vendredi 13 décembre 2019
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Un policier du Raid et un gendarme du GIGN échangent lors d'un exercice commun à Beynes (78). (M. GUYOT/ESSOR)
Un policier du Raid et un gendarme du GIGN échangent lors d'un exercice commun à Beynes (Illustration/MG/L'Essor).

La piste d’un commandement unique chapeautant le GIGN et le Raid refait surface

Aude Bono-Vandorme (Capture d'écran Assemblée nationale).
Aude Bono-Vandorme (Capture d’écran Assemblée nationale).

Sa proposition de création d’un commandement des opérations spéciales intérieures n’était pas passée inaperçue mais avait fait chou blanc. Un an après, la préconisation de l’ancien patron du Raid Jean-Michel Fauvergue refait pourtant surface. Elle est en effet reprise par l’une de ses collègues de l’Assemblée nationale, la députée de l’Aisne (LREM) Aude Bono-Vandorme. Un soutien qui a valeur de symbole. Après l’ancien policier, c’est cette fois-ci une élue spécialiste de la Gendarmerie qui soutient cette proposition.

Comme le député de Seine-et-Marne (LREM) Jean-Michel Fauvergue, Aude Bono-Vandorme plaide désormais pour un commandement des opérations spéciales intérieures. C’est l’une des dix recommandations de l’élue du Palais-Bourbon dans son rapport pour avis sur les crédits de la Gendarmerie publié il y a quelques jours. Ce commandement, estime la députée, garantirait “la bonne coordination des forces de Police et de Gendarmerie dans le cas d’une crise importante”. Une structure copiée sur ce qui existe depuis près de trente ans dans les forces armées, dotées d’un commandement des opérations spéciales depuis 1992.

Contre une fusion

Le GIGN lors d'un exercice à Eurosatory (crédit photo: Eurosatory).
Le GIGN lors d’un exercice à Eurosatory (crédit photo: Eurosatory).

La députée s’oppose à une fusion pure et simple des trois forces d’intervention majeures en France, la BRI de la Préfecture de police de Paris, le GIGN et le Raid. Mais elle estime qu’il est “impératif de mieux coordonner pour augmenter la complémentarité des forces d’intervention”. Les mots de l’élue sont durs. Elle déplore des “manques” dans la coopération initiée à travers le schéma national d’intervention.

Ce dernier, mis en place en avril 2016 par Bernard Cazeneuve, fait primer la proximité à la zone de compétence territoriale entre Gendarmerie et Police. Ce fonctionnement de la procédure d’urgence absolue n’irait pourtant toujours pas de soi. “Il dépend aujourd’hui de la bonne volonté des commandants d’unités qui, afin d’écarter une autre unité, peuvent décider de retenir l’information avant de la diffuser”, remarque Aude Bono-Vandorme.

Il y a un an déjà, l’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb s’était prononcé en faveur d’une telle réforme. Mais la recommandation de Jean-Michel Fauvergue n’avait pas été suivie d’effet. Ce dernier proposait que ce commandement unique soit dirigé alternativement par un gendarme et un policier. Le député, qui milite toujours pour son projet, estimait que cette nouvelle structure pourrait remplacer utilement l’Ucofi (Unité de coordination des forces d’intervention).

Lire aussi sur L’Essor : On a parlé du futur des forces d’intervention avec l’ancien chef du RAID, Jean-Michel Fauvergue

“Les planètes sont alignées”

Le nouvel homme fort de la Place Beauvau, Christophe Castaner, a déjà été interrogé par la commission des Lois de l’Assemblée nationale sur ce sujet, le 25 octobre. Sa réponse est pour le moins tiède.

“Je suis par principe favorable à tout ce qui pourra être fait pour améliorer la coopération opérationnelle entre nos forces d’intervention. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé aux différentes directions générales de ne pas hésiter à me faire des propositions sur les adaptations qu’elles jugeraient pertinent d’apporter à notre dispositif.” (Christophe Castaner)

Jean-Michel Fauvergue
Jean-Michel Fauvergue (Photo/GT/ L’Essor).

Pas de quoi inquiéter pourtant Jean-Michel Fauvergue sur l’avenir de sa proposition. “Les planètes sont alignées”, assure-t-il à L’Essor. “Ces derniers temps le directeur général Richard Lizurey est évolutif sur sa manière de concevoir le rôle de la Gendarmerie et des forces de sécurité intérieure, ajoute-t-il. Il faudrait que la Police nationale le soit également.

A la fin du mois de septembre, à l’occasion de la Saint-Michel, le patron des gendarmes a fait un discours remarqué au GIGN. Six mois après l’attentat de Trèbes, au cours duquel le colonel Arnaud Beltrame avait été tué par un terroriste dans un supermarché de l’Aude, il a confirmé que la direction de la Gendarmerie et le GIGN travaillait sur une nouvelle organisation de l’intervention.

Lire sur L’Essor : Après Trèbes, la gendarmerie planche sur une nouvelle organisation de l’intervention

La direction générale planche sur une relation plus étroite et plus fluide entre le GIGN central, les antennes GIGN (AGIGN) et les pelotons de sécurité et d’intervention de la gendarmerie renforcés (Psig Sabre), à même d’intervenir plus rapidement lors d’attentats en raison de leur implantation locale. Une réforme en entraînant une autre, la porte serait-elle ouverte pour la création d’un commandement unique? Cette hypothèse laisse sceptique un spécialiste de l’intervention affecté à la direction générale, peu convaincu de la pertinence de l’idée.

Gabriel Thierry (avec Matthieu Guyot).

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