lundi 1 mars 2021
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Au Centre national de la formation à la police judiciaire (CNFPJ), en octobre 2018 (Crédit photo: GT/ L'Essor).
Au Centre national de la formation à la police judiciaire (CNFPJ), en octobre 2018 (Crédit photo: GT/ L'Essor).

Inquiétudes autour de la police judiciaire

Des propos du patron des gendarmes Christian Rodriguez sur la police judiciaire ont inquiété des militaires. A tort? Explications.

Mi-décembre. En cette fin d’année, le directeur général Christian Rodriguez intervient au cours de plusieurs audioconférences. Ses interlocuteurs? Les commandants de groupement, puis les commandants de brigade et de compagnie. Des temps d’échange où le patron des gendarmes félicite ses troupes pour l’année écoulée. Et fixe des lignes directrices pour 2021.

Lire aussi: Vœux de Christian Rodriguez: “Nous sommes et nous serons toujours debout”

Le patron des gendarmes rappelle notamment l’importance, à ses yeux, du contact avec la population et de la présence sur le terrain. C’est précisément ce point qui a fait réagir des gendarmes. Car en substance, dans l’une des audioconférences, selon deux sources concordantes qui étaient présentes, Christian Rodriguez invite les militaires à laisser de côté certaines procédures judiciaires chronophages. En clair, il leur suggère de laisser au placard certaines affaires. Une invitation qui a suscité un certain émoi dans l’Arme. A l’image de l’association Eunomie qui en a déduit que la police judiciaire n’était plus une priorité. La mission de police judiciaire est pourtant un pilier de l’activité des gendarmes. Ils y consacrent environ 40% de leur temps.

“Rationaliser et prioriser”

Une déduction toutefois pas partagée. “Le message du directeur général, c’est qu’il faut rationaliser et prioriser”, tempère ainsi David Ramos, de l’association professionnelle nationale de militaires GendXXI. “Ce qu’il a dit, c’est que plutôt que de passer du temps sur des affaires qui n’aboutissent pas, il est préférable d’aller sur le terrain pour prévenir la commission de nouvelles infractions”, résume le gendarme. Un haut-gradé signale également à L’Essor que pour le directeur général, le centre de gravité de la Gendarmerie, c’est d’abord la brigade, la population et les victimes.

Dans cette audio-conférence, “le directeur général n’a pas parlé de la police judiciaire dans son sens générique, précise en outre un troisième gendarme. Il a rappelé que l’objectif principal était de répondre présent et d’être au contact de la population.” Sur le fond, ajoute ce militaire expérimenté, l’invitation du directeur général n’a rien de révolutionnaire. “Les procédures pour des petites plaintes, telles que des vols ou des dégradations sont parfois déjà clôturées quand la victime quitte la pièce où elle a été entendue”, rappelle-t-il. 

Faute de temps ou d’effectifs, certaines enquêtes qui paraissent difficiles à résoudre, comme par exemple des affaires de chèques volés, peuvent en effet être aussitôt remisées dans un placard dans les brigades. Car jugées moins prioritaires que la lutte contre les violences intra-familiales ou la prévention du terrorisme. A flux tendu, les unités territoriales, chevilles ouvrières de la Gendarmerie, ont d’ailleurs bien à faire. Signe de la tension dans les moyens, les détachements en brigade de recherches doivent désormais se limiter au strict nécessaire, rappelle d’ailleurs David Ramos. 

GT

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4 Commentaires

  1. hirondelle

    Le contenu des articles L 3211-3 du code de la Défense et L 421-1 du Code de la sécurité intérieure, dont le dernier reprend l’écriture originelle de la loi de 2009 sur la gendarmerie nationale, instaure le principe ‘’La police judiciaire constitue l’une de ses missions essentielles.’’
    Le DG ne peut à la fois remettre en cause le principe du texte, son élaboration réalisée sous la houlette de ses prédécesseurs, et s’asseoir ostensiblement sur un fondement de l’institution.
    Une enquête judiciaire peut être chronophage en personnel, en disponibilité, en financement. C’est si vrai que depuis de nombreuses années le robinet des frais de justice a déjà vu son débit ralenti et entre autres pour les analyses ADN, les écoutes téléphoniques …
    Serpent de mer vieux de plus de trente ans, le ratio coût / efficacité ressort cycliquement tant il est vrai qu’il faille par moment refréner des comportements mono maniaque d’enquêteurs véritables électrons libres sur des dossiers dont l’aboutissement n’est jamais avéré.
    Ensuite il y a des choix d’efficacité, privilégier la constatation d’une infraction fait par fait (Stups / Vols à l’étalage – Cambriolages par des ressortissants de pays de l’Est) ou la répression de leur organisation criminelle par l’étude et traitement des modes opératoires.
    L’impact sur les auteurs et surtout sur la population n’est pas le même, tout en concourant tant à l’image d’efficacité tactique et technique de l’institution.
    Il faut tenir aussi compte aussi de la vision du magistrat saisi, d’avocats, du levier d’associations proactives à voir des enquêtes justifier l’engagement de la gendarmerie et sans mégoter sur leur coût, tant l’impact médiatique est significatif.
    Les faits d’Ambert sembleraient faire apparaître une succession de hiatus, judiciaires et administratifs, dans le traitement d’une infraction qui en bout de chaîne a pu conduire à la mort de trois gendarmes.
    Peut on envisager que le DG et que la hiérarchie de tout niveau n’en ait pas conscience ?

    • palombe

      Bonsoir hirondelle,

      Pouvez-vous rapporter ici les propos exacts du Général Rodriguez ?
      Je n’ai pas fait partie des auditeurs des audioconférences du DGGN.
      Ils me permettront, ainsi qu’aux lecteurs, de juger de la justesse de votre commentaire.
      A vous lire.
      Bonne soirée.

      • palombe

        Bonsoir hirondelle,

        Vous n’avez pas rapporté les propos exacts du DGGN.
        J’insiste sur “exacts”…
        Dois-je en déduire que vous ne le pouvez pas parce que,en fait,vous n’en avez pas eu personnellement connaissance et que vous vous êtes basé sur des “on-dit” ?
        Si c’est le cas,vous auriez dû vous abstenir de pontifier.
        Bonne soirée.

  2. MICHELE HUART

    Je voudrai réagir sur les directives conseillées par Christion Rodriquez quant à “sélectionner” les interventions. Comment être à ce point en concensus avec l’exécutif en ayant la responsabilité de Chef de troupe alors que le moment serait de”préserver” votre identité !
    Etre au plus prés de la population pour créer du lien a été très souvent (pour ne pas dire toujours)votre ligne de conduite : analyser et comprendre “humainement” les situations avant de prendre les décisions.
    Il ne faudrait pas qu’aujourd’hui, sous l’influence de l’exécutif, la tendance s’inverse !
    “Notre engagement, votre sécurité” c’est votre devise.
    Si notre sécurité c’est d’agir dans la précipitation comme le font si bien (ou mal) d’autres corporations de Forces de l’Ordre en privilégiant une répression abusive, des verbalisations à tout va et le mépris envers la population plutôt que d’agir sereinement , alors Amis Gendarmes vous allez attiser la méfiance, perdre toute crédibilité envers la population et donc “ternir” l’image de votre Belle Institution. .
    Avant d’appliquer de manière drastique les consignes de Beauvau, je pense qu’il a matière à réflexion..!! SURTOUT pour les plus jeunes d’entre vous qui pensent (à tort) que pour préserver et assurer “l’avance de carrière” il faut d’avantage être “répressifs” que “humains”
    RESPECT ET SOUTIEN à nos amis Gendarmes

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