L'Essor

La mise en garde de Jacques Hébrard sur la police technique et scientifique

La criminalistique a pris une place déterminante dans les enquêtes des gendarmes. Les sciences forensiques permettent aujourd'hui de résoudre de nombreuses affaires. (Photo: MG/L'Essor)

Jacques Hébrard, le père du pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, aujourd’hui en seconde section, s’inquiète des conséquences de la création d’un service à compétence nationale dédié à la police technique et scientifique. Sans esprit polémique, il appelle à “la vigilance”.

Le livre blanc sur la sécurité intérieure suggère en effet la création de deux services à compétence nationale. Le premier, rattaché à la Gendarmerie, serait dévolu au cyber, sans plus de précisions. Le second à la Police nationale et dédié lui à la police technique et scientifique. Une idée retenue par le ministre de l’Intérieur. “Je souhaite que la réflexion soit spécifiquement approfondie” sur ces deux propositions, dit Gérald Darmanin.

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Chantier bien avancé

Le nouveau service à compétence nationale chargé de la police technique et scientifique est en réalité un chantier bien avancé. C’est l’inspecteur général de la police nationale Éric Angelino qui mène les travaux de préfiguration. Ils doivent aboutir à sa création au 1er janvier prochain. Le nouveau service “doit contribuer à uniformiser les procédés de prélèvements et les méthodes développées sur les plateaux techniques, à penser en commun l’implantation des laboratoires, la carte des prestations offertes et les investissements à faire.”

Le livre blanc suggère de confier au nouveau service la mission d’uniformisation progressive de la doctrine générale d’emploi. Que ce soit en matière de protocoles d’intervention et de procédés de prélèvement, d’analyse et de comparaison. De même, l’Intérieur pourrait demander au service d’optimiser “les politiques d’acquisition d’équipements, en particulier les plus coûteux”. Autre suggestion, l’harmonisation des formations et la promotion des enseignements mutualisés. 

Liberté d’agir

Le risque pour Jacques Hébrard? Que l’institut de recherches de la Gendarmerie (IRCGN) soit “placé sous tutelle”. Et ne puisse plus dès lors ni innover ni investir librement dans de nouveaux équipements. C’est pourtant l’un des joyaux de l’Arme. “Ce qui a permis à l’IRCGN de se développer, c’est sa liberté d’agir”, rappelle le général de corps d’armée (2S) à L’Essor.

Le général Hébrard passe une dernière fois les troupes en revue avec le directeur général (Photo DR)

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Outre la place de l’IRCGN, la question des plateaux d’investigations criminalistiques inquiète également Jacques Hébrard. “Ce qui est au cœur du sujet, ce sont les moyens accordés à la rénovation des plateaux techniques, explique-t-il. Ce que je crains, c’est qu’à terme, ce soit des personnels de la Police nationale qui viennent faire des constatations pour la Gendarmerie”.

Une perspective encore lointaine. Mais qui doit retenir l’attention des décideurs au moment des discussions pour figer le périmètre, encore flou, du nouveau service à compétence nationale dédié à la police technique et scientifique.

La question du rapprochement des plateaux techniques de la Police nationale et des plateaux d’investigations criminelles de la Gendarmerie est un sujet ancien au ministère de l’Intérieur. Un rapport de la Cour des comptes de février 2017 préconisait “d’élaborer une carte commune des plateaux et des plateformes techniques de la Police et de la Gendarmerie”. “Le niveau global d’activité ne justifie pas l’existence de plus d’une centaine de plateaux”, ajoutaient les magistrats financiers.

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