lundi 21 septembre 2020
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Philippe Cholous, dans ses activités de délégué pour le CICR (Collection Philippe Cholous)

La crise du coronavirus, vue depuis l’Afrique centrale par le colonel Philippe Cholous

Dans une interview éclairante accordée au site des membres de la Légion d’honneur, le colonel (ER) Philippe Cholous brosse le tableau de la crise du coronavirus en Afrique centrale. Un témoignage instructif.

Colonel Philippe Cholous (Crédit photo: DR).

Cette figure de la gendarmerie mobile a en effet rejoint en 2018  le Comité international de la Croix Rouge (CICR). L’organisation a nommé l’officier délégué pour les forces armées et de sécurité/Afrique centrale-Tchad. Son dernier poste dans l’Arme? Commandant en second du très stratégique groupement blindé de Satory.

“La réalité de notre quotidien est simple aujourd’hui, celle d’aller physiquement loin, par les pistes, en 4×4, vers les prisons, les casernes, les unités militaires et policières“, raconte Philippe Cholous dans cette interview. L’officier, plongé dans la crise du coronavirus, livre avec plusieurs véhicules, tous les trois mois, du matériel et des consommables pour lutter contre la pandémie. “L’objectif est d’éviter, d’une part, une hécatombe dans les prisons, d’autre part, que les forces armées et de sécurité ne deviennent victimes et vecteurs de la maladie dans leur action du quotidien, précise le colonel de Gendarmerie. D’autres délégués se concentrent sur les hôpitaux et les camps de réfugiés.”

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Les activités de Philippe Cholous bouleversées

Bien que l’Afrique soit pour l’instant relativement épargnée par le coronavirus, au regard de l’extension de la pandémie en Asie, Europe et en Amérique du Nord, les activités de Philippe Cholous en Afrique centrale ont bien été bouleversées par l’irruption de la Covid-19. “L’Afrique subsaharienne a pu se préparer et fait désormais face à l’extension du virus, avec lucidité, courage, pragmatisme et détermination. Le CICR étant en première ligne dans la gestion de cette crise, je me suis alors trouvé engagé directement et personnellement dans une action humanitaire d’urgence et de terrain, qui renvoie à l’essence même de l’action humanitaire traditionnelle, à sa vérité première”, constate sobrement Philippe Cholous.

L’organisation humanitaire suit ainsi de près l’évolution de la pandémie sur le terrain. L’Afrique centrale, avec des structures de santé faiblement dotées, et une économie locale plus difficile à confiner, pourrait constituer une cible de choix pour le coronavirus. Mais le continent noir a également des atouts face au virus. Ce sont la jeunesse de la population, le respect des règles de distanciation sociale, le lavage des mains et ou encore la résilience de ces habitants.

Premières conclusions

Après plusieurs semaines de crise, Philippe Cholous est arrivé à deux premières conclusions. “Les structures de santé et les responsables administratifs n’ont besoin ni d’être convaincus, ni d’expertises particulières, remarque-t-il. Les directives de l’Organisation mondiale de la santé sont simples et fondées aux yeux de tous. Nos partenaires disposent de bons praticiens.” Mais, poursuit l’officier, ils ont besoin en revanche “de matériels et de consommables, en masse : masques, dispositifs lave-mains, chlore, savons, gants, combinaisons de protection, etc.”

“La crise nous a imposé de décloisonner l’organisation et que chacun devienne un humble acteur de terrain, poursuit Philippe Cholous. Savoir répondre aux questions opérationnelles et logistiques est essentiel : où sont les besoins réels ? Comment simplifier procédures administratives et flux logistiques pour être dans le rythme de l’urgence ? Comme beaucoup, j’observe, dans ma boîte aux lettres électronique, une avalanche d’analyses stratégiques, d’études prospectives et de documents sur ce que l’on aurait dû faire, dont beaucoup sont retransmis in extenso, signe d’un monde virtuel éloigné de l’efficacité réelle, des actions simples et concrètes à réaliser impérativement sur le terrain.”

“Ai-je un mérite quelconque ? Non, conclut le colonel de Gendarmerie. Je suis rétribué pour cela. Cette activité est-elle de nature à faire rêver ? Non, rien d’exaltant, pas d’adrénaline… Rien que le service et l’espoir d’être utile à quelques-uns. Mais on y trouve finalement là une joie simple et un grand bonheur. Oui, décidément ‘la joie de l’âme est dans l’action’.” Une passion de l’engagement que l’officier a transmis à sa famille. Sa fille, médecin, a été en première ligne aux urgences en France pour venir en aide aux malades du coronavirus.

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Un commentaire

  1. Almeida Victor

    Entre « la joie de l’âme est dans l’action » et « l’avalanche d’analyses stratégiques » de théoriciens de la théorie dont très peu digèrent la lecture le choix est fait. Bravo pour votre engagement !

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