L'Essor

“J’ai pensé à commettre l’irréparable”: un gendarme témoigne à propos du suicide

Gendarmes lors d'une cérémonie aux Invalides (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Gendarmes lors d'une cérémonie aux Invalides (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Dans les couloirs de la direction générale de la Gendarmerie, à Issy-les-Moulineaux (92). (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Le séminaire consacré aux risques psycho-sociaux organisé ce jeudi à la direction générale de la Gendarmerie est visiblement très attendu. La publication de notre article, paru ce mardi 13 novembre, sur cette réunion de travail chargée de plancher sur le malaise des gendarmes, a suscité des réactions.

Lire aussi sur L’Essor : Info L’Essor – Suicide: la Gendarmerie va plancher sur le malaise des gendarmes

Un sous-officier de 50 ans a ainsi fait part à L’Essor de sa souffrance. “J’ai été harcelé au travail par mon commandant de compagnie”, explique cet officier de police judiciaire dans le sud de la France, en congé maladie depuis deux ans. “J’ai pensé à commettre l’irréparable mais heureusement, j’étais bien entouré”, poursuit-il.

Une pression “énorme”

Au-delà de son cas personnel, ce militaire insiste sur l’existence d’un problème plus général. “Je ne suis pas un cas isolé, assure-t-il. Beaucoup de sous-officiers n’en peuvent plus de certains petits chefs. Nous sommes dirigés par des gens qui ne pensent qu’à leur carrière.”

Et le sous-officier d’enfoncer le clou : avec “la politique du chiffre”, “nous avons une pression énorme”. “La gestion des hommes est une catastrophe, ajoute-t-il. Il faut que ça s’arrête. Il y a un profond malaise en Gendarmerie.”

Ce malaise est également ressenti du côté du commandement. Un colonel de Gendarmerie a ainsi confié à L’Essor sa crainte du suicide d’un de ses subordonnés. “Cela aurait voulu dire que je ne me serais pas rendu compte de ses difficultés”, souligne-t-il.

Plus de suicides

Illustration (MG/L’Essor).

Le drame des suicides des militaires de la Gendarmerie a pris une nouvelle dimension ces dernières semaines. Alors qu’il y a beaucoup plus de policiers que de gendarmes (148.670 policiers pour 95.587 gendarmes, selon le Sénat), le nombre de suicides est pour la première fois plus important dans l’Arme.

Lire aussi sur L’Essor : Suicides dans la Gendarmerie : 2018, une année déjà “extrêmement inquiétante” pour Richard Lizurey

L’Institution compte en effet, à la mi-novembre, 31 gendarmes ayant mis fin à leurs jours depuis le 1er janvier. La Police nationale, elle, déplore 30 suicides. En 2017, c’est la Police nationale qui avait connu une année noire, avec 50 suicides, contre 17 dans la Gendarmerie. L’ampleur du drame avait entraîné la création d’une commission d’enquête au Sénat. En faudra-t-il une nouvelle ?

Gabriel Thierry et Pierre-Marie Giraud.