L'Essor

Le Chant des partisans, des Russes blancs aux Gilets jaunes

L'une des guitares d'Anna Marly, la compositrice du Chant des partisan (Photo Musée de l'Ordre de la Libération)

L'une des guitares d'Anna Marly, la compositrice du Chant des partisan (Photo Musée de l'Ordre de la Libération)

C’est l’un des plus forts symboles de la Résistance. Le musée de l’Ordre de la Libération à Paris propose jusqu’au 5 janvier 2020 une exposition inédite sur Le Chant des partisans, qui fit le tour du monde.

Lionel Dardenne, le commissaire de l’exposition raconte. Le 30 mai 1943, Joseph Kessel, d’une famille de Russes blancs, et son neveu Maurice Druon, le futur académicien, écrivent en quelques heures à Londres Le Chant des partisans (“Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines”).

Les deux hommes ont travaillé sur une musique d’Anna Marly, également de parents Russes blancs. Engagée dans la France Libre à Londres, cette jeune femme a composé la musique en 1942 en hommage aux “Partizans” soviétiques qui combattent derrière les lignes de l’armée allemande.

Anna Marly chante, accompagnée de sa guitare, dans les cabarets, ce chant sur des paroles en russe. En mai 1943, l’émission “Honneur et Patrie”, diffusée par Radio Londres, se cherche un indicatif. Ce sera la mélodie d’Anna Marly, sifflée par trois Français libres à Londres. Détail important, cet air sifflé traverse les brouillages allemands, le rendant très audible en France occupée.

Un chant anonyme dans le maquis

Il ne restera plus qu’à mettre des paroles en français sur la musique. Les paroles initiales de Kessel et Druon seront modifiées par Emmanuel d’Astier de la Vigerie quelques jours plus tard pour lui donner une coloration plus maquisarde. Ce texte, apporté de Londres par d’Astier de la Vigerie, parachuté en France occupée, sera publié clandestinement par le journal résistant Libération. Sans mention des noms de sa compositrice et de ses paroliers.

Après la Libération, ce chant va connaître une popularité inattendue. En 1945, une poignée de volontaires coréens en lutte contre l’occupant japonais en fait son chant de marche. Un chant également repris plus tard par les combattants vietminhs et … par les partisans de l’Algérie française. En 1962, Le Chant des Partisans est le seul chant dont l’enseignement est obligatoire dans les écoles, avec La Marseillaise et Le Chant du départ.

Montand, Hallyday et Cohen

Pendant la guerre, Germaine Sablon, sœur du chanteur Jean Sablon, avait été la première à interpréter le chant devant les unités de la France Libre. Parmi les autres interprètes, on comptera plus tard Joséphine Baker, Yves Montand, les choeurs de l’Armée rouge, Johnny Hallyday, Mireille Mathieu, le Chœur de l’Armée française. Et même … Leonard Cohen, le célébrissime chanteur canadien. A chacun de ses récitals en France, il terminait son concert par le Chant des Partisans, mêlant l’anglais et le français.

Aujourd’hui, sur leurs ronds-points ou dans leurs manifestations, les Gilets jaunes entonnent ce chant avec leurs propres paroles et dans plusieurs versions : “Ami, entends-tu le vol noir de la finance sur nos payes“; “Macron, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne?”.

PMG

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