lundi 30 novembre 2020
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Le professeur Samuel Paty, assassiné pour avoir montré des caricatures en classe (Crédit photo: DR).

L’ancien gendarme Médéric Chapitaux alerte sur la radicalisation dans le sport après l’assassinat de Samuel Paty

L’ancien gendarme Médéric Chapitaux, devenu sociologue, est l’un des experts de la radicalisation dans le sport. L’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty vient conforter l’une de ses observations. Encore une fois, l’auteur de l’attentat, le jeune Abdoullakh Anzorov, pratiquait les arts martiaux. Un facteur aggravant selon ce chercheur en matière de radicalisation.

Médéric Chapitaux (Crédit photo: DR).

L’Essor: Abdoullakh Anzorov, l’auteur de l’assassinat du professeur Samuel Paty, était membre d’un club de lutte. Est-ce un élément significatif pour vous?

Médéric Chapitaux: Pour le moment, c’est compliqué à dire du point de vue de l’enquête. Nous en saurons plus avec l’avancée des investigations. Mais oui, cela interpelle, car cela renvoie à des indicateurs déjà connus. On retrouve en effet quasi systématiquement la pratique des arts martiaux et des sports de combat dans le CV des auteurs des attentats en France. Durant mes travaux de thèse, les chefs des services de renseignement que j’ai rencontré m’ont toujours exprimé leur inquiétude par rapport à la pratique des sports de combat. C’est devenu un risque aggravant en matière de radicalisation. Mais tant que nous n’aurons pas des éducateurs sportifs, notamment dans les clubs de sports de combat, formés à détecter les signaux faibles, on se prive de capteurs utiles alors que le sport est justement peut-être l’un des milieux les plus difficiles à surveiller.

Pourquoi cet intérêt pour les sports de combat?

Il y a deux éléments à prendre en compte. D’une part, je suis convaincu que les radicalisés répondent à une commande. Sur internet, un document circule sur “Comment se préparer au djihad” – au passage, notons que le terme de djihad est totalement dévoyé dans son utilisation par les terroristes. Une des directives de ce document est d’aller faire des arts martiaux pour se préparer. D’autre part, les individus qui pensent qu’ils vont affronter les policiers, les gendarmes ou les forces d’intervention d’élite comme le GIGN veulent se préparer pour équilibrer le futur rapport de force. C’est, comme le disait le lieutenant de vaisseau Georges Hébert, “être fort pour être utile”.

Vous avez été auditionné sur la question de la radicalisation dans le sport par des parlementaires, avez-vous eu l’impression d’être entendu?

Oui et non. J’ai été entendu par les deux commissions lancées sur ce thème. Celle des députés a repris l’une de mes propositions, tandis que celle des sénateurs a elle mentionné certaines pistes évoquées. Les parlementaires ont donc conscience de l’urgence de se saisir de cette problématique. Mais après, la mise en application sur le terrain est longue. Il y a énormément de tensions et de blocages dans le changement des processus. Il faut par exemple redonner aux préfets le pouvoir de délivrer l’agrément jeunesse et sports aux clubs. Mais le ministère chargé des sports ne veut pas rétropédaler sur cette mesure de simplification prise en 2015, qui a privé les préfets de ce pouvoir. Pourtant nous devons impérativement avancer sur ce sujet.

Lire aussi: Lutte contre la radicalisation: la proposition d’un ancien gendarme reprise par deux députés

Propos recueillis par GT.

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