vendredi 14 décembre 2018
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Le général de division (2S) Bertrand Cavallier (PH. M. GUYOT/ESSOR)
Le général de division (2S) Bertrand Cavallier (PH. M. GUYOT/ESSOR)

“Il était impératif de protéger l’Arc de Triomphe”, estime le général Cavallier

Spécialiste reconnu du maintien de l’ordre, le général de division (2S) Bertrand Cavallier estime que les forces de l’ordre ont “protégé l’essentiel” ce week-end en préservant la vie des manifestants malgré un niveau de violences inédit. Pour autant, il juge que le saccage de l’Arc de Triomphe n’aurait pas dû se produire. Ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de Gendarmerie, haut lieu de la formation des gendarmes mobiles, il estime que la filière du maintien de l’ordre doit être revalorisée dans l’Institution. 

Les exactions qui ont eu lieu lors des manifestations de samedi sont-elles un échec de la préfecture de Police?

J’en appelle à une grande mesure sur ce qui s’est passé. L’enseignement majeur à en tirer est que les forces de l’ordre, par leur maîtrise de l’emploi de la force et leur abnégation, ont préservé les conditions d’une sortie de crise et d’instauration d’un dialogue concernant un problème social profond. Face à des violences extrêmes, le résultat est là : il n’y a aucun blessé grave et encore moins de mort parmi les opposants et cela doit être mis en avant. 

La situation était-elle particulièrement délicate à maîtriser?

D’un niveau inédit en terme de niveau et de durée, les violences ont eu lieu dans de nombreux endroits différents. Les affrontements sont d’habitude plutôt sporadiques et relèvent du harcèlement et non de confrontations aussi massives avec des modes d’action offensifs pour aller au contact, au corps à corps, de façon très durable. Pour Paris, il s’agissait d’une situation inédite et extrêmement complexe, d’autant qu’on a constaté un agrégat d’opposants divers: casseurs d’ultra gauche et d’ultra droite, zadistes qui venaient de Notre Dame des Landes et qui ont transposé les techniques développées là bas et gilets jaunes venus pour en découdre ainsi que des délinquants d’opportunité. 

Quelle a été la tactique adoptée? 

Le gouvernement a décidé de sanctuariser l’Elysée, l’Assemblée nationale, le ministère de l’Intérieur et Matignon. C’était un impératif majeur car il en va de la stabilité des institutions. Ensuite, il y avait l’encagement des Champs-Elysées avec un point de fixation créé place de l’Etoile ou se sont concentrés les affrontement y compris dans les voies d’approche. Après la dispersion des opposants, ceux-ci ont multiplié les exactions en divers endroits de la capitale en utilisant les réseaux de transort. 

Que vous inspire la dégradation de l’Arc de Triomphe?

Je reste réservé sur la stratégie adoptée. Pour certains points symboliques, il y a des choix à faire. Dans ce cas, il était possible de repousser l’adversaire en prenant appui sur le monument. D’ailleurs, quand ils ont voulu dégager la place de l’Etoile, ils l’ont fait, avec un grand nombre d’unités. Il était impératif de protéger ce lieu symbolique de la mémoire. 

Les vidéos montrant les forces de l’ordre reculer face à une foule hostile bien plus importante en nombre ont été interprétées comme un recul de l’Etat. 

La plupart des gens qui commentent ne connaissent pas le maintien de l’ordre. On évalue son succès aux jours qui suivent et à la capacité de retour à la normale. Lorsque l’on est confronté à des émeutiers jusqu’au boutistes l’essentiel est de préserver la vie. Même si l’on peut améliorer le dispositif, ce qui est essentiel, c’est à dire la possibilité d’instaurer un dialogue, a été préservé car aucun blessé grave ou mort n’est à déplorer

Quels sont les enseignements à tirer de ces évènements pour la Gendarmerie ?

Il existe aujourd’hui une priorisation sur la police du quotidien avec un délaissement de la composante du maintien de l’ordre, essentielle mais pas assez soutenue en terme de parcours de carrière et d’équipement. C’est un problème qui va croissant. Cet état de fait remonte à une quinzaine d’années. Comme il n’y a plus de parcours offert à quelqu’un qui choisit la dominante maintien de l’ordre, les gens ne veulent plus y aller. Ainsi, cette année, aucun stagiaire de l’Ecole de guerre n’a choisi la mobile. Il n’y a d’ailleurs plus d’épreuve tactique pour sélectionner les stagiaires. Pourtant, il faut un nouveau vivier de cadre de haut niveau qui participent à la doctrine ainsi qu’à la conception et à la conduite des opérations. Ce n’est pas, aujourd’hui l’orientation choisie par le directeur général de la Gendarmerie. 

Cette désaffection ne concerne que les officiers?

Il existe un problème de base sur la formation qu’il faut remilitariser. Nous devons travailler sur les fondamentaux, la robustesse et la capacité à mener des actions collectives. En gendarmerie départementale, la plupart des gradés n’ont plus de formation tactique et ne savent plus commander un groupe. Le système tient pour l’instant mais, à l’aune de ce genre de situation, une réflexion doit avoir lieu. 

Pour les mobiles, cela concerne également le matériel. L’exemple le plus flagrant est le vieillissement du parc de blindés, dont il ne reste qu’une trentaine d’exemplaires à Satory. Les escadrons ont tenu le coup mais les choix actuels risquent de compromettre l’avenir. 

Propos recueillis par Matthieu Guyot.

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3 Commentaires

  1. ARSILLY Yvan

    Le pillage de l’Arc de Triomphe et la profanation de la dalle sacrée et de la tombe du soldat inconnu est un véritable scandale!!!!
    Même l’armée allemande en 1940 ne l’a pas fait !!!!

  2. Daniel Chollet

    Pendant que les soldats les gendarmes et les policiers ne s’entraînaient plus pour cause de Vigipirate, les extrémistes de tous bord et de tous pays ont pu librement se former à la guérilla urbaine à NDDL, nous en payons aujourd’hui le prix.

  3. Bonjour,
    Je voudrai signaler un point. C’est bien gentil de préserver les manifestants, mais il faut prioritairement préserver les forces de l’ordre qui défendent la République. Ils ont des femmes et des enfants. Regardez en Israël, ils se défendent. Un peu plus de fermeté permettrait une meilleure démocratie. Et comme dit judicieusement une personne, même les allemands n’ont pas détruit l’Arc de Triomphe…

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