mercredi 22 mai 2019
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Un fusil antidrones exposé à Eurosatory sur le stand de la Gendarmerie (DR).
Un fusil antidrones exposé à Eurosatory sur le stand de la Gendarmerie (DR).

La Gendarmerie accélère dans la lutte anti drones

Photo d’illustration (Crédit photo: GT/L’Essor).

L’été a été chaud dans la lutte anti drones. Un drone, télécommandé par l’organisation écologiste Greenpeace, s’écrase sur un bâtiment de la centrale nucléaire EDF de Saint-Vulbas (Ain), au début du mois de juillet. Puis, au début du mois d’août, une attaque avec des drones chargés d’explosifs vise le président vénézuélien Nicolas Maduro. Quelques jours plus tard, la Garde républicaine neutralise un drone un peu trop curieux, mais lui non armé, à proximité du lieu de villégiature du président français Emmanuel Macron, le fort de Brégançon (Var).

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Dans les rangs des spécialistes de la lutte anti drones, l’heure est à l’inquiétude. A Singapour, les meilleurs experts de la police se sont réunis, sous l’égide d’Interpol, pour faire le point lors d’un séminaire, à la fin août. “La possible utilisation de drones dans une attaque terroriste, contre une infrastructure critique ou des cibles molles, est une préoccupation croissante des forces de sécurité, s’inquiète l’organisation de coopération policière internationale. À mesure que les drones deviennent de moins en moins chers, nous nous attendons à une augmentation de cette menace.”

Savoir-faire de pointe

Un fusil de lutte antidrones utilisé par la Gendarmerie sur le circuit du Castelet (Capture d'écran vidéo Gendarmerie nationale).
Un fusil de lutte anti drones utilisé par la Gendarmerie sur le circuit du Castelet (Capture d’écran vidéo Gendarmerie nationale).

En France, la Gendarmerie a acquis un savoir-faire de pointe en la matière. Elle dispose d’une force de frappe conséquente. Selon nos informations, elle a déjà formé environ 200 opérateurs à la lutte anti-drones, répartis dans le corps des spécialistes des systèmes d’information et de communication (SIC) et la Garde républicaine, qui dispose d’une structure dédiée. L’Arme est très discrète sur son matériel. On sait tout au plus qu’elle a acheté plusieurs fusils anti drones, à différentes entreprises, en les perfectionnant avec l’aide du service des technologies et des systèmes d’information de la sécurité intérieure (STSI2).

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Cet été, les gendarmes spécialisés dans la lutte anti drones étaient ainsi discrètement présents sur le circuit du Castellet, pour le Grand prix de France de formule 1, à la fin juin. Ils étaient également dans les coulisses du festival de théâtre d’Avignon, pour le 14-Juillet ou encore, il y a quelques semaines pour sécuriser la braderie de Lille.

Hier, nous avons été confrontés à l’utilisation d’un drone, il s’est arrêté à une vingtaine de mètres de la piste, expliquait ainsi un gendarme à propos des opérations de sécurisation du circuit du Castellet. C’est un jouet qui n’a pas la possibilité de filmer mais qui est quand même à risques car il aurait pu tomber sur une voiture pendant les essais.” 

“Quasiment les seuls au ministère”

Ces spécialistes de la Gendarmerie ne chôment pas. Ils comptabilisent déjà 200 jours d’emploi en mission pour l’année 2018. “Nous sommes fortement sollicités car nous sommes quasiment les seuls au ministère de l’Intérieur, avec la Préfecture de police de Paris, à pouvoir fournir des moyens et à engager des capacités”, y compris dans la zone de compétence de la Police nationale, analyse le colonel Jean-François Morel, chargé de mission à la direction des opérations et de l’emploi et expert du sujet.

Les gendarmes ne sont pourtant pas les seuls à s’intéresser à la lutte anti drones en France. Mais les commandos de l’Air, équipés de fusils antidrones, sont tournés vers la protection de leurs bases aériennes et vers les opérations extérieures. Pour répondre à cette forte demande, la Gendarmerie a décidé de développer davantage sa force de frappe. Un projet est ainsi en cours pour renforcer les capacités de l’Arme, les répartir entre les différentes zones de défense et de sécurité et former de nouveaux opérateurs.

La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire dans le Cher (Photo/SD/L’Essor).

Si les gendarmes sont en pointe sur ce sujet, c’est qu’ils partent de loin. La Gendarmerie fait ses premiers pas opérationnels en matière de lutte anti drones lors de l’Euro 2016. Deux ans auparavant, le survol illicite de nombreuses centrales nucléaires, protégées par la Gendarmerie, avait montré l’actualité de cette nouvelle menace. La gendarmerie des transports aériens a ainsi ouvert 370 enquêtes pour des survols illicites depuis cette date.

De nouvelles armes en développement

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Louis Gautier, l’ancien secrétaire à la défense et à la sécurité nationale (Crédit photo GT/ L’Essor).

Aiguillonnés par le secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale, les ingénieurs se sont penchés sur cette nouvelle menace. Lanceurs de filets, laser et même l’expérimentation de l’utilisation de rapaces ont été étudiés. Le matériel mis au point par l’entreprise Roboost, qui dirige le projet Spid soutenu par les pouvoirs publics, a ainsi été testé par l’armée de l’Air, la Gendarmerie et le GIGN. Roboost commercialise depuis la fin 2016 une nouvelle solution, DroneBlocker. Cette dernière permet de prendre le contrôle d’un drone à distance. Elle a été également testée par l’administration pénitentiaire l’an passé.

Un autre outil emblématique de cette nouvelle spécialité, c’est le fusil brouilleur anti drones. En France, quelques sociétés se sont fait un nom sur ce marché de niche : Mc-Clic, MC2 Technologies, qui travaille avec le ministère des Armées, ou encore CS. Ces fusils fonctionnent sur le principe du brouillage des communications radio, le Wifi, ou le GPS, pour neutraliser les drones visés. “Le fusil provoque un brouillage radio qui empêche le drone de communiquer avec son pilote”, explique à L’Essor Antoine Gryczja, directeur commercial chez MC2 Technologies. Le drone peut alors rester en vol stationnaire jusqu’à l’épuisement de sa batterie ou revenir automatiquement à son point de départ.

Le Nerod de MC2 Technologies (Crédit photo: MC2 Technologies).
Le Nerod de MC2 Technologies (Crédit photo: MC2 Technologies).

En octobre prochain, les industriels qui comptent dans cette niche vont se réunir pour un séminaire organisé dans le Var par le pôle de compétitivité Safe. Ce marché prometteur aiguise les appétits des entreprises. Pourtant, les industriels peinent à vendre leurs fusils high-tech. Leur utilisation est sévèrement contrôlée : seules les forces de sécurité et de défense peuvent utiliser ce type d’engins. Et les acheteurs publics, comme les gendarmes, sont d’une prudence de sioux face à des technologies qui évoluent très vite.

Si le drone est une technologie de masse low-cost, la technologie de la lutte anti-drone est elle au contraire très onéreuse, explique le colonel Jean-François Morel. Nous faisons des choix et nous faisons du benchmarking international pour gagner du temps et de l’expérience.” La neutralisation des drones par le brouillage du GPS pourrait ainsi être remise en question par de nouveaux types de drones, évoluant sans GPS. Pourtant, il faut faire vite. L’usage récréatif mal maîtrisé entraînant le survol malencontreux de sites sensibles passe désormais au second plan derrière le scénario du pire. Celui de combattants entraînés par Daech revenus sur le territoire national et préparés à une attaque utilisant un drone.

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Gabriel Thierry.

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