dimanche 27 septembre 2020
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L'adjudant-chef Cyrille Pagnoz (Crédit photo: Fred Jimenez / L'Est Républicain).

Incendies, scènes de crime ou autopsie: Cyrille Pagnoz raconte son quotidien de technicien en identification criminelle

Son quotidien, c’est des morts suspectes, des incendies ou des enquêtes sur la délinquance organisée. L’adjudant-chef Cyrille Pagnoz, 52 ans, vient de coucher sur papier son vécu dans un livre “Le gendarme et la mort”, publié aux éditions L’Harmattan. Affecté à la cellule d’identification criminelle de Besançon, le technicien en identification criminelle nous ouvre les portes de son univers. Interview.

Cyrille Pagnoz, quelle est votre dernière affaire suivie?

Avant mes congés, je suis intervenu pour un cambriolage dans un magasin de sport. Le préjudice était très important dans cette affaire. Nous avons dû retrouver le chemin suivi par les auteurs pour comprendre leur cheminement. Les incendies, c’est également une grande part de mon travail. Dans ce type d’affaire, cela peut parfois être compliqué de comprendre les causes du sinistre. Mais quand vous avez un incendie dans un bâtiment agricole, sans électricité et avec du fourrage ancien, l’hypothèse d’une origine volontaire du départ de feu se renforce.

Comment se déroule votre quotidien?

Ma semaine type, c’est un ou deux jours de permanence où il faut être prêt à intervenir sur tout type d’affaire: des homicides, la découverte de cadavres suspects ou pour prêter main forte à un camarade. Les autres jours, nous sommes bien sûr là en cas de besoin de renfort. Mais nous travaillons aussi en plateau technique pour rechercher des empreintes ou faire des prélèvements biologiques. On fait également de l’assistance pour les autopsies. Mais la part la plus importante de notre travail c’est la rédaction des actes. Pour une demie journée de constatations, c’est bien souvent une journée de rédaction.

Vous arrivez sur une affaire, que faites vous?

Quand j’arrive sur une scène de crime, je vais d’abord voir les enquêteurs sur place. Je leur demande la nature des faits, les pistes qu’ils suivent. Après je réalise une première reconnaissance des lieux. J’ai alors déjà revêtu la fameuse combinaison blanche qu’on lie à notre spécialité. Je commence à évaluer le travail et puis c’est parti. Cela peut être très long ou très rapide. Pour l’incendie d’une mairie, avec un camarade, en dix minutes nous avions compris ce qu’il s’était passé. Mais chaque affaire est différente. Il n’y en a pas deux identiques. A chaque fois, nous devons mettre des protocoles en œuvre, les adapter en fonction de la scène, de l’urgence… Notre fil conducteur, c’est la manifestation de la vérité.

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Comment êtes-vous devenu technicien en identification criminelle?

Je suis technicien en identification criminelle depuis quinze ans, soit en tout trente ans de Gendarmerie. Ce qui m’a plu, c’est le côté très concret, très précis, et un peu manuel de cette facette du métier de gendarme, tout en restant dans la police judiciaire – j’étais auparavant en brigade de recherches. Je suis désormais coordinateur criminalistique à Besançon et correspondant qualité région pour les plateaux techniques.

Quelles sont les affaires qui vous ont marqué?

En 2012, nous avons eu une grosse affaire: des tirs contre des gendarmes. C’était des camarades qui avaient été visés! Cela a été un volume de travail énorme. Une belle réussite, du bon boulot. Le major général s’était même déplacé. Mais au final, cela reste une affaire bien regrettable. Une autre affaire m’a marqué, sept ans plus tôt. J’ai dû faire usage de mon arme. C’était un dossier très particulier. Notre suspect dans une affaire d’homicide s’est retrouvé poursuivi par une bande de jeunes, certains équipés de battes de base-ball. Nous nous sommes retrouvés nez à nez avec cet homme, depuis condamné, et ses agresseurs. Nous étions quatre et nous avons dû faire usage des armes pour protéger le suspect.

Sous le regard expert des anciens gendarmes, des étudiants analysent une scène de crime. (Photo: ©Forensic Consulting France)
Sous le regard expert des anciens gendarmes, des étudiants analysent une scène de crime. (Photo: ©Forensic Consulting France)

En quinze ans, votre métier a évolué?

Oui. Les techniques évoluent, le matériel aussi. Aujourd’hui avec les plateaux techniques, tout est normé. C’est un métier qui n’arrête pas d’avancer. On le voit à travers les infos techniques diffusées par l’IRCGN. Exemple avec les méthodes de recherche d’empreintes digitales. Quand j’ai commencé nous utilisions des poudres. Puis progressivement, d’autres méthodes ont été introduites, comme le cyanoacrylate ou des colorants. Nous obtenons avec ces produits de meilleurs résultats et ils permettent de travailler sur tous les supports. Dans les séries télévisées, les experts ont un profil ADN en cinq minutes. Nous c’est plus lent. Cela peut aller de quelques heures si le laboratoire n’est pas loin et disponible, à plus longtemps. C’est aussi une histoire de coût.

Gendbones, projet de l'IRCGN visant à permettre d'analyser, en masse et sur les lieux de la scène de crime, l'ADN issu d'ossements (M.GUYOT/ESSOR)
Gendbones, projet de l’IRCGN visant à permettre d’analyser, en masse et sur les lieux de la scène de crime, l’ADN issu d’ossements (M.GUYOT/ESSOR)

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Quels conseils adressez-vous aux gendarmes qui réfléchissent à cette spécialité?

Il ne faut pas avoir trop peur des cadavres. Il faut surtout avoir un goût prononcé pour la technique, et de ne pas avoir peur de travailler seul et sans filet. Notre travail c’est du one shot. Un indice mal prélevé ou mal conditionné est perdu. Quand vous faites une recherche de traces sur un support, vous n’avez droit qu’à un essai. Il faut rester humble dans ce métier. Enfin, ce n’est pas toujours facile de faire le vide le soir. Mais aussi violent qu’un cadavre puisse être, ce n’est pas plus difficile que d’avoir à rencontrer les proches d’une victimes, qui vont avoir énormément de questions et attendent des réponses.

Propos recueillis par GT.

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