jeudi 1 octobre 2020
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Le général Favier salue Jean-Pierre Virolet en arrivant au congrès de l'UNPRG d'Obernai. Il y avait plaidé pour un rapprochement des associations de la Gendarmerie. (Photo: MG/L'Essor)
Le général Favier salue Jean-Pierre Virolet en arrivant au congrès de l'UNPRG d'Obernai. Il y avait plaidé pour un rapprochement des associations de la Gendarmerie. (Photo: MG/L'Essor)

Le général Favier dresse son bilan

Renseignement dans la gendarmerie, fort engagement des unités, mobilisation citoyenne et modernisation de l’institution, souvenirs personnels… le général d’armée Denis Favier a livré ses réponses cet été au journaliste du Figaro Christophe Cornevin. Extraits de cet entretien publié le jeudi 4 août dans le quotidien.
Le Figaro – L’actualité montre que les terroristes frappent tous azimuts. Quel est l’état de la menace en zones rurales et périurbaines ? 
Denis Favier. – les tragédies de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray démontrent qu’il n’y clairement plus de territoire épargné. Nous affrontons un adversaire imprévisible et la menace n’est plus du simple ressort des forces de sécurité intérieure. Elle repose sur chaque citoyen qui doit prendre conscience que les attaques peuvent survenir à tout moment et en tout lieu. Tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République doivent aujourd’hui s’engager, en étant attentifs à tout comportement suspect et en le signalant aux forces de l’ordre. Une mère qui voit son fils se radicaliser ou un jeune qui voit un ami tenir des propos haineux et apologétiques a le devoir de parler.
N’est-ce pas le moment de faire monter en puissance le renseignement dans la gendarmerie ? 
Notre présence jusque dans les endroits les plus reculés du territoire nous permet déjà de capter un grand nombre de signaux intéressants. Les dernières lois permettent à la gendarmerie d’exister dans la famille du renseignement. En un an, nous avons capté des dizaines de milliers d’information qu’une chaîne de 550 spécialistes analyse grâce à des bons outils informatiques. Nous avons fait monter en puissance notre Sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO) et, surtout, placés des gendarmes dans les antennes du renseignement territorial. Il y a quelques années seulement, nous étions partis de zéro. Maintenant, les gendarmes travaillent main dans la main avec les policiers, dont bien sur la Direction générale de la sécurité intérieure.
Les policiers grognent, et les gendarmes, même si on ne les entend pas, sont très sollicités. La machine risque-t-elle la surchauffe ? 
Les unités sont vraiment très sollicitées, et l’on pourra difficilement aller plus loin. Si tel était le cas, il faudrait trouver d’autres moyens, sachant qu’on ne peut rentrer dans une logique de croissance sans fin des effectifs. Il s’agit donc de répondre avec les moyens que l’on a aux demandes le plus justement exprimées par les préfets, pour éviter tout gaspillage de force. Aujourd’hui, nous sommes dans une posture assez équilibrée : nous arrivons à donner droit aux permissions et aux repos, mais les unités n’ont plus de temps morts.
Par exemple, la gendarmerie mobile n’a pas la possibilité de retourner à résidence pour se reconditionner et se préparer, cela ne peut pas durer indéfiniment. Il y a une lassitude liée à des déplacements fréquents et à des services indispensables mais très consommateurs comme celui de Calais. Cela tire sur les unités, le matériel et, surtout, sur les hommes leur vie de famille.
L’engouement de la réserve opérationnelle apporte une bouffée d’oxygène…
Bien sûr ! Ce concept, qui existait avant la tragédie de Nice dans la gendarmerie, est notre force. Nous disposons d’un vivier de 26 000 citoyens, dont 70 % de jeunes ayant souscrit un engagement à servir à nos côtés. Avant l’attentat du 14 juillet, pas moins de 2200 volontaires étaient déployés chaque jour sur le terrain. Ils apportent un appui considérable dans la lutte contre les cambriolages et dans la surveillance. Après Nice, nous avons doublé la présence de réservistes pour atteindre l’objectif des 4000, début août, pour sécuriser les lieux de vacances, mais aussi pour surveiller les flux et mieux tenir les barrière de péage. J’ai récemment rencontré 400 volontaires à notre centre de formation de Saint Astier : ils sont en bleu, tirent et chantent La Marseillaise, se forment aux gestes élémentaires et sont appelés à renforcer les brigades territoriales. C’est un élan formidable. Nos réservistes contribuent à exercer leur mission de sécurité là où ils vivent. Ils peuvent venir pour une journée, pour le week-end ou une patrouille de nuit sans que cela pose de difficultés à leurs employeurs. Notre objectif est de porter notre réserve à 40 000 d’ici à 2018. Grâce à l’engouement citoyen qui s’est accéléré depuis Nice, nous y arriverons sans difficulté. Même si nous « criblons » leur profil grâce aux fichiers et par des tests psychologiques, nous prenons toutes les catégories de citoyens, toutes les catégories socioprofessionnelles. Nous prenons le Français comme il vient.
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