samedi 20 avril 2019
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Gilets jaunes à Paris le 8 décembre 2018 (Ph: Olivier Ortelpa/Creative Commons)
Gilets jaunes à Paris le 8 décembre 2018 (Ph: Olivier Ortelpa/Creative Commons)

Gilets jaunes: les récompenses à géométrie variable du ministère (actualisé)

Actualisé à 15h30 avec les précisions du secrétaire général du SCSI, Jean-Marc Bailleul.

Le coup de pouce social aux forces de sécurité en dit long sur le rapport de force inégal entre les puissants syndicats de Police et les représentants des gendarmes. En effet, quand le ministère de l’Intérieur instaure dans le budget 2019 une prime de 300 euros pour les forces de sécurité intérieure, 61.000 policiers en sont bénéficiaires contre seulement 50.000 gendarmes.

L’amendement qui octroie ce bonus prévoit en effet 18,3 millions d’euros supplémentaires pour la Police et 15 millions d’euros pour l’Institution. Censé récompenser “l’engagement exceptionnel” des forces de sécurité, ce texte budgétaire paye donc moins celui des gendarmes. Alors même qu’au moment de son adoption, deux de leurs associations, l’UNPRG et Gendarmes et citoyens, venaient tout juste de relever avec amertume que, pour l’acte IV des Gilets jaunes, 65.000 gendarmes avaient été mobilisés contre seulement 24.000 policiers.

“La mobilisation s’est faite selon le bon vouloir des policiers. Nous, nous n’avons pas eu le choix. Quand le directeur général a envoyé son message, les permissions ont été bloquées et les escadrons en indisponibilité rappelés“, rappelle le capitaine (ER) Jean-François Charrat, porte-parole de Gendarmes et citoyens.

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Pression syndicale

Pour comprendre la situation, il faut remonter au 18 décembre. Les syndicats de Police font alors monter la pression. Leur mot d’ordre, “Fermons les commissariats”, incite le ministre de l’Intérieur à réagir pour déminer un nouveau front social avec cette prime de 300 euros. Si le gouvernement communique sur les chiffres globaux, il reste beaucoup plus discret sur la ventilation de cette somme entre les deux forces. Interrogée au lendemain de l’adoption de l’amendement, la Place Beauvau nous assurait même ne pas encore connaître la répartition de cette prime…

Sitôt votée par l’Assemblée, cette prime est pourtant rejetée par les représentant des policiers. En position de force, ils obtiennent des mesures de revalorisation salariale. Pendant ce temps, chez les gendarmes, le sentiment d’injustice échauffe les esprits. Pour calmer le jeu, le secrétaire d’Etat Laurent Nuñez reçoit le groupe de liaison du Conseil de la fonction militaire de la Gendarmerie (CFMG) et assure que les militaires de l’Arme bénéficieront de ces avancées, à parité avec les policiers.

En attendant que ces promesses se concrétise, les policiers sont sûrs de l’augmentation progressive de 100 euros de leur allocation de maîtrise (40 euros en janvier 2019, 30 euros en juillet 2019 et 30 euros en janvier 2020) quand les gendarme ne sont pour le moment certains que de l’augmentation de 40 euros de leur allocation des missions judiciaires de la Gendarmerie (AMJG).

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Le front des officiers s’ouvre désormais

Mais le gouvernement n’en a peut-être pas fini aujourd’hui fini avec la grogne interne. Un nouveau front s’annonce, celui des officiers. Les avancées obtenues par les policiers ne concernaient en effet que les corps d’encadrement et d’application de la Police nationale, de gardien de la paix à major. La transposition des mesures en Gendarmerie, notamment l’augmentation de l’AMJG n’a, elle aussi, touché que les sous-officiers. Les syndicats d’officiers et de commissaires de Police commencent donc à donner de la voix et ont été reçus, le 15 janvier, par Christophe Castaner.

“Nous avons fait part de nos revendications, par corps, qui sont financières mais portent aussi sur des sujets de fond, avec les réformes structurelles qu’il convient de faire”, détaille le secrétaire général du SCSI, Jean-Marc Bailleul, qui attend un retour début février. Il y a fort à parier qu’en cas d’avancées policières, les officiers de Gendarmerie voudront être également servis.

“Nous voudrions ce qu’ont obtenu les gendarmes”

De son con côté, si Jean-Marc Bailleul reconnaît que les gendarmes bénéficient souvent des avancées policières, il souhaiterait que la réciproque soit vraie. “Nous voudrions également bénéficier de ce qu’ont obtenu les gendarmes, comme la prime de haute technicité pour la cybercriminalité, la bonification de la retraite pour une affectation en Corse ou l’application de la directive européenne sur le temps de travail”

Un effet domino qui pourrait se poursuivre. “Nous avons expliqué à la direction générale que les gendarmes ne sont pas des imbéciles et voient bien qu’ils ont toujours un train de retard par rapport à ce qu’obtient la Police”, raconte le capitaine (ER) Charrat. “Il ne va pas falloir pousser trop loin car, la fatigue aidant, les gendarmes sont dans les startings blocks. Nombre d’officiers sont très inquiets de la situation”.

Matthieu Guyot

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