L'Essor

Inquiétudes autour de la police judiciaire

Au Centre national de la formation à la police judiciaire (CNFPJ), en octobre 2018 (Crédit photo: GT/ L'Essor).

Des propos du patron des gendarmes Christian Rodriguez sur la police judiciaire ont inquiété des militaires. A tort? Explications.

Mi-décembre. En cette fin d’année, le directeur général Christian Rodriguez intervient au cours de plusieurs audioconférences. Ses interlocuteurs? Les commandants de groupement, puis les commandants de brigade et de compagnie. Des temps d’échange où le patron des gendarmes félicite ses troupes pour l’année écoulée. Et fixe des lignes directrices pour 2021.

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Le patron des gendarmes rappelle notamment l’importance, à ses yeux, du contact avec la population et de la présence sur le terrain. C’est précisément ce point qui a fait réagir des gendarmes. Car en substance, dans l’une des audioconférences, selon deux sources concordantes qui étaient présentes, Christian Rodriguez invite les militaires à laisser de côté certaines procédures judiciaires chronophages. En clair, il leur suggère de laisser au placard certaines affaires. Une invitation qui a suscité un certain émoi dans l’Arme. A l’image de l’association Eunomie qui en a déduit que la police judiciaire n’était plus une priorité. La mission de police judiciaire est pourtant un pilier de l’activité des gendarmes. Ils y consacrent environ 40% de leur temps.

“Rationaliser et prioriser”

Une déduction toutefois pas partagée. “Le message du directeur général, c’est qu’il faut rationaliser et prioriser”, tempère ainsi David Ramos, de l’association professionnelle nationale de militaires GendXXI. “Ce qu’il a dit, c’est que plutôt que de passer du temps sur des affaires qui n’aboutissent pas, il est préférable d’aller sur le terrain pour prévenir la commission de nouvelles infractions”, résume le gendarme. Un haut-gradé signale également à L’Essor que pour le directeur général, le centre de gravité de la Gendarmerie, c’est d’abord la brigade, la population et les victimes.

Dans cette audio-conférence, “le directeur général n’a pas parlé de la police judiciaire dans son sens générique, précise en outre un troisième gendarme. Il a rappelé que l’objectif principal était de répondre présent et d’être au contact de la population.” Sur le fond, ajoute ce militaire expérimenté, l’invitation du directeur général n’a rien de révolutionnaire. “Les procédures pour des petites plaintes, telles que des vols ou des dégradations sont parfois déjà clôturées quand la victime quitte la pièce où elle a été entendue”, rappelle-t-il. 

Faute de temps ou d’effectifs, certaines enquêtes qui paraissent difficiles à résoudre, comme par exemple des affaires de chèques volés, peuvent en effet être aussitôt remisées dans un placard dans les brigades. Car jugées moins prioritaires que la lutte contre les violences intra-familiales ou la prévention du terrorisme. A flux tendu, les unités territoriales, chevilles ouvrières de la Gendarmerie, ont d’ailleurs bien à faire. Signe de la tension dans les moyens, les détachements en brigade de recherches doivent désormais se limiter au strict nécessaire, rappelle d’ailleurs David Ramos. 

GT

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