure.

Le ministre de l’Intérieur a cependant exclu, sur BFM, tout rapprochement entre police et gendarmerie. « Nous avons beaucoup progressé ces dernières années, et je vois sur le terrain une complémentarité qui est parfaite », souligne Gérard Collomb. Mais, « en même temps », poursuit-il, « il faut que la coordination soit totale et qu’il y ait une continuité entre l’action de la police et de la gendarmerie ».

Gabriel Thierry

Etat d’urgence, mesures de renforcement, ou encore centre de coordination… A l’issue du conseil de défense et de sécurité nationale du mercredi 24 mai, la présidence de la République a annoncé plusieurs mesures. Le Parlement va ainsi être saisi en vue de prolonger l’état d’urgence, qui arrive à échéance le 15 juillet, jusqu’au 1er novembre. De même, un nouveau texte législatif va être préparé, « dans les prochaines semaines », pour « proposer des mesures de renforcement de la sécurité face à la menace terroriste hors d’état d’urgence ». Enfin, la mise en place d’un centre de coordination des services engagés dans la lutte contre le terrorisme est attendue pour le 7 juin. Lors de la campagne électorale, Emmanuel Macron avait promis la création d’une « cellule spéciale du renseignement anti-Daech, permanente, de 50 à 100 agents, associant les principaux services de renseignement, placée auprès du président de la République ».