lundi 27 mai 2019
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Gendarmes lors d'une cérémonie aux Invalides (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Gendarmes lors d'une cérémonie aux Invalides (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

“J’ai pensé à commettre l’irréparable”: un gendarme témoigne à propos du suicide

Dans les couloirs de la direction générale de la Gendarmerie, à Issy-les-Moulineaux (92). (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Dans les couloirs de la direction générale de la Gendarmerie, à Issy-les-Moulineaux (92). (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Le séminaire consacré aux risques psycho-sociaux organisé ce jeudi à la direction générale de la Gendarmerie est visiblement très attendu. La publication de notre article, paru ce mardi 13 novembre, sur cette réunion de travail chargée de plancher sur le malaise des gendarmes, a suscité des réactions.

Lire aussi sur L’Essor : Info L’Essor – Suicide: la Gendarmerie va plancher sur le malaise des gendarmes

Un sous-officier de 50 ans a ainsi fait part à L’Essor de sa souffrance. “J’ai été harcelé au travail par mon commandant de compagnie”, explique cet officier de police judiciaire dans le sud de la France, en congé maladie depuis deux ans. “J’ai pensé à commettre l’irréparable mais heureusement, j’étais bien entouré”, poursuit-il.

Une pression “énorme”

Au-delà de son cas personnel, ce militaire insiste sur l’existence d’un problème plus général. “Je ne suis pas un cas isolé, assure-t-il. Beaucoup de sous-officiers n’en peuvent plus de certains petits chefs. Nous sommes dirigés par des gens qui ne pensent qu’à leur carrière.”

Et le sous-officier d’enfoncer le clou : avec “la politique du chiffre”, “nous avons une pression énorme”. “La gestion des hommes est une catastrophe, ajoute-t-il. Il faut que ça s’arrête. Il y a un profond malaise en Gendarmerie.”

Ce malaise est également ressenti du côté du commandement. Un colonel de Gendarmerie a ainsi confié à L’Essor sa crainte du suicide d’un de ses subordonnés. “Cela aurait voulu dire que je ne me serais pas rendu compte de ses difficultés”, souligne-t-il.

Plus de suicides

Illustration (MG/L’Essor).

Le drame des suicides des militaires de la Gendarmerie a pris une nouvelle dimension ces dernières semaines. Alors qu’il y a beaucoup plus de policiers que de gendarmes (148.670 policiers pour 95.587 gendarmes, selon le Sénat), le nombre de suicides est pour la première fois plus important dans l’Arme.

Lire aussi sur L’Essor : Suicides dans la Gendarmerie : 2018, une année déjà “extrêmement inquiétante” pour Richard Lizurey

L’Institution compte en effet, à la mi-novembre, 31 gendarmes ayant mis fin à leurs jours depuis le 1er janvier. La Police nationale, elle, déplore 30 suicides. En 2017, c’est la Police nationale qui avait connu une année noire, avec 50 suicides, contre 17 dans la Gendarmerie. L’ampleur du drame avait entraîné la création d’une commission d’enquête au Sénat. En faudra-t-il une nouvelle ?

Gabriel Thierry et Pierre-Marie Giraud.

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15 Commentaires

  1. Reniaud Damien

    « Un colonel de Gendarmerie a ainsi confié à L’Essor sa crainte du suicide d’un de ses subordonnés ». Mdr perso le mien je pense que c’est le dernier de ses soucis vu sa manière d’agir. Enfin bref difficile de lutter contre une personne qui a tous les pouvoirs. Combat perdu d’avance… malheureusement.
    C’est si bien dit seule leur belle montée en grade compte pour ces hommes là. Le pv de synthèse est déjà pré rempli : suicide pour raisons personnelles.

    • Salut Damien, cela a été de tous temps. Gendarme à la B.T. de Selommes dans le Loir et Cher, entre 1971 et 1978. dans une brigade à 5, j’ai eu comme C.B. le M.d.L/Chef S., il m’en a fait tellement baver que j’avais demandé le rapport du Cdt de Compagnie, le Chef d’Escadron B., lors de l’entretien celui-ci m’a dit “un commandant de brigade, c’est comme le commandant d’un bateau, c’est le seul maitre à bord”. j’ai eu 9 dimanches de repos dans une année. Moi aussi, j’ai pensé me foutre en l’air.
      Heureusement que j’avais mon épouse et mes enfants, par ailleurs, celle-ci travaillant à la pzerception nous étions fréquemment invités par le percepteur, le directeur du Crédit agricole et le maire de la commune qui nous soutenaient.

  2. Blanchard

    Dans la Police, c’est bien sûr la même chose. On ne se suicide pas. On nous assassine. Les cadres sont formés à vous pousser vers la mort, lorsque vous devenez gênant ou pas assez dans le moule. L’igpn fait partie de système, broyeur de fonctionnaires et vous laisse mourir au milieu de cette jungle de gansters. Quelques criminels en haut lieu ont ainsi le contrôle et tout le monde se soumet naïvement ou se font acheter. Si vous résistez, tous les coups sont permis. On s attaque même à votre famille. On fait en sorte que vous perdiez tout. Même la vie….

    • LeJeune

      Dans la Police, c’est bien sûr la même chose… “on” ferme les yeux, “on” laisse le temps passer, “on” s’arrange pour retourner le linge sale vers le lanceur d’alerte : “vous n’y êtes pas” “vous dépassez votre sphère de compétence” “je ne peux rien faire contre…” “il va bientôt partir..” “je ne vous crois pas”,”vous bénéficiez d’une certaine autonomie, c’est à vous d’agir” …

    • ZOLET Robert

      Bonjour Blanchard entièrement d’accord avec vous. Je suis passé par là. Jeune Gendarme affecté sur la “cote d’azur” en 1977 plein d’illusions sur la probité de l’Arme, j’avais un CB ripou, mais le pire c’est qu’au-dessus c’était pareil. Ils faisaient partis d’un organisme de type mafieux Ordre du Temple Solaire OTS. Je ne pense pas que depuis cela ait changé, peut être le nom. C’est cette trahison qui a failli mettre fatale.

  3. JEV

    Mon commentaire sera simple… Un grand coup de pompes aux 6500 généraux!!!!

  4. Solexine

    Même cause, mêmes effets, au même âge que ce sous-off, j’ai moi aussi pensé à commettre l’irréparable. Au nom de la restructuration, et pensant que j’allais solliciter mon admission à pension de retraite, j’ai été muté d’office dans une unité difficile après une carrière dans les services.

    J’ai tenu bon mais j’ai eu droit à tout : harcèlement du Cdt de groupement qui faisait agir et rédiger le Cdt de compagnie qui n’attendait que çà, rédaction d’une fiche de comportement mensongère, incursion dans la vie privée et attaques infondées envers mon épouse.

    Je ne remercierait jamais assez le SAHEG (Stop au Harcèlement en Gendarmerie) et sa présidente dont l’action m’a fait sortir du service de psychiatrie au bout de 4 jours. J’avais en effet été hospitalisé sur ordre en milieu fermé alors qu’on m’avait fait croire qu’une consultation en milieu militaire me ferait recouvrer mon aptitude médicale.

    Si je suis encore là aujourd’hui, retraité depuis 2016, ayant été bien noté jusqu’au bout (on ne pouvait rien me reprocher), jamais puni, c’est aussi parce que j’ai été particulièrement bien entouré.
    J’étais pourtant prévenu, le major du groupement m’avait annoncé la couleur, il était prévu de me “descendre”.

    Mon épouse a écrit au ministre des droits de la femme suite aux écrits du Cdt de Cie pour raconter notre histoire. Le dossier a été transmis au ministère de la défense et un A/C du bureau du cabinet nous a dit verbalement qu’on ne lui répondrait pas car le dossier était “compliqué” et mettait en cause un officier supérieur.

    Je confirme que le harcèlement de la part des petits chefs etdes carrièristes, ce n’est pas nouveau. Rien n’a changé et je suis dubitatif sur “l’inquiétude” des responsables. Après tout, ça n’intéresse personne car tout le monde a ses problèmes…

    Le harcèlement en gendarmerie a encore de beaux jours devant lui.

    • Une carrière dans les services : planqué quoi. Je pense qu’il était normal que tes patrons te remettent en ligne. En ce qui me concerne : 35 ans de service, 35 ans sur le terrain, et ce n’était pas du 08 h 00 / 12 H 00 et 14 / 18 H 00.

  5. Baudouin stephane

    J’ai moi même passe 21 ans au sein de l’armée de l’air, mais ai eu la chance mes dernières années de carrière d’être bien entouré avec un très bon commandant d’unité, sinon je ne serai plus la pour en parler, heureusement que mon malaise n’avait pas eu lieu au début de ma carrière ça ce fut un réel cauchemar, avec effectivement des chefs qui ne pensaient qu’a leur carrière et qui vous broyaient si vous ne rentres pas dans le moule, j’ai même eu droit à un véritable harcèlement moral avec un chef qui m’attendait tous les matins à l’atelier a 8h en me promettant que je ne finirai pas l’année dans l’armée car il me coucherai d’une façon ou d’un e autre … ce fut dur et je me suis battu et avait finalement fini par obtenir le statut de sous officier de carrière au bout de 15 années.. . Alors vous avez mon soutien indéfectible et je vous admire car vous faites un travail très dur… merci d’être là pour nous pour nous protéger.. . Battez vous et merci…

  6. Domeignoz

    Je suis jeune sous-officier. Pendant 2 ans j’ai été harcelé par mes deux chefs…j’en était arrivée à me mettre à pleurer plusieurs fois par jour sans raison apparente..juste je craquais…j’ai aussi pensé à en finir mais heureusement les bonnes personnes m’ont tendue la main..j’ai appris hier que la commission me considérait inapte à exercer le métier de gendarme…ma carrière a été torpillé par deux c******* qui ne pensaient qu’à leur gueule…et le pire c’est que tout mes collègues étaient au courant mais jamais aucun n’a levé le petit doigt pour me défendre…Ce genre d’événement laisse des traces à vie…

  7. Marcaire

    je suis de tout coeur avec vous.Vous les subordonnés qui subissez le harcèlement d’incapables,et de plus la séparation trop fréquente de votre famille.

  8. Blessé en service à 49 ans, handicapé, trop vieux pour être formé pour aller dans un service, j’ai fini sur le terrain avec un major C.B. menteur et tricheur qui a gagné ses galons sur le dos des autres.

    • Solexine

      Ah je comprends mieux cette attitude. La jalousie si d’autres ont été reclassés et pas vous.

  9. thibault monique

    hélas ce n’est pas nouveau. En 1963, mère de 4 enfants. J’ai fait une hémorragie.) Le chef arabe nommé au moment du rapatriement des pieds noirs d’Algérie (il y en avais beaucoup nommé. Le gouvernement pensait qu’ils seraient restés au bled mais ils ont été rapatriés. Ce chef a refusé que mon Mari reste à la maison sous prétexte qu’il fallait surveiller la route car le Général de Gaulle passait. Il a fallu que ma doctoresse le menace de porter plainte pour NON ASSISTANCE à personne en danger pour qu’il autorise mon mari a resté à la maison. Ma fille avait 6 mois et l’ainé 8 ans. Mes parents n’étaient pas à proximité et à l’époque il n’y avait pas d’assistante sociale

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